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Diaspora : Trésor Botembe « La souveraineté économique commence aussi par la souveraineté des compétences »

Les 5 et 6 novembre 2026, l’Africa Talent Summit Luxembourg réunira décideurs publics, dirigeants d’entreprise, investisseurs et talents des diasporas autour d’un enjeu central : faire des compétences un levier de transformation économique. À la veille du Dialogue national consacré au Gabon, Trésor Botembe, promoteur du Forum, expose la singularité de ce rendez-vous, la place qu’y occupera le Gabon et les mécanismes prévus pour convertir les échanges en partenariats et en résultats mesurables.

Propos recueillis par Louis-Philippe MBADINGA

Ceux qui font l’Afrique — Trésor Botembe, quelle ambition porte l’Africa Talent Summit Luxembourg et pourquoi avoir choisi de placer le capital humain au cœur du partenariat entre l’Afrique et l’Europe ?

Trésor Botembe — Notre ambition est de faire du capital humain l’un des principaux moteurs du partenariat entre l’Afrique et l’Europe. Pendant longtemps, la relation entre les deux continents a été abordée principalement sous l’angle du financement, des infrastructures, du commerce ou de l’aide au développement. Nous voulons y ajouter une dimension fondamentale : les compétences, les talents et la capacité des organisations à les transformer en valeur économique et sociale.

L’Afrique dispose d’une population jeune, d’une diaspora extrêmement qualifiée et d’un potentiel entrepreneurial considérable. Parallèlement, de nombreux pays connaissent encore des déficits de compétences dans des secteurs stratégiques. L’enjeu n’est donc pas seulement de former davantage, mais de mieux identifier les compétences, de les connecter aux besoins économiques et de créer des mécanismes permettant leur circulation entre l’Afrique, l’Europe et les diasporas.

Nous avons constaté un paradoxe : des entreprises africaines recherchent des compétences qu’elles peinent à trouver, tandis que des milliers de professionnels africains et issus des diasporas souhaitent contribuer au continent sans disposer des bons canaux. Les États doivent anticiper les compétences nécessaires à leurs stratégies de développement ; les entreprises ont besoin de talents immédiatement mobilisables ; et les talents recherchent des opportunités, de la mobilité et de la visibilité. L’ATSL veut créer le point de rencontre entre ces trois besoins et faire passer la question du talent du discours à l’action.

Vous présentez l’ATSL comme une infrastructure permanente de coopération, et non comme un forum de plus. Qu’est-ce qui le distinguera concrètement des nombreuses rencontres Afrique-Europe déjà existantes ?

Nous ne voulons pas que l’ATSL commence le 5 novembre et s’achève le 6 novembre au soir. Le Summit constitue le temps fort annuel d’un écosystème appelé à fonctionner toute l’année. Celui-ci repose notamment sur les Dialogues nationaux du capital humain, l’Africa Talent Observatory, la cartographie des compétences des diasporas, la production d’un Livre blanc sur le capital humain africain, des rencontres B2B et institutionnelles, ainsi que la mise en relation entre talents, entreprises, investisseurs et décideurs publics.

Notre objectif est de créer progressivement une infrastructure de connaissance, de connexion et d’action entre l’Afrique et l’Europe. Dès la première année, nous voulons mesurer des résultats très concrets : le nombre de mises en relation B2B, les partenariats initiés, les projets présentés à des investisseurs, les talents connectés à des opportunités, les recommandations produites et les engagements pris. Notre indicateur de réussite ne sera donc pas uniquement le nombre de participants dans la salle, mais ce qui se passera après leur rencontre.

Pourquoi avoir choisi le Luxembourg, centre financier et institutionnel européen, pour accueillir cette première édition les 5 et 6 novembre 2026 ?

Le choix du Luxembourg est profondément stratégique. C’est à la fois un centre financier international, une place européenne, un environnement multiculturel et un pays doté d’une capacité exceptionnelle à connecter institutions, investisseurs, entreprises et décideurs internationaux. Pour un sommet consacré aux compétences, à l’investissement, à l’innovation et aux relations Afrique-Europe, cette position est particulièrement pertinente.

