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La d’échéance des Maires pour transhumance politique: une fausse bonne idée?

Pour une décentralisation fondée sur l’équité territoriale, l’autonomie locale et l’intérêt général
« La démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. »
— Abraham Lincoln
« Les collectivités territoriales constituent le cadre institutionnel de la participation des citoyens à la gestion des affaires publiques. Elles s’administrent librement par des conseils élus, dans les conditions prévues par la loi. »
— Principe consacré par la Constitution de notre pays.
La proposition de loi visant à déchoir de leur mandat les maires qui changeraient d’appartenance politique ouvre un débat important sur l’éthique politique, la démocratie locale et l’avenir de notre politique de décentralisation.
La question mérite d’être posée avec sérénité, loin des passions partisanes.
La transhumance politique est souvent considérée comme une trahison du vote des citoyens. Cette critique peut être légitime lorsqu’elle est motivée par des intérêts personnels, la recherche de privilèges ou l’accès à des avantages individuels.
Mais toutes les situations peuvent-elles être analysées de la même manière ?
Le maire est avant tout un acteur du développement local. Il est le premier interlocuteur des populations face aux urgences quotidiennes : désenclavement, eau potable, électrification rurale, santé, éducation, agriculture, emploi des jeunes, sécurité et amélioration du cadre de vie.
Or, la réalité institutionnelle de nos collectivités territoriales impose une analyse objective.
Une décentralisation encore inachevée
L’Acte III de la décentralisation a marqué une étape historique dans la modernisation de notre gouvernance territoriale. Toutefois, force est de constater qu’il existe encore un décalage entre les compétences transférées et les moyens effectivement mis à disposition des collectivités.
Les collectivités territoriales disposent de responsabilités importantes, mais leurs capacités financières, techniques et humaines restent limitées.
Comme l’a souligné l’esprit même de la décentralisation moderne, il ne suffit pas de transférer des compétences ; il faut transférer les moyens permettant de les exercer.
La fonction publique territoriale, les grands investissements structurants, les programmes nationaux et les agences de développement restent largement liés à l’action de l’État.
Dans une écrasante majorité des communes rurales, l’État demeure le principal partenaire capable de financer les infrastructures indispensables au bien-être des populations.
Comme l’écrivait Alexis de Tocqueville dans son analyse de la démocratie locale :
« C’est dans la commune que réside la force des peuples libres. »
Cette pensée rappelle que la commune est le premier espace d’apprentissage démocratique. Mais une commune ne peut être pleinement forte que si elle dispose des moyens réels d’agir.
Le maire : un élu de la République avant d’être un militant
Une fois élu, le maire ne gouverne pas uniquement pour ceux qui ont voté pour lui ou pour le parti qui l’a investi. Il devient le maire de toute la population.
Son obligation première est de répondre aux attentes des citoyens.
Son premier parti doit être l’intérêt général.
Son premier programme doit être le développement de sa commune.
Pierre angulaire de la démocratie locale, le maire doit rechercher toutes les opportunités permettant d’améliorer les conditions de vie de ses administrés.
C’est dans ce cadre qu’il faut analyser certains changements d’appartenance politique.
Il faut distinguer deux réalités :
La transhumance opportuniste, guidée par l’intérêt personnel ;
La transhumance de responsabilité, lorsque l’élu cherche à obtenir les moyens nécessaires pour servir sa population.
Le débat ne doit donc pas seulement porter sur la fidélité à une formation politique, mais sur la fidélité au mandat confié par les citoyens.
Le risque d’une politisation excessive du développement local
Dans un État décentralisé mais unitaire, les relations entre l’État et les collectivités territoriales sont essentielles.
Une opposition systématique entre une commune et le pouvoir central pourrait avoir des conséquences sur la capacité à construire des partenariats, mobiliser des financements et accélérer les projets structurants.
Cette réalité doit être prise en compte dans toute réflexion sérieuse sur la gouvernance locale.
L’expérience de Taïba Ndiaye constitue à cet égard un exemple particulièrement illustratif d’intelligence territoriale
Feu Aly LÔ ancien président de communauté rurale puis maire, a démontré qu’un élu local peut préserver ses convictions tout en développant une capacité de dialogue et de coopération stratégique avec les différents pouvoirs centraux.
Ainsi Il a su travailler dans une logique de partenariat institutionnel avec les présidents de la République qui se sont succédé : Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et Macky Sall jusqu’en 2022.
Cette continuité dans le dialogue avec l’État et les différents partenaires a contribué à faire de la commune de Taïba Ndiaye une référence nationale et internationale en matière de développement local.
La commune a su attirer l’État central, mobiliser des partenaires techniques et financiers, et créer un environnement favorable à la réalisation de projets structurants.
Cette expérience démontre une vérité essentielle : le développement territorial ne se construit pas dans l’isolement ni dans la confrontation permanente, mais dans la capacité à créer des passerelles, à fédérer les acteurs et à défendre intelligemment les intérêts des populations.
L’intelligence territoriale consiste précisément à conjuguer convictions, responsabilité et coopération.
Comme le rappelait Montesquieu :
« Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »
La solution n’est donc pas de renforcer une dépendance politique des collectivités, mais au contraire de créer des mécanismes institutionnels garantissant leur autonomie.
La véritable réforme : l’autonomie réelle des territoires
La lutte contre la transhumance politique ne doit pas passer uniquement par la sanction.
Elle doit passer par la transformation profonde du système.
Il faut :
renforcer l’autonomie financière des collectivités territoriales ;
garantir une répartition équitable des investissements publics ;
établir des critères transparents d’accès aux programmes nationaux ;
achever la mise en œuvre de la fonction publique territoriale ;
instaurer une véritable contractualisation entre l’État et les collectivités.
Comme l’a souvent défendu la pensée du développement endogène portée par Cheikh Anta Diop, aucune nation ne peut construire son avenir sans s’appuyer sur ses propres réalités historiques, humaines et territoriales.
Le développement doit partir des territoires et des populations qui y vivent.
In fine, servir d’abord la République locale
La véritable question n’est pas :
Comment empêcher un maire de changer de camp ?
La véritable question est :
Comment faire en sorte qu’un maire n’ait plus besoin de changer de camp pour obtenir les moyens de développer sa commune ?
La meilleure réponse à la transhumance n’est pas la déchéance des maires.
La meilleure réponse est une décentralisation véritablement achevée.
Une République forte ne se construit pas avec des collectivités dépendantes, mais avec des territoires autonomes, responsables et équitablement accompagnés.
« La fidélité d’un maire ne se mesure pas uniquement à son appartenance politique. Elle se mesure à sa capacité à servir sa commune avec courage, responsabilité et efficacité. Lorsque l’intérêt des populations est en jeu, l’élu doit avoir pour seul parti celui du développement local. »

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Bouna KOÏTA
Ancien Maire de Dialambéré
Expert en politiques publiques
Diplômé de l’Institut Supérieur des Ingénieurs Animateurs Territoriaux (ISIAT) – Université Bordeaux III

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