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Congo Brazzaville : « Transformer des trajectoires féminines »

Dans un écosystème entrepreneurial encore marqué par de fortes inégalités de genre, Emilia Mambissa Mokengo s’impose comme l’une des voix les plus influentes de l’autonomisation des femmes au Congo. Entrepreneure, communicante et fondatrice de plusieurs initiatives dédiées au leadership féminin, elle accompagne depuis près d’une décennie les femmes dans la construction de projets solides, durables et porteurs d’impact. Avec une vision claire et une détermination assumée, elle œuvre pour révéler le potentiel des femmes et transformer leur place dans l’économie nationale.

1 – Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?

Je suis entrepreneure, experte en communication digitale et fondatrice de la plateforme Le Congo au Féminin, engagée pour l’autonomisation des femmes. Depuis plus de neuf ans, j’évolue dans l’univers de la communication à travers mon cabinet Emy & Co, basé à Brazzaville, où j’accompagne entreprises et institutions dans leur stratégie de visibilité et de positionnement. J’y organise également des événements et je forme des cadres ainsi que des entrepreneurs.

Au fil de mon parcours, j’ai développé une forte sensibilité pour la transmission, le leadership et l’impact social. C’est ce qui m’a naturellement conduite à créer FEMINIAA, une association dédiée à l’accompagnement et à l’autonomisation des femmes. Aujourd’hui, ma mission est claire : révéler le potentiel des femmes, leur donner les outils pour réussir et créer des espaces où elles peuvent apprendre, s’exprimer et se développer pleinement.

2 – Quels sont les résultats concrets du Congo au Féminin en matière de création d’entreprises et de développement économique ?

Le Congo au Féminin est avant tout un amplificateur de voix et une plateforme digitale engagée, qui vise à sensibiliser, informer, former et donner de la visibilité aux femmes entrepreneures ainsi qu’aux institutions. Nous comptons aujourd’hui une communauté de plus de 15 000 abonnés. À ce jour, nous avons accompagné une cinquantaine de femmes à travers des ateliers organisés avec l’association FEMINIAA, dont je suis présidente. Très prochainement, nous lancerons un programme d’accompagnement sur le long terme dédié aux femmes entrepreneures. En attendant, elles bénéficient déjà de formations en entrepreneuriat et en développement de compétences via FEMINIAA.

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3 – Quels défis avez-vous rencontrés depuis la création du Congo au Féminin et comment les avez-vous surmontés ?

Le premier défi a été d’asseoir notre crédibilité dans un environnement où les événements dédiés au développement personnel et professionnel étaient encore rares. Ensuite, il a fallu gagner la confiance des entreprises et des institutions pour construire des partenariats solides et proposer un événement à forte valeur ajoutée, avec une expertise reconnue. Cela demande des ressources importantes, notamment financières. Mais grâce à la constance et à la vision, les choses ont évolué. Aujourd’hui, plusieurs partenaires comprennent qu’il ne s’agit pas d’une initiative ponctuelle, mais d’une véritable mission de vie. Mon engagement est clair : contribuer à l’autonomisation des femmes, non seulement à travers un événement annuel, mais tout au long de l’année via FEMINIAA.

4 – Comment le Congo au Féminin s’adapte-t-il aux besoins des femmes congolaises de différents profils ?

Notre stratégie repose sur l’observation et l’écoute. Je prends le temps d’analyser chaque profil de participante afin d’adapter nos contenus et nos programmes. C’est ainsi que nous avons développé des parcours spécifiques pour les étudiantes, les entrepreneures et les femmes du secteur informel, notamment les mamans des marchés. Nous veillons également à être inclusifs, notamment en intégrant les personnes en situation de handicap. Chaque femme a des besoins différents, et notre rôle est d’y répondre avec pertinence et impact.

5 – Quels défis avez-vous rencontrés en tant que femme entrepreneure au Congo ?

Être femme est un défi. Être entrepreneure en est un autre. J’ai choisi de cumuler les deux, donc les défis font partie de mon quotidien. J’ai fait le choix d’investir constamment dans mes compétences afin d’apporter une réelle valeur ajoutée dans mon domaine.

Après neuf ans d’entrepreneuriat, je peux dire que le Congo m’a appris la patience et a renforcé mon esprit stratégique. Ici, rien n’est immédiat : il faut convaincre, persuader, comprendre son interlocuteur et faire preuve de résilience. J’ai aussi dû repartir de zéro. Malgré une communauté de plus de trois millions d’abonnés avec mon entreprise Femme d’Influence, basée en France, j’ai dû me faire connaître localement, construire ma crédibilité et asseoir mon positionnement.

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Enfin, il a fallu déconstruire certaines perceptions, notamment autour du mot « féminisme ». Être engagée pour l’autonomisation des femmes ne signifie pas exclure les hommes, bien au contraire. J’insiste sur l’importance de leur place aux côtés des femmes, dans une logique de complémentarité et de construction commune. Il a également fallu faire évoluer les regards sur les conférences, souvent perçues à tort comme du simple divertissement. Pourtant, ce sont de véritables espaces de transformation : de nombreuses participantes en ressortent avec une nouvelle vision, des déclics concrets et parfois même une trajectoire de vie complètement redéfinie. J’ai laissé mon travail parler pour moi, en étant constante.

6 – Comment gérez-vous l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle ?

L’équilibre est un véritable défi, surtout quand on est alignée avec sa mission de vie. Il m’arrive d’avoir des idées en pleine nuit et de vouloir immédiatement les concrétiser. Mais j’ai compris que mon épanouissement professionnel ne doit pas se faire au détriment de mon bien‑être personnel. Je fais donc attention à moi, j’écoute mon corps, mon cœur et mon esprit. La discipline est essentielle. Il y a un temps pour tout. Et au final, le bonheur repose sur un équilibre conscient et assumé.

7 – Quels conseils donneriez-vous à une jeune femme qui souhaite entreprendre au Congo ?

Observer et écouter, plus que parler. On apprend énormément dans le silence. Ensuite, il faut faire du temps un allié. Rien ne presse. Construire demande de la patience. J’aime souvent prendre l’exemple du baobab : pendant des années, il pousse lentement, presque invisiblement. Mais ses racines deviennent solides, profondes, inébranlables. Et lorsqu’il grandit enfin, il traverse les générations. L’entrepreneuriat, c’est la même chose. Ce que vous construisez dans l’ombre détermine la solidité de ce que vous montrerez au grand jour.

Je recommande également de bâtir un business plan solide, en identifiant clairement le besoin auquel répond votre projet, en évaluant la viabilité de votre marché et en définissant précisément votre cible. Un entrepreneur n’est pas un motivateur. C’est quelqu’un qui apporte une solution concrète à un problème réel.

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8 – Quels sont vos projets en cours et comment les financez-vous ?

À travers FEMINIAA, nous organisons Le Congo au Féminin ainsi que d’autres événements et ateliers dédiés à l’autonomisation des femmes. Le financement repose principalement sur les adhésions, les partenariats et les collaborations stratégiques. Ce sont ces synergies qui nous permettent de développer et de pérenniser nos actions.

9 – Comment gérez-vous la concurrence ?

La concurrence fait partie du jeu entrepreneurial. Elle nous pousse à nous réinventer, à sortir de notre zone de confort et à innover constamment. Je mise beaucoup sur la formation continue, la veille stratégique et la compréhension de ma communauté. Que ce soit avec mon cabinet Emy & Co ou avec Le Congo au Féminin, la concurrence est un moteur d’évolution.

10 – Quels sont vos objectifs à long terme pour Emy & Co ?

Mon ambition est de faire d’Emy & Co une référence en communication digitale. Je souhaite également recruter et former de jeunes talents, transmettre mon savoir‑faire et préparer une nouvelle génération de créatifs. La transmission est au cœur de ma vision.

11 – Quels enseignements tirez-vous de votre parcours entrepreneurial ?

Ma devise est simple : « No dreams, only plans. » Un entrepreneur ne se contente pas de rêver, il planifie et agit. Je suis une personne d’action : je fais ce que je dis. L’apprentissage est une arme puissante. On peut tout vous retirer, sauf vos compétences, votre intelligence et votre expertise. Et surtout, il ne s’agit pas que de nous. La réussite prend tout son sens lorsqu’elle est partagée et qu’elle crée un impact durable. Mon objectif est de laisser un héritage et de rappeler à chaque femme qu’aucune limite ne définit son avenir. Tout commence par une conviction intérieure : croire que c’est possible.

Marcelle NTONGONO

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