Justice

Soudan : Hemedti condamné à mort, la justice de Port-Soudan frappe les FSR‎

Pour la première fois depuis le déclenchement de la guerre en avril 2023, un tribunal soudanais a rendu un verdict contre la hiérarchie des Forces de soutien rapide. Le 12 juillet, la justice de Port-Soudan a prononcé la peine capitale par contumace contre 16 responsables des FSR. En tête de liste : le général Mohamed Hamdan Daglo, alias Hemedti, et son frère Abdelrahim, numéro deux du groupe paramilitaire.


‎Le verdict est tombé dans une salle d’audience située en territoire tenu par l’armée. Le tribunal a retenu les charges les plus lourdes : crimes de guerre, crimes contre l’humanité, génocide, attaques ciblées contre des civils et des infrastructures publiques. L’agence de presse officielle Suna a détaillé la liste des condamnés. Outre les frères Daglo, elle comprend plusieurs officiers supérieurs des FSR et des chefs tribaux du Darfour-Ouest.


‎Au cœur du dossier : l’assassinat du gouverneur du Darfour-Ouest. En juin 2023, quelques heures après avoir dénoncé publiquement les exactions des FSR contre des civils, Khamis Abakar a été tué — peu après la prise d’El-Geneina, capitale de l’État, par les paramilitaires. Pour la Cour pénale internationale, ce meurtre s’inscrit dans un bilan bien plus large : jusqu’à 15 000 morts à El-Geneina, en majorité des civils de l’ethnie non-arabe Massalit. Les FSR ont toujours rejeté ces accusations de génocide et de crimes de guerre.


‎La décision du tribunal de Port-Soudan ne s’arrête pas à la condamnation. Les juges ont ordonné le renvoi du dossier devant la Cour suprême pour réexamen. Ils ont aussi réclamé l’émission de mandats d’arrêt internationaux et la saisine d’Interpol en vue de l’extradition des condamnés — une procédure éminemment symbolique tant que Hemedti et ses lieutenants restent hors de portée, retranchés dans les zones tenues par les FSR à l’ouest du pays.
‎Ce verdict tombe plus de deux ans après le basculement du Soudan dans la guerre. Abdel Fattah al-Burhane, chef de l’armée, et Hemedti avaient pourtant été alliés : ensemble, ils avaient renversé la transition civile en 2021. Leur rupture a plongé le pays dans un conflit qui a déjà fait des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés. L’ONU qualifie la situation de pire crise humanitaire au monde.


‎Avec cette condamnation, Port-Soudan veut marquer un point judiciaire et politique. Mais sur le terrain, la guerre continue. Et tant que les armes parleront, ce jugement restera une sentence prononcée dans le vide.


‎Marcelle NTONGONO

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