Prolifération des armes légères : L’appel de Roll Stéphane Ngomat aux capitales africaines

À Genève, le diplomate gabonais Roll Stéphane Ngomat a interpellé les États africains sur leurs obligations vis-à-vis du Traité sur le commerce des armes. Un plaidoyer pour transformer les engagements de papier en politiques nationales effectives.
Signer, ratifier, mais surtout appliquer. C’est le triptyque défendu par le diplomate gabonais Roll Stéphane Ngomat, président de l’Union Paix et Sécurité Africaine (APSU), devant la douzième Conférence des États parties (CSP12) du Traité sur le commerce des armes (TCA). La rencontre, qui réunit à Genève diplomates et représentants d’États jusqu’au 28 août 2026, porte sur un fléau persistant : les conflits et violences armées alimentés par la prolifération illicite des armes légères et de petit calibre (ALPC), ainsi que par des flux d’armes et de munitions échappant à tout contrôle.
Devant l’assemblée, le diplomate gabonais a appelé les États africains à transposer intégralement les dispositions du traité dans leur droit interne. Selon lui, endiguer la circulation illicite des ALPC suppose une mobilisation coordonnée des États, du secteur privé et de la communauté internationale. Condition, estime-t-il, d’une paix et d’une prospérité durables sur le continent.
« Il est urgent que les États parties s’approprient pleinement le Traité sur le commerce des armes, en assument la responsabilité et y consacrent les ressources financières nécessaires à sa mise en œuvre effective », a déclaré M. Ngomat. Il a ajouté que les pays encore dépourvus de plan d’action national devraient s’en doter sans tarder, tandis que ceux qui en disposent déjà devraient les exécuter « sans délai et de bonne foi ». Pour le diplomate, l’appropriation locale du TCA doit devenir une priorité nationale, inscrite dans les cadres juridiques, les politiques publiques et les budgets des États.
Un fléau aux ramifications mondiales
Roll Stéphane Ngomat a insisté sur la nature complexe et multiforme des conflits armés contemporains, aux répercussions directes et indirectes souvent dévastatrices pour les populations. Une coordination internationale s’impose, selon lui, pour tarir les flux illicites qui nourrissent conflits, criminalité organisée et déplacements forcés, d’Haïti au Sahel.
« Le commerce illicite et le détournement d’armes légères et de petit calibre alimentent la violence armée, le terrorisme et le crime organisé, perpétuant ainsi les conflits, le terrorisme et les réseaux criminels dans de nombreuses régions », a-t-il martelé. Les armes détournées des stocks nationaux, ou interceptées à un maillon de la chaîne d’approvisionnement, finissent le plus souvent, a-t-il précisé, entre les mains de groupes armés non étatiques.
Le bilan humain donne la mesure de l’urgence : en 2024, l’ONU a recensé au moins 48 000 décès de civils liés à des conflits, les armes légères étant impliquées dans près de 30 % de ces morts selon certains contextes. En 2026, les données mondiales sur le trafic d’armes légères continuent de mettre en lumière l’ampleur du phénomène — au point d’avoir motivé le lancement d’une nouvelle enquête de référence au Nigéria, destinée à remplacer des chiffres devenus obsolètes depuis 2016, ainsi que de nouvelles propositions législatives de l’Union européenne visant à harmoniser la lutte contre le trafic transfrontalier. La Commission européenne a d’ailleurs présenté un projet de directive visant à uniformiser les définitions pénales, les sanctions et l’enregistrement obligatoire des données de saisie dans les États membres.
Un traité encore inégalement appliqué
Entré en vigueur le 24 décembre 2014, le Traité sur le commerce des armes fixe des normes internationales destinées à prévenir le commerce illicite et le détournement d’armes conventionnelles. À ce jour, 118 États en sont parties, tandis que 25 autres l’ont signé sans encore le ratifier.
Expert des questions de paix et de sécurité en Afrique, Roll Stéphane Ngomat a construit sa carrière autour de la coopération régionale, du renforcement des institutions africaines et du développement de partenariats internationaux. Ses initiatives, menées avec gouvernements, institutions continentales, organisations de la société civile et partenaires internationaux, portent notamment sur l’autonomisation des jeunes et des femmes leaders. Une manière, dit-il, de porter des solutions africaines aux défis du continent.
REDACTION CQFA



