Mali-Maroc : Une alliance relancée, mais à quel prix ?

Du 21 au 24 juillet 2026, Bamako accueille la 4e Grande Commission mixte Mali-Maroc, un mécanisme diplomatique qui n’avait pas été réuni depuis 26 ans.
Réunions d’experts, forum d’affaires le 23 juillet, puis session ministérielle le 24 : le programme est dense, et le moment choisi ne doit rien au hasard. Le Mali, sorti de la CEDEAO avec le Burkina Faso et le Niger, cherche à diversifier ses appuis diplomatiques et économiques loin de ses partenaires occidentaux traditionnels. Le Maroc, lui, poursuit depuis le règne de Mohammed VI une stratégie africaine de long terme mêlant influence économique, religieuse et sécuritaire. Les deux agendas se rencontrent au bon moment pour chacun.
Cette relance ne part cependant pas de zéro. Depuis 2014, le Maroc forme des imams maliens à Rabat dans une logique affichée de promotion d’un islam modéré face à l’extrémisme régional. La coopération militaire s’est intensifiée dans le même temps : formation d’officiers maliens, soutien marocain à l’acquisition de drones. Et en avril 2026, Bamako a retiré sa reconnaissance du Polisario, un geste aussitôt suivi par Rabat en retour : hausse du nombre de bourses étudiantes et suppression de formalités de voyage pour les Maliens. C’est sur ces bases déjà posées que la Commission mixte vient désormais construire.
De ce partenariat, le Mali attend d’abord un accès facilité aux ports atlantiques marocains, précieux pour un pays enclavé où le coût du commerce extérieur reste un frein majeur, ainsi que des investissements espérés dans l’agriculture et la transformation, et un appui sécuritaire et religieux dans sa lutte contre les groupes armés. Le Maroc, de son côté, y voit un ancrage renforcé au Sahel, une région stratégique où Rabat cherche à peser, un soutien diplomatique malien sur le dossier du Sahara occidental, et une place de choix parmi les investisseurs sur le marché malien, où il figure déjà au troisième rang continental.
Mais cette relation, aussi concrète soit-elle, soulève plusieurs interrogations que les deux gouvernements n’abordent pas frontalement. Jusqu’où va la dimension militaire de ce partenariat, et avec quel degré de transparence, dans un pays déjà engagé dans plusieurs partenariats sécuritaires simultanés ? Cette coopération sert-elle d’abord les intérêts maliens, ou avant tout ceux d’un Maroc en quête d’influence régionale face à ses propres rivalités, notamment avec l’Algérie ? Les accords signés se traduiront-ils par des projets concrets, dans un pays confronté à une crise sécuritaire et économique profonde qui a souvent limité l’exécution d’engagements bilatéraux passés ? Et plus largement, ce rapprochement Sud-Sud est-il une diversification réelle, ou un simple déplacement de dépendance, d’un bloc de partenaires vers un autre ?
Au final, la Grande Commission mixte scelle une coopération réelle et déjà ancrée, pas une alliance de circonstance. Mais son ampleur affichée , celle d’une « alliance stratégique qui redessine les équilibres régionaux » appelle à la prudence : entre les annonces de juillet et leur mise en œuvre effective, l’écart reste à combler, et c’est sur ce terrain que se jugera la solidité du partenariat.
Difira NKOMO ELLA



