RDC : Kinshasa veut vendre son cobalt directement à Tesla ET BYD

L’Entreprise Générale du Cobalt veut court-circuiter les traders. Elle vise des contrats directs avec les fabricants de batteries pour vendre un cobalt artisanal traçable et conforme aux normes.
Kinshasa veut reprendre le contrôle de son cobalt artisanal. L’Entreprise Générale du Cobalt (EGC), créée par l’État pour formaliser le secteur artisanal, ambitionne désormais de commercialiser elle-même le cobalt artisanal congolais auprès des fabricants de batteries pour véhicules électriques, notamment Tesla et BYD. Ceci, après des années de dépendance envers les traders internationaux comme Trafigura, Mercuria ou Traxys. Cette production, extraite à Kolwezi et Lubumbