Santé

Sommet de l’OMS Afrique : le pari de sortir de la dépendance

Réunis à Addis-Abeba jusqu’au 28 août, les ministres de la Santé de 47 pays africains se fixent pour objectif d’affranchir le continent de sa dépendance aux aides extérieures d’ici 2035. Derrière les éléments de langage, des engagements très concrets se dessinent déjà, pays par pays.



‎Le décor est connu. Chaque sommet continental de la santé s’ouvre sur les mêmes chiffres, la même urgence rappelée en préambule. Celui qui se tient cette semaine dans la capitale éthiopienne n’échappe pas à la règle. Mais au fil des travaux, ce sont les engagements nationaux qui donnent corps à l’ambition affichée : bâtir une souveraineté sanitaire capable de répondre aux besoins d’1,5 milliard d’Africains sans attendre les financements extérieurs.



‎Pour l’Afrique francophone, plusieurs dossiers avancent d’ores et déjà.

Le Gabon veut soigner chez lui. Libreville entend mettre fin aux évacuations sanitaires, coûteuses et souvent hors de portée des familles modestes. L’OMS s’est engagée à accompagner le pays dans l’installation d’équipements de pointe capables de prendre en charge sur place les pathologies lourdes (cancers, affections cardiovasculaires) qui obligeaient jusqu’ici à un transfert à l’étranger.


À Brazzaville, la priorité n’est plus la construction, mais la gestion. Le Congo a fait le pari de la formation intensive de ses directeurs d’hôpitaux, misant sur une meilleure organisation logistique pour limiter les ruptures récurrentes de médicaments essentiels.



Le Mali, lui, pèse dans les débats. Sa ministre de la Santé, élue vice-présidente du comité, a obtenu un appui renforcé pour le déploiement des nouveaux vaccins antipaludiques et de moustiquaires de dernière génération, y compris dans les zones les plus enclavées. Un signe que la lutte contre le paludisme reste, pour Bamako, une bataille prioritaire.



Le Sénégal accélère de son côté sur la production locale. Alors que le continent importe l’essentiel de ses vaccins, l’Institut Pasteur de Dakar entend changer la donne, avec l’ambition, à terme, de ne plus dépendre des aléas logistiques mondiaux pour protéger les enfants africains.



La RDC reste en première ligne. Épicentre de l’épidémie de Mpox, le pays a obtenu du sommet l’envoi de laboratoires mobiles et de financements d’urgence, destinés à endiguer la propagation du virus dans les provinces avant qu’il ne s’étende davantage.


Du côté d’Abidjan, c’est la généralisation de la Couverture maladie universelle (CMU) qui occupe les discussions. Les échanges d’expérience du sommet doivent permettre à la Côte d’Ivoire d’affiner sa stratégie pour réduire le coût des consultations dans les dispensaires de quartier.



Le Tchad, enfin, fait face à un défi plus structurel : le manque criant de personnel soignant. N’Djamena s’est engagé dans un recrutement massif d’infirmiers et de sages-femmes, avec en ligne de mire les zones rurales, trop souvent délaissées par l’offre de soins.


Le nerf de la guerre : retenir les soignants



‎Reste un défi transversal, sans doute le plus difficile à résoudre, celui de la fuite des cerveaux médicaux. C’est la vraie nouveauté de ce sommet. L’OMS pousse désormais ouvertement les États africains à revaloriser les salaires et les conditions de travail de leurs personnels de santé, seul moyen crédible d’enrayer le départ des talents vers l’Europe.



‎Difira Nkomo Ella

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