Nous voulons également montrer que la coopération avec l’Afrique peut être pensée depuis le Luxembourg autrement que sous le seul angle du financement : finance, investissement et capital humain doivent désormais être connectés. Des discussions sont engagées avec différents acteurs institutionnels, économiques, financiers et de la coopération luxembourgeoise. Le Luxembourg peut contribuer à rapprocher des projets africains crédibles des acteurs capables de les financer. Mais un projet ne devient pas bancable uniquement grâce à son financement : la qualité du management, des compétences et de la gouvernance fait aussi partie de sa bancabilité.

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L’ATSL organise, pays après pays, des Dialogues nationaux du capital humain. Quelle fonction ces rencontres remplissent-elles dans la préparation du Summit et du Livre blanc sur le capital humain africain ?

Les Dialogues nationaux constituent en quelque sorte les laboratoires de l’ATSL. Nous ne voulons pas produire depuis l’Europe un diagnostic théorique sur les besoins du continent. Nous interrogeons, pays par pays, des dirigeants d’entreprise, responsables publics, professionnels des ressources humaines, investisseurs, entrepreneurs et membres des diasporas autour d’une question centrale : quelles compétences seront nécessaires pour réaliser les ambitions économiques de ce pays dans les dix prochaines années ?

Les enseignements sont ensuite structurés autour des problématiques communes et des spécificités nationales afin d’alimenter les travaux du Summit et le Livre blanc sur le capital humain africain. Notre méthode repose sur quatre étapes : le diagnostic, la confrontation des points de vue, la formulation de recommandations et leur consolidation dans le Livre blanc.

Le prochain Dialogue, prévu le 10 septembre 2026, est consacré au thème « Le Gabon 2035 : le capital humain comme moteur de la souveraineté économique et de la transformation nationale ». Pourquoi avoir retenu le Gabon à cette étape de votre démarche ?

Le Gabon constitue un cas particulièrement intéressant parce qu’il se trouve à un moment où la question du capital humain rejoint directement celle de la transformation économique. Le pays dispose de ressources naturelles considérables, mais l’enjeu des prochaines années sera de transformer davantage localement, de développer les chaînes de valeur, d’accroître le contenu local et de renforcer les compétences nécessaires à cette transformation.

La question que nous voulons poser est simple : quelles compétences le Gabon doit-il construire, attirer ou mobiliser aujourd’hui pour réussir son ambition économique de demain ? Cette initiative s’inscrit dans notre démarche de Dialogues nationaux et dans les échanges que nous développons avec différents acteurs institutionnels et économiques du continent.

Compétences, industrialisation, investissement et diaspora : quels sont, selon vous, les principaux obstacles qui empêchent encore le Gabon de transformer son capital humain en véritable levier de souveraineté économique ?

Je distinguerais quatre enjeux. Premièrement, l’adéquation entre la formation et les besoins économiques. Former est indispensable, mais il faut préparer aux compétences dont les filières stratégiques auront réellement besoin. Deuxièmement, la capacité à développer les savoir-faire liés à la transformation locale et à l’industrialisation. Troisièmement, la mobilisation de la diaspora, qui représente un formidable réservoir d’expertise. Enfin, la gouvernance du capital humain : il faut pouvoir anticiper les besoins à cinq, dix ou quinze ans et aligner politiques éducatives, formation professionnelle, investissements et stratégies industrielles.

Les secteurs prioritaires comprennent notamment l’énergie, les industries extractives et leurs chaînes de valeur, la transformation industrielle, les infrastructures, le numérique, les services financiers, l’agro-industrie et les métiers liés à la transition énergétique. La souveraineté économique commence aussi par la souveraineté des compétences.

Le panel réunit des responsables de l’ANPI Gabon, de VAALCO, des ressources humaines et du contenu local pétrolier. Quels regards complémentaires attendez-vous de Hashir Mabignath, Hermélia Hayes Mbadinga, Axel Fouty et Guy Kassa Koumba ?

Nous avons volontairement recherché des regards complémentaires. Hashir Mabignath, à travers l’ANPI Gabon, peut apporter la perspective de l’investissement et de l’attractivité économique : quelles compétences les investisseurs recherchent-ils et quels obstacles rencontrent-ils ? Hermélia Hayes Mbadinga peut présenter la réalité opérationnelle d’une entreprise internationale comme VAALCO et permettre de confronter les ambitions nationales aux besoins concrets des entreprises.

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Axel Fouty apportera une lecture axée sur les ressources humaines et les compétences : quels profils sont disponibles, lesquels manquent et comment construire les passerelles nécessaires ? Guy Kassa Koumba abordera la question essentielle du contenu local, particulièrement dans le secteur pétrolier : comment faire en sorte que l’investissement produise aussi de la compétence, de l’emploi qualifié et du transfert de savoir-faire ? Chaque intervenant sera invité non seulement à identifier les difficultés, mais également à formuler des propositions opérationnelles. Nous voulons terminer le Dialogue avec des recommandations, pas seulement avec des constats.

Comment les enseignements de ce webinaire seront-ils recueillis, hiérarchisés et intégrés aux débats du Summit ainsi qu’au Livre blanc destiné aux décideurs et aux partenaires du développement ?

Les contributions seront recueillies, synthétisées et regroupées autour de grands axes : compétences, formation, employabilité, industrialisation, contenu local, investissement, diaspora et gouvernance. Nous distinguerons ensuite les recommandations pouvant être mises en œuvre à court terme, celles nécessitant des politiques publiques et celles susceptibles de déboucher sur des partenariats.

Ces conclusions alimenteront directement les travaux de l’ATSL des 5 et 6 novembre ainsi que le Livre blanc. Nous souhaitons également instaurer un principe de restitution permettant aux principaux contributeurs de vérifier que leurs propos et recommandations ont été correctement interprétés avant leur intégration définitive.

La programmation de ce Dialogue national et le niveau des personnalités mobilisées peuvent donner le sentiment que le Gabon sera mis à l’honneur au Luxembourg. Est-ce effectivement l’orientation retenue pour l’édition 2026 ?

Le Gabon occupe incontestablement une place importante dans notre réflexion cette année, comme le montre l’organisation de ce Dialogue national. Mais je ne voudrais pas annoncer aujourd’hui une décision protocolaire ou une mise à l’honneur officielle qui n’aurait pas encore été définitivement arrêtée. Ce que je peux confirmer, c’est notre volonté de faire en sorte que les conclusions du Dialogue gabonais trouvent une traduction concrète au Luxembourg et que des acteurs gabonais puissent participer aux discussions sur les compétences, l’investissement, la diaspora et le contenu local.

Dans cette perspective, le président de la République gabonaise, Brice Clotaire Oligui Nguema, pourrait-il être invité au Summit ? Des échanges sont-ils déjà engagés avec la Présidence ou le Gouvernement gabonais en vue d’une participation de haut niveau ?

L’Africa Talent Summit Luxembourg a vocation à accueillir des décideurs publics et économiques de très haut niveau. La participation du Gabon à ce niveau serait naturellement cohérente avec l’importance des sujets que nous abordons. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema est évidemment une personnalité dont la présence donnerait une portée particulière aux échanges consacrés à la transformation économique et au capital humain. Mais, par respect pour les procédures diplomatiques et institutionnelles, nous ne souhaitons pas communiquer sur des invitations ou des discussions qui ne seraient pas encore officiellement confirmées.

Au-delà de la présence institutionnelle, quelle place concrète pourrait être réservée au Gabon : délégation officielle, session spéciale, présentation de projets, rencontres avec des investisseurs ou signature de partenariats ?

Plusieurs formats sont envisageables : une délégation institutionnelle et économique, une participation à des panels, la présentation de projets d’investissement, des rencontres B2B avec des acteurs européens, une séquence consacrée aux compétences et au contenu local, ou encore la mobilisation de la diaspora gabonaise en Europe. Notre philosophie est très claire : nous préférons une délégation qui vient avec cinq projets et repart avec dix rendez-vous qualifiés plutôt qu’une délégation qui vient simplement assister à des conférences.

Vous défendez la mobilité circulaire des compétences. Comment la diaspora gabonaise pourrait-elle contribuer à l’industrialisation, au contenu local et au transfert de savoir-faire sans être contrainte à un retour définitif ?

Nous devons sortir d’une vision ancienne selon laquelle contribuer à son pays signifie nécessairement y retourner définitivement. Nous défendons la mobilité circulaire des compétences. Un ingénieur gabonais installé à Paris, Bruxelles, Luxembourg, Montréal ou Londres peut contribuer à un projet industriel au Gabon pendant quelques semaines, accompagner une entreprise à distance, former des équipes, siéger dans un comité consultatif, encadrer des entrepreneurs ou participer à une mission stratégique sans nécessairement déplacer toute sa vie.

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La diaspora doit être considérée comme une extension internationale du capital humain national. Les mécanismes peuvent comprendre des missions d’expertise courtes, du mentorat, de l’enseignement à distance, des comités consultatifs, des programmes de transfert de compétences et des plateformes numériques de mise en relation. Le véritable enjeu n’est donc plus seulement la fuite ou le retour des cerveaux, mais leur circulation.

Quels projets gabonais ou secteurs prioritaires pourraient être présentés aux investisseurs au Luxembourg, et selon quels critères seront-ils sélectionnés ?

Nous souhaitons privilégier les projets qui combinent trois dimensions : la viabilité économique, l’impact sur le développement et la création de compétences ou d’emplois qualifiés. Un projet industriel présenté à l’ATSL ne devrait donc pas seulement expliquer combien de capitaux il recherche. Il devrait également montrer combien d’emplois il créera, quelles compétences seront nécessaires, quelle part pourra être développée localement et quels transferts de savoir-faire pourront être réalisés.

La sélection reposera notamment sur la maturité du projet, sa gouvernance, son impact économique, la création d’emplois, les besoins en compétences, le potentiel de contenu local, la capacité d’exécution et la viabilité financière. À ce stade, aucun projet gabonais n’a encore été formellement sélectionné.

Le financement du Summit repose notamment sur des partenariats et des offres de sponsoring pouvant atteindre 100 000 euros. Quelles garanties de transparence et d’indépendance intellectuelle apportez-vous face aux intérêts des partenaires ?

Le sponsoring finance l’organisation ; il n’achète ni nos conclusions ni notre ligne intellectuelle. Nous établissons une distinction claire entre la visibilité commerciale accordée à un partenaire et la production intellectuelle du Summit. Un sponsor peut naturellement bénéficier des contreparties prévues dans son partenariat — visibilité, réseautage, espace d’exposition ou participation à certaines séquences lorsque cela est pertinent —, mais il ne doit pas pouvoir modifier une recommandation parce qu’elle ne correspondrait pas à ses intérêts. C’est une condition indispensable à la crédibilité de l’ATSL. Nous communiquerons de manière transparente sur l’identité de nos partenaires et sur la nature des partenariats, dans le respect des obligations contractuelles et de confidentialité applicables.

Quels engagements mesurables souhaitez-vous obtenir à l’issue du Dialogue sur le Gabon et du Summit, et quel mécanisme de suivi permettra d’en vérifier les effets dès 2027 ?

C’est probablement la question la plus importante. Notre ambition est qu’en 2027 nous puissions montrer ce que les rencontres de 2026 ont réellement produit. Nous voulons notamment suivre les partenariats initiés, les projets ayant bénéficié de mises en relation avec des investisseurs, les missions de diaspora déclenchées, les collaborations entre entreprises et institutions, les programmes de compétences engagés et la mise en œuvre des recommandations du Livre blanc.

Nous souhaitons progressivement construire un tableau de bord des engagements, avec des points de suivi entre deux éditions. Pour le Gabon comme pour les autres pays concernés, le principe sera simple : identifier un engagement, un responsable, une échéance et un indicateur. En novembre 2026, nous voulons annoncer des engagements ; en novembre 2027, nous voulons pouvoir rendre compte des résultats.

En une phrase, quel engagement personnel prenez-vous pour que l’Africa Talent Summit Luxembourg produise des résultats concrets pour le Gabon et pour le continent ?

Je veux que, dans quelques années, lorsque l’on parlera du partenariat entre l’Afrique et l’Europe, le capital humain soit considéré avec la même importance stratégique que le financement, les infrastructures ou l’énergie.

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