Or ouest-africain : La nouvelle carte des investisseurs

L’or ouest-africain change de carte. Pendant que le Mali, le Burkina Faso et le Ghana resserrent l’étau étatique sur leur secteur aurifère — parts de l’État renforcées, contrats renégociés —, les investisseurs votent avec leurs capitaux. Ils gèlent leurs projets dans ces trois pays et redirigent leurs budgets vers des juridictions jugées plus prévisibles. Verdict : la Côte d’Ivoire et la Guinée s’imposent désormais comme les destinations phares du secteur.
La Côte d’Ivoire concentre l’essentiel des annonces. Le projet Koné, dans le nord du pays, près de la frontière malienne, doit entrer en production avant la fin 2025 — un calendrier avancé de plusieurs mois. Les dernières estimations créditent le gisement de plus de 6,3 millions d’onces d’or, l’un des plus importants développements aurifères en cours sur le continent. Selon plusieurs médias spécialisés, son promoteur, le canadien Montage Gold, a également racheté le projet Didievi auprès d’African Gold. Pour le PDG du groupe, ce double ancrage tient à deux atouts ivoiriens. Le potentiel géologique du sous-sol d’abord, et les efforts de l’État en matière d’infrastructures et d’énergie ensuite.
La Guinée surfe sur la même dynamique, sans qu’un projet phare ne se détache encore nettement — mais le pays est cité au même rang que la Côte d’Ivoire parmi les destinations les plus courtisées du moment. La Mauritanie, elle, tente de se frayer une place. Les autorités mettent en avant des zones encore largement inexplorées et un cadre légal clarifié.
Selon un conseiller du ministère des Mines, de nombreux permis viennent d’être libérés, offrant aux investisseurs une meilleure visibilité sur la durée de vie de leurs projets.
Le Sénégal, lui, veut sa part de cette nouvelle vague. Le pays a produit 10,4 tonnes d’or en 2025, faisant du métal jaune sa première ressource minière, devant les phosphates et le zircon. Le secteur pèse 4% du PIB et 31% des exportations. Trois mines industrielles tournent déjà à Kédougou, exploitées notamment par Endeavour Mining et Resolute Mining. Mais le climat se tend : le nouveau gouvernement a lancé des audits sur plusieurs contrats miniers. Une démarche qui, pour le président de la Chambre des mines du Sénégal, risque de fragiliser la confiance des opérateurs — un projet minier se construit sur plusieurs décennies et exige, avant tout, de la stabilité.
Au-delà des chiffres, la tendance est nette. Les compagnies ne désertent pas l’Afrique de l’Ouest : elles trient. Le critère décisif n’est plus seulement la teneur du sous-sol, mais la prévisibilité du cadre fiscal et juridique. Dans un marché où la demande en or reste soutenue, les capitaux migrent là où le risque politique est le plus faible.
Marcelle NTONGONO



