Gabon : La Fonction publique entame la refondation de son cadre statutaire

Trois décennies après les textes de 1991, l’administration gabonaise s’apprête à changer de socle. Ce mercredi 22 juillet, à l’hémicycle du ministère de la Fonction Publique et du Renforcement des Capacités, la ministre Laurence Ndong a ouvert un atelier de trois jours consacré à la validation de deux projets de loi majeurs : le nouveau Statut général de la Fonction publique et le nouveau Statut général des fonctionnaires. Un chantier qui engage, pour les années à venir, la manière dont l’État recrute, gère et responsabilise ses agents.
Si cette réforme intervient maintenant, c’est en raison d’un constat simple : les lois de 1991 et de 2005 ont rempli leur office, mais elles datent d’un autre monde administratif. Elles ignorent la Constitution de la Ve République, adoptée le 19 décembre 2024, et n’ont rien prévu pour la transformation numérique, l’intelligence artificielle ou l’émergence de nouveaux métiers. Maintenir un cadre statutaire déconnecté de ces réalités, c’est exposer aussi bien les agents que l’administration à une insécurité juridique croissante. La réforme vise précisément à combler ce décalage.
La démarche retenue en dit d’ailleurs autant que le contenu. Le choix, assumé par la ministre, de reporter l’atelier d’une semaine pour élargir la participation n’a rien d’anecdotique : il traduit un pari. Des textes appelés à régir l’ensemble de la Fonction publique ne peuvent être écrits par un cercle restreint sans risquer d’être contestés dans leur application. En mobilisant secrétaires généraux, directeurs et experts sectoriels de tous les départements, le ministère cherche moins la rapidité que la légitimité.
La méthode de travail confirme cette logique, avec une présentation technique, un examen article par article en quatre groupes, puis des restitutions débattues en plénière avant validation collective : un dispositif conçu pour produire du consensus plutôt que pour entériner des décisions déjà prises.
Reste à mesurer ce qui se joue réellement. Au-delà de la mise en conformité constitutionnelle, les deux textes ambitionnent de moderniser la gestion des ressources humaines de l’État : sécuriser juridiquement les agents, simplifier les procédures, et surtout ancrer une culture du mérite, de la responsabilité et de la performance. C’est là que se jouera la crédibilité de la réforme.
Redaction CQFA



