Xénophobie en Afrique du Sud : Le Ghana décline l’aide financière de MTN

Le ministère ghanéen des Affaires étrangères a officiellement décliné le don de près de 1,08 milliard FCFA proposé par MTN Ghana pour soutenir les ressortissants victimes des attaques xénophobes en Afrique du Sud, une décision présentée comme un geste de souveraineté alors que plus de 1 600 Ghanéens ont déjà été rapatriés.
La décision a été notifiée directement au sommet de l’opérateur télécoms. Lors d’une rencontre le 14 août 2026 avec le ministre des Affaires étrangères Samuel Okudzeto Ablakwa, le président du conseil d’administration et le directeur général de MTN Ghana ont été informés que le gouvernement ne donnerait pas suite à l’offre.
L’annonce publique est venue quelques jours plus tard. Le 20 août, le Dr Ishmael Yamson, président du conseil d’administration de MTN Ghana, a révélé les détails de la proposition dans une interview accordée à Joy News. Initialement, MTN avait prévu un peu moins de 540 millions FCFA comme « package d’accueil » pour les rapatriés. Face à l’ampleur de la crise, l’entreprise a ensuite décidé de doubler la mise pour atteindre près de 1,08 milliard FCFA, afin de constituer un fonds destiné à aider les victimes à reconstruire leur vie au pays.
Mais pour Accra, l’heure n’est pas à la collecte privée. Le gouvernement assure avoir déjà débloqué les « ressources nécessaires » pour organiser les évacuations en cours et financer la réintégration des personnes concernées. Dans un communiqué transmis à MTN, le ministère des Affaires étrangères a tenu à clarifier sa position : « Le gouvernement du Ghana félicite MTN pour cette offre, cependant, nous déclinons respectueusement. »
Ce refus sonne comme un message politique. Alors que la crise xénophobe en Afrique du Sud a poussé plus de 1 600 Ghanéens à rentrer au pays depuis le début des violences, l’administration Mahama veut montrer qu’elle garde la main sur la réponse nationale. En refusant un fonds d’entreprise, aussi conséquent soit-il, Accra évite la confusion des rôles et réaffirme que la protection des citoyens à l’étranger relève d’abord de la responsabilité de l’État. Pour MTN Ghana, filiale du géant sud-africain, le geste visait à la fois la solidarité et la gestion de l’image : difficile pour une entreprise d’origine sud-africaine de rester silencieuse quand ses compatriotes sont accusés d’être au cœur des violences. Le doublement du don en dit long sur la pression ressentie par le groupe.
Reste que le défi est immense pour le gouvernement ghanéen. Au-delà des vols de rapatriement, il faudra reloger, soigner et réinsérer sur le plan économique des centaines de familles qui rentrent parfois avec pour seul bagage les traumatismes de l’exil. Le gouvernement dit être prêt ; les Ghanéens, eux, attendent de voir comment ces « ressources mobilisées » vont se traduire concrètement sur le terrain.
Marcelle NTONGONO



