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Burkina Faso : Le gouvernement dit stop à la scénarisation de la misère‎

Le 2 juillet dernier, le gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré a adopté un décret qui marque un tournant dans la gestion de l’aide au Burkina Faso. L’exécutif interdit désormais toute forme de mise en scène de la pauvreté à des fins de communication ou de levée de fonds. Ce que l’on appelle communément le « poverty porn » n’a plus sa place dans le pays. De façon claire, le texte pose une règle simple : l’assistance humanitaire doit se faire dans le respect strict de la dignité des personnes.


‎Il est donc interdit de photographier, filmer ou diffuser des images de bénéficiaires en train de recevoir des dons. Selon les autorités, ces pratiques sont devenues trop fréquentes. Elles servent à alimenter des campagnes de sensibilisation ou des collectes, souvent sans se soucier de l’image renvoyée par les personnes vulnérables. Au-delà de la question de l’image, le décret veut aussi réorganiser en profondeur le secteur humanitaire. Désormais, toute organisation devra obtenir une accréditation auprès de l’État avant d’intervenir. L’objectif affiché est de mieux répartir les acteurs sur le territoire et d’éviter les doublons ou les zones laissées pour compte. C’est une volonté claire de reprendre la main sur la carte de l’aide au Burkina Faso.


‎Le gouvernement va plus loin en imposant de nouvelles règles de financement. Au moins 60% des budgets des ONG devront être consacrés à des actions visant à rendre les populations autonomes, plutôt qu’à une assistance perpétuelle. Par ailleurs, les organisations sont invitées à privilégier les achats locaux pour leurs distributions. L’idée est de soutenir l’économie nationale et de limiter la dépendance aux importations de kits humanitaires.


‎Cette décision s’inscrit dans une dynamique déjà enclenchée. Le 15 avril dernier, Ouagadougou avait annoncé la dissolution de 118 ONG et associations et l’interdiction de leurs activités. Avec le décret de juillet, le pouvoir confirme sa volonté d’encadrer davantage un secteur jugé trop peu contrôlé. Pour les organisations humanitaires, ce changement impose de revoir complètement leur manière de communiquer. Le gouvernement leur demande de mettre en avant la résilience des Burkinabè plutôt que leur détresse, et de sortir d’un récit qui infantilise les populations africaines. Le message du Burkina Faso est net : on peut faire de l’humanitaire sans exposer la misère, et on peut aider sans briser la dignité.


‎En posant ces nouvelles règles, le Burkina Faso ne rejette pas l’aide internationale. Il cherche à la recadrer. Moins de spectacle, plus d’impact. Et surtout, une exigence : que l’assistance serve à préparer le jour où elle ne sera plus nécessaire.


‎Marcelle NTONGONO

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