Cameroun : Guerre d’usure entre le ministre Atanga Nji et l’opposant Kamto

À un an des législatives de 2027, Paul Atanga Nji ravive son bras de fer avec Maurice Kamto en contestant la direction du MRC, alimentant une guerre d’usure qui mine déjà le principal parti d’opposition camerounais.
Le ministre camerounais de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a de nouveau refusé de reconnaître la légitimité de la direction du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) issue de la convention extraordinaire du 21 décembre 2025, apportant son soutien à un dissident qui conteste la présidence de Maurice Kamto. Publiée le 19 août 2026 et adressée au militant exclu Okala Ebode, cette prise de position ravive un contentieux ouvert de longue date entre le Minat et le principal parti d’opposition, à un peu plus d’un an des élections législatives et locales de 2027.
Dans son courrier, Paul Atanga Nji indique n’avoir pas jugé « opportun » de prendre acte des résolutions de la convention du MRC tenue en décembre dernier. Une analyse juridique reprise par plusieurs médias camerounais souligne toutefois que cette démarche intervient hors délai. La loi n°90/056 du 19 décembre 1990 régissant les partis politiques impose en effet au ministère de se prononcer, via le canal du gouverneur de région, dans un délai de trois mois après notification d’une modification des instances dirigeantes ; passé ce terme, le silence de l’administration vaut acceptation tacite. La convention contestée datant de décembre 2025, l’intervention du Minat, huit mois plus tard, serait donc dépourvue d’effet juridique, ce qui laisserait Maurice Kamto président légal du parti en droit strict.
Une stratégie dénoncée par l’opposition
Pour la direction du MRC, qui a dénoncé une violation de la loi par la voix de son secrétaire national à la communication, ce nouveau refus du Minat s’inscrit dans une série de manœuvres visant à fragiliser le parti à l’approche des échéances électorales de 2027. Invité d’une émission télévisée le 30 août, l’analyste politique Dieudonné Essomba a mis en garde l’opposant, estimant qu’Atanga Nji « ne manquera pas de saisir le moindre prétexte pour l’exclure ». Selon lui, la pression exercée sur le MRC relève d’une logique d’affaiblissement progressif plutôt que d’un coup d’arrêt brutal.
Le contentieux devrait connaître un premier épilogue le 24 septembre 2026, date à laquelle le directoire du MRC et les militants contestataires sont convoqués devant la justice pour trancher la régularité de la convention de décembre. L’issue de cette procédure déterminera si Maurice Kamto conserve la capacité de représenter légalement le parti dans ses démarches à venir un enjeu déterminant pour le MRC, qui entend se présenter comme une alternative crédible face au pouvoir, alors que ce dernier poursuit, selon ses opposants, une stratégie de fragmentation de l’opposition engagée depuis plusieurs années.Ce nouvel épisode s’ajoute à une longue liste de frictions entre le ministre de l’Administration territoriale et le leader du MRC, qui remontent au moins à la présidentielle de 2025, et illustre la persistance des tensions institutionnelles autour du principal parti d’opposition camerounais.
FATOUMATA Naida Sidibé



