Politique

Sénégal : Deux ans de Diomaye Faye, entre rupture et contraintes du pouvoir

Deux ans après son élection, Bassirou Diomaye Faye aborde la phase décisive de son mandat. Porté par une vague populaire inédite et un discours de souveraineté, il revendique avoir posé les « fondations » d’une transformation profonde de l’État. Mais entre réformes institutionnelles inachevées, pressions économiques et impatience sociale, le chef de l’État doit désormais convertir l’élan politique en résultats tangibles.

Deux ans après son arrivée au pouvoir, Bassirou Diomaye Faye évolue dans un moment charnière où l’ambition de rupture se heurte aux réalités de la gestion publique. Le président met en avant la construction de bases solides, estimant que les effets visibles viendront dans un second temps. Cette logique structurelle s’incarne dans plusieurs chantiers : l’assainissement des finances publiques, la vision stratégique « Sénégal 2050 », la refonte des politiques sectorielles et le lancement d’un « New Deal technologique » destiné à moderniser l’administration et à positionner le pays dans l’économie numérique.

‎Sur le plan économique, le volontarisme affiché se confronte à des contraintes sévères. Le plan de relance repose sur une mobilisation accrue des ressources internes, une rationalisation des dépenses et des réformes profondes dans l’énergie, l’agriculture ou l’industrie. La régulation des prix, devenue impérative face à la hausse du coût de la vie, illustre la difficulté d’équilibrer exigences sociales et discipline budgétaire.

‎Mais c’est la révélation, fin 2024, d’une dette non déclarée qui a constitué le choc majeur du début de mandat. Comme le souligne l’analyste Pape Médoune Sow, cet épisode a entraîné une dégradation de la note souveraine, la fermeture des marchés internationaux et la suspension des programmes avec le FMI. Privé de financements concessionnels, l’État s’est tourné vers des instruments coûteux — bons du Trésor, TRS, SWP — qui ont permis d’éviter une crise immédiate, au prix d’une pression accrue sur les finances publiques et d’un effet d’éviction pour les entreprises.

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‎‎Les réformes institutionnelles, autre pilier du programme présidentiel, avancent mais restent inachevées. Les audits lancés dans les structures publiques et la volonté de moraliser la gestion témoignent d’un engagement réel, mais la réforme du Conseil supérieur de la magistrature, essentielle pour renforcer la séparation des pouvoirs, nécessite des évolutions juridiques profondes.

‎Dans les secteurs productifs, les résultats demeurent contrastés. L’agriculture souffre toujours de contraintes structurelles — financement, semences, mécanisation — et la valorisation de la filière arachide reste limitée malgré une production correcte. La relance de la SONACOS, jugée stratégique, exige des investissements lourds et une gouvernance exemplaire. Les politiques sociales, notamment en faveur de la jeunesse, peinent encore à produire des effets mesurables, malgré l’annonce de 2026 comme « année de l’emploi ».

‎Sur la scène internationale, le Sénégal adopte une posture plus affirmée, cherchant à concilier souveraineté et intégration régionale, tout en tentant de mieux capter la valeur dans les secteurs minier et gazier. La stabilité intérieure demeure un acquis, malgré un environnement régional tendu.

‎Reste la perception populaire, partagée entre espoir et impatience. Si une partie de la population reconnaît la cohérence des orientations, beaucoup attendent des améliorations concrètes du quotidien. Le défi des prochaines années sera donc de transformer les orientations stratégiques en résultats visibles, condition indispensable pour maintenir la confiance et consolider la rupture promise.

Amadou Tidiane DIA

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