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DIASPORA : Élections de maires d’ascendance africaine en France,quid de l’effet miroir?

Les élections municipales françaises de 2026 ont consacré douze maires d’ascendance africaine, illustrant une évolution notable de la représentation locale. Cette avancée, saluée sur le continent, met toutefois en lumière les difficultés persistantes de nombreux pays africains à intégrer pleinement les résidents étrangers — y compris africains — dans leur vie politique, les clauses d’autochtonie demeurant des obstacles à une citoyenneté inclusive.

Le 15 mars 2026 a tracé une ligne dans l’histoire politique française. Pour la première fois, douze édiles aux origines biographiques africaines ont été élus à la tête de communes françaises. Des victoires qui ont fait vibrer plusieurs capitales du continent.

Mais cet enthousiasme, aussi sincère soit-il, met en lumière un contraste saisissant. Car la question se pose : combien de pays africains permettraient aujourd’hui à un étranger — ou même à un Africain issu d’un autre État — d’accéder à une fonction municipale élective ? Dans de nombreux cas, les obstacles demeurent structurels, juridiques et, surtout, culturels.

L’Afrique porte encore en elle de vieux fantômes identitaires. L’affaire Thiam, en Côte d’Ivoire, l’a rappelé avec fracas. À l’approche de la présidentielle de 2025, le spectre de l’« ivoirité » a resurgi comme un vieux démon jamais exorcisé. La justice ivoirienne a radié Tidjane Thiam des listes électorales, invoquant un article du code de la nationalité datant des années 1960. Né à Abidjan, ancien détenteur d’un passeport français auquel il avait renoncé, il s’est retrouvé exclu pour une simple question d’interprétation identitaire.

Une pathologie continentale

La Côte d’Ivoire n’est pas seule en cause. Au Cameroun, une loi exclut théoriquement les détenteurs de double nationalité de certaines compétitions électorales. Plusieurs autres pays africains maintiennent des conditions d’éligibilité fondées sur la nationalité exclusive, l’ascendance parentale, ou des exigences d’enracinement local qui confinent à la discrimination ethno-régionale. Au Gabon, par exemple, une règle non écrite impose que le maire de Libreville soit toujours issu du terroir — plus précisément du groupe ethnique Fang ou du groupe Omyéné. Résultat : un Gabonais né, vivant et travaillant dans la capitale peut s’y voir refuser toute ambition municipale pour cause d’origine provinciale.

Lire Aussi:  Afrique : BAD et UA appellent à une ère sans visa

L’Afrique qui salue l’élection des « siens » en territoire français gagnerait donc à donner l’exemple en faisant de même chez elle, notamment lorsque les candidats naturalisés sont issus du même continent africain, voire du même pays.

La question n’est pas théorique. Elle est posée quotidiennement par des millions d’Africains installés dans d’autres pays africains — commerçants maliens en Côte d’Ivoire, pêcheurs sénégalais en Mauritanie, médecins congolais au Gabon — qui, même après des décennies d’installation, demeurent des étrangers sans voix dans la vie politique locale de leur pays d’accueil. Des invisibles qui paient des impôts, élèvent des enfants, bâtissent des quartiers — mais restent exclus des urnes.

Frantz Fanon l’avait pressenti avec une lucidité glaçante, dès 1961, dans « Les Damnés de la Terre » : il mettait en garde contre ce qu’il appelait les « pièges de la conscience nationale », ce moment où le nationalisme, né de la résistance légitime à la colonisation, se retourne contre ses propres enfants et devient un instrument d’exclusion. Six décennies plus tard, le continent vérifie encore, douloureusement, la justesse de ce diagnostic.

Christian MANIRAGABA

Élections de maires d’ascendance africaine en France

Quid de l’effet miroir ?

Les élections municipales françaises de 2026 ont consacré douze maires d’ascendance africaine, illustrant une évolution notable de la représentation locale. Cette avancée, saluée sur le continent, met toutefois en lumière les difficultés persistantes de nombreux pays africains à intégrer pleinement les résidents étrangers — y compris africains — dans leur vie politique, les clauses d’autochtonie demeurant des obstacles à une citoyenneté inclusive.

Le 15 mars 2026 a tracé une ligne dans l’histoire politique française. Pour la première fois, douze édiles aux origines biographiques africaines ont été élus à la tête de communes françaises. Des victoires qui ont fait vibrer plusieurs capitales du continent.

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Mais cet enthousiasme, aussi sincère soit-il, met en lumière un contraste saisissant. Car la question se pose : combien de pays africains permettraient aujourd’hui à un étranger — ou même à un Africain issu d’un autre État — d’accéder à une fonction municipale élective ? Dans de nombreux cas, les obstacles demeurent structurels, juridiques et, surtout, culturels.

L’Afrique porte encore en elle de vieux fantômes identitaires. L’affaire Thiam, en Côte d’Ivoire, l’a rappelé avec fracas. À l’approche de la présidentielle de 2025, le spectre de l’« ivoirité » a resurgi comme un vieux démon jamais exorcisé. La justice ivoirienne a radié Tidjane Thiam des listes électorales, invoquant un article du code de la nationalité datant des années 1960. Né à Abidjan, ancien détenteur d’un passeport français auquel il avait renoncé, il s’est retrouvé exclu pour une simple question d’interprétation identitaire.

Une pathologie continentale

La Côte d’Ivoire n’est pas seule en cause. Au Cameroun, une loi exclut théoriquement les détenteurs de double nationalité de certaines compétitions électorales. Plusieurs autres pays africains maintiennent des conditions d’éligibilité fondées sur la nationalité exclusive, l’ascendance parentale, ou des exigences d’enracinement local qui confinent à la discrimination ethno-régionale. Au Gabon, par exemple, une règle non écrite impose que le maire de Libreville soit toujours issu du terroir — plus précisément du groupe ethnique Fang ou du groupe Omyéné. Résultat : un Gabonais né, vivant et travaillant dans la capitale peut s’y voir refuser toute ambition municipale pour cause d’origine provinciale.

L’Afrique qui salue l’élection des « siens » en territoire français gagnerait donc à donner l’exemple en faisant de même chez elle, notamment lorsque les candidats naturalisés sont issus du même continent africain, voire du même pays.

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La question n’est pas théorique. Elle est posée quotidiennement par des millions d’Africains installés dans d’autres pays africains — commerçants maliens en Côte d’Ivoire, pêcheurs sénégalais en Mauritanie, médecins congolais au Gabon — qui, même après des décennies d’installation, demeurent des étrangers sans voix dans la vie politique locale de leur pays d’accueil. Des invisibles qui paient des impôts, élèvent des enfants, bâtissent des quartiers — mais restent exclus des urnes.

Frantz Fanon l’avait pressenti avec une lucidité glaçante, dès 1961, dans « Les Damnés de la Terre » : il mettait en garde contre ce qu’il appelait les « pièges de la conscience nationale », ce moment où le nationalisme, né de la résistance légitime à la colonisation, se retourne contre ses propres enfants et devient un instrument d’exclusion. Six décennies plus tard, le continent vérifie encore, douloureusement, la justesse de ce diagnostic.

Christian MANIRAGABA

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