Sénégal : La colère anti-vie chère explose sur les réseaux sociaux

Au lendemain de la manifestation du 5 septembre à Dakar, dédiée à la lutte contre la vie chère, un collectif a lancé une campagne 100% digitale. Pendant 30 jours, Sénégalais d’ici et de la diaspora publient leurs factures, pour rappeler que tout coûte trop cher.
La colère a changé de terrain au Sénégal. Le samedi 5 septembre 2026, des milliers de personnes ont manifesté à Dakar contre la vie chère. Dès le lendemain, le relais a été pris en ligne. À l’initiative d’un collectif d’influenceurs et de citoyens se disant apolitique, la campagne #30jourspourlejusteprix a été lancée pour tout le mois de septembre. L’idée est simple : filmer, montrer, prouver que le coût de la vie devient harassant.
Sur TikTok, X et Instagram, les vidéos se multiplient. Résidents de Dakar, familles de province, membres de la diaspora : chacun sort son ticket de caisse. Le plus viral vient d’Ouma Hani, influenceuse franco-sénégalaise. Sa vidéo dépasse déjà les dizaines de milliers de vues. « Je ne sais pas si vous vous rendez compte, mais c’est juste dingue. Je paye la même chose en France. Comment tu fais pour nourrir une famille complète avec le prix de la viande aujourd’hui ? C’est dingue qu’un pays comme le Sénégal, qui n’est pas riche, pratique des prix aussi élevés. Et au nom de quoi ? »
Cette phrase résume le sentiment général. Les internautes listent les postes qui plombent le budget : viande, loyers à Dakar, factures d’électricité, transports, loisirs. Des prix jugés « anormaux » et « hors sol ». Certes, le contexte international et la fragilité des finances publiques expliquent une partie des hausses. Mais l’ampleur de la dénonciation n’a jamais été aussi forte ni aussi documentée.
Pour se distinguer des précédentes campagnes, les organisateurs ont misé sur la preuve. Pas de slogans seuls, mais des chiffres. L’objectif des 30 jours est de constituer une base de données citoyenne. Le but, interpeller les autorités et les distributeurs avec des cas concrets, visibles par tous. C’est une stratégie de transparence qui contourne les discours politiques.
Au-delà de la colère, #30jourspourlejusteprix crée un précédent. Pour la première fois, une campagne anti-vie chère s’appuie directement sur la diaspora et sur les outils numériques pour faire pression. En comparant les prix entre Dakar, Paris ou Bruxelles, les Sénégalais de l’étranger donnent une portée internationale au débat. Si le mouvement tient 30 jours, il pourrait devenir une référence pour mesurer l’inflation ressentie et obliger à une réponse publique chiffrée.
Marcelle NTONGONO



