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Diaspora africaine : les 124 milliards qui pèsent plus que l’aide internationale‎

L’an dernier, les diasporas africaines ont envoyé plus de 124 milliards de dollars sur le continent, soit 17 % des transferts mondiaux et près du double d’il y a dix ans. Dans un rapport publié cette semaine, le FIDA en fait la première source de financement extérieur de l’Afrique, devant l’aide publique et les investissements étrangers.



‎C’est un chiffre que peu d’indicateurs macroéconomiques africains peuvent revendiquer. Selon le Fonds international de développement agricole (FIDA), agence des Nations unies, les diasporas ont transféré plus de 124 milliards de dollars vers le continent en 2025. Un volume qui a presque doublé en dix ans et qui représente désormais 17 % de l’ensemble des transferts privés à l’échelle mondiale. L’institution précise toutefois que ce total reste sous-estimé, faute de données complètes dans plusieurs pays d’Afrique centrale.



‎Ce qui frappe, c’est le décalage entre cette progression et celle de la migration elle-même : les envois ont crû trois fois plus vite que le nombre d’Africains installés hors du continent. Deux phénomènes l’expliquent. D’abord, un réflexe de solidarité accru lors des crises récentes (pandémie de Covid-19, puis flambée des prix alimentaires). Ensuite, une formalisation progressive des circuits : le cash transporté à la main recule, remplacé par des virements mobiles, mieux tracés et donc mieux comptabilisés.


‎Ce basculement numérique a eu un effet inattendu sur les coûts. Le prix moyen d’un envoi est passé de 9 % en 2016 à 7,2 % aujourd’hui. Une baisse directement liée à la pandémie, qui a rendu impossible le transport de billets de main à main et généralisé l’usage des applications. Résultat : des flux plus visibles, mieux mesurés, et plus résilients aux chocs.




‎La carte des bénéficiaires se redessine aussi. L’Égypte s’impose comme premier pays destinataire, avec 41,5 milliards de dollars reçus, devant le Nigeria et le Maroc. Le top 5 continental change de visage : l’Éthiopie et le Kenya y font leur entrée, au détriment du Ghana et de l’Algérie, tous deux en léger recul. À l’échelle régionale, l’Afrique de l’Ouest affiche une hausse d’un tiers en dix ans, tirée par la Côte d’Ivoire, dont les réceptions ont quadruplé. Mais c’est en Afrique centrale que la progression est la plus spectaculaire : la RDC a reçu 3,3 milliards de dollars en 2025, soit près de six fois plus qu’il y a dix ans.
‎Sur le terrain, ces flux jouent un rôle précis. Les trois quarts servent à couvrir des dépenses courantes (alimentation, logement, santé). Le quart restant finance l’éducation ou la création de petites activités économiques. Plus d’un tiers de ces sommes atteint les zones rurales, où elles permettent d’amortir les chocs climatiques et de soutenir la production agricole.



‎Le poids macroéconomique de ces transferts n’a plus rien de marginal. Au Sénégal, ils représentent 11 % du PIB. Au Liberia, en Gambie et aux Comores, ils dépassent 20 %. Depuis 2016, ils ont systématiquement absorbé les chocs externes subis par les économies africaines. Au point de devancer, année après année, l’aide publique au développement et les investissements directs étrangers comme première source de financement extérieur du continent.



‎Marcelle NTONGONO

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