Sénégal : le Conseil constitutionnel désamorce la réforme de l’Assemblée Nationale, l’heure de la clarification entre Faye et Sonko

C’est un coup de théâtre institutionnel dont le Sénégal a le secret, mais qui prend cette fois des airs de règlement de comptes au sommet de l’État. Ce jeudi 9 juillet 2026, le Conseil constitutionnel a prononcé l’invalidation de la loi n°18/2026 portant révision de la Constitution. Porté à bout de bras par la majorité Pastef à l’Assemblée nationale et voté le 29 juin dernier, le texte a été balayé par les « Sept Sages » pour des irrégularités de procédure majeures, notamment le non-respect de l’article 82 concernant l’équilibre financier des propositions de loi.
Mais la véritable déflagration n’est pas uniquement juridique : elle est éminemment politique. Car l’auteur du recours ayant mené à ce veto n’est autre que le président de la République lui même, Bassirou Diomaye Faye. En saisissant en urgence la haute juridiction contre une réforme chérie par son propre camp, le chef de l’État a posé un acte d’émancipation spectaculaire.
Depuis l’avènement de l’alternance historique en 2024, la formule magique « Diomaye moy Sonko » (Diomaye c’est Sonko) servait de ciment au pouvoir. Elle semble avoir vécu. Limogé de la Primature en mai dernier avant de rebondir triomphalement au perchoir de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko incarnait jusqu’ici la ligne dure et transformative du projet souverainiste.
En opposant son veto juridique à la boulimie législative du Parlement, Bassirou Diomaye Faye s’extirpe définitivement de l’ombre de son mentor. Quelques jours après avoir annoncé la création de son propre appareil politique devant l’Assemblée des maires, le président réaffirme sa position de clé de voûte des institutions. Pour de nombreux observateurs dakarois, le message est limpide : le palais de l’Avenue Roume n’a qu’un seul patron.
Attendu au tournant après ce désaveu flagrant, Ousmane Sonko a surpris par sa retenue. Point d’envolée lyrique ni d’appel à la résistance populaire. Dans un message publié sur ses réseaux sociaux, le président de l’Assemblée nationale a immédiatement acté la décision : « Au-delà des commentaires […], cette décision s’impose à tous ! Dont acte ! », a-t-il tempéré.
En endossant le costume d’homme d’État respectueux de la légalité républicaine, le leader de Pastef évite habilement le piège de la crise institutionnelle ouverte. Une posture de pompier qui cache à peine une réorganisation des forces en vue des scrutins locaux de 2027 et, surtout, de la présidentielle de 2029.
Alors que le pays affronte une conjoncture économique serrée et d’importantes attentes sociales, cette guerre des chefs feutrée ouvre une période d’incertitude. Le Sénégal prouve une fois de plus la solidité de ses contre-pouvoirs, mais le camp présidentiel devra rapidement clarifier sa gouvernance s’il ne veut pas voir le « Projet » se dissoudre dans ses propres contradictions.
Amadou Tidjane Dia



