Energie : Lomé, Abidjan et Cotonou tracent leur propre voie avec Prim-Gas

Le Bénin, le Togo et la Côte d’Ivoire ont décidé de mutualiser leurs infrastructures gazières pour sortir de leur dépendance au Nigeria. Soutenu par la Banque mondiale et adossé aux réserves ivoiriennes du champ Baleine, le projet PRIME-GAS redessine la carte énergétique de l’Afrique de l’Ouest. Mais entre les signatures et les premières livraisons, le chemin reste long.
Depuis la mise en service du West African Gas Pipeline en 2011, le Bénin, le Togo et le Ghana dépendent d’un seul gazoduc de 678 km pour recevoir le gaz nigérian qui alimente leurs centrales électriques. Le problème, c’est que ce tuyau n’a jamais tenu ses promesses. Comme le résumait le journal togolais L’Économiste, le WAGP « n’a jamais délivré les volumes promis », contraignant les centrales de la région à tourner au fioul, plus cher et plus polluant. Pour des pays où le gaz assure entre 71 et 76 % de la production d’électricité, cette vulnérabilité est devenue structurelle.
C’est pour en sortir que les trois pays ont lancé PRIME-GAS, approuvé par la Banque mondiale le 29 juin 2026. Le principe est simple : plutôt que de tenter chacun de construire son propre terminal GNL, mutualiser la demande régionale pour développer ensemble des infrastructures de réception, de transport et de stockage. La table ronde ministérielle du 17 juillet à Lomé a donné un coup d’accélérateur au projet.
Quelques jours plus tôt, la directrice générale des Opérations de la Banque mondiale, Anna Bjerde, s’était elle-même déplacée à Lomé pour signer cinq accords totalisant 429 millions de dollars, dont 40 millions pour PRIME-GAS. « L’emploi est le meilleur moyen de sortir durablement de la pauvreté », avait-elle souligné devant les officiels togolais en rappelant la finalité de ces investissements.
Le Togo, premier concerné, prévoit des installations de réception de GNL au port de Lomé, un réseau national alimentant de nouvelles centrales et un gazoduc vers la Plateforme Industrielle d’Adétikopé, avec une centrale de 500 MW à la clé. Le ministre togolais de l’Énergie, Robert Eklo, a même plaidé pour la création d’une institution régionale du gaz « calquée sur le modèle du West African Power Pool », afin de renforcer le pouvoir de négociation collectif des trois pays face aux fournisseurs.
Mais la vraie pièce maîtresse du dispositif pourrait être la Côte d’Ivoire. Le 25 mai, le ministre Mamadou Sangafowa-Coulibaly a présidé la signature de la décision finale d’investissement pour la phase 3 du gisement Baleine à 4 milliards de dollars, portant l’engagement total à 8,5 milliards depuis la découverte du champ par ENI en 2021. La production doit atteindre 150 000 barils de pétrole et 200 millions de pieds cubes de gaz par jour. Le ministre a qualifié cette étape de « portée historique », ajoutant qu’elle permettra de « consolider notre sécurité énergétique et renforcer le rôle de la Côte d’Ivoire comme hub énergétique régional ». Le Gas Master Plan signé le 8 juillet avec la Banque mondiale et ENI vient compléter l’édifice.
La convergence est donc réelle : trois pays alignés sur le même diagnostic, des financements qui suivent, un champ gazier ivoirien qui peut devenir une alternative crédible au Nigeria. Il ne reste plus que l’exécution.
Difira Nkomo Ella



