Cameroun : Maurice Kamto quitte la présidence du MRC

En quittant la tête du MRC pour sauver son parti d’un possible bannissement électoral, Maurice Kamto bouleverse le paysage politique camerounais et ouvre une succession express à haut risque, à moins d’un an des municipales et législatives de 2027.
Ce mardi 8 septembre 2026, Maurice Kamto a rendu sa démission de la présidence du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), le principal parti d’opposition au régime de Paul Biya. Effet immédiat. Treize ans après avoir fondé le mouvement, l’universitaire s’efface mais en restant militant de base. « J’ai décidé de démissionner dans l’intérêt supérieur de notre parti, de ses militants et sympathisants, et du Peuple du Changement en général », écrit-il dans une lettre au directoire national.
Quelques minutes plus tard, le premier vice-président Mamadou Mota annonçait à son tour son départ. En l’espace d’une matinée, le MRC s’est retrouvé décapité de ses deux plus hauts responsables.
Derrière le geste, une bataille administrative qui empoisonnait le parti depuis des semaines. Le ministère de l’Administration territoriale (MINAT), dirigé par Paul Atanga Nji, refusait de reconnaître la légitimité de Kamto à la tête du MRC. En cause, la convention extraordinaire du 21 décembre 2025, organisée en visioconférence, qui l’avait reconduit avec plus de 95 % des voix. Une procédure contestée aussi bien par le pouvoir que par d’anciens cadres du parti, dont certains ont saisi la justice.
Le vrai enjeu demeurant les élections municipales et législatives de 2027. Sans reconnaissance administrative de sa direction, le MRC risquait purement et simplement d’être écarté du scrutin. En quittant la présidence, Maurice Kamto désamorce le bras de fer et ouvre la voie à une nouvelle direction que l’administration pourrait, cette fois, valider. Un sacrifice tactique, plus qu’une retraite.
La deuxième vice-présidente, Tiriane Balbine Nadège Noah, assure la transition. Le parti a convoqué une convention nationale extraordinaire le 10 octobre 2026 à Yaoundé pour désigner un nouveau président. Certains s’interrogent déjà sur la brièveté du délai pour organiser une succession aussi lourde de conséquences.
Ce départ referme une année noire pour Maurice Kamto. En août 2025, le Conseil constitutionnel avait définitivement invalidé sa candidature à la présidentielle d’octobre, scellant son absence du scrutin après des mois de bataille juridique. Écarté de la course au pouvoir, le voilà désormais retiré de la tête de son propre parti.
Quel visage aura l’opposition camerounaise sans son fondateur à sa tête, à l’approche de 2027 ?
Difira NKOMO ELLA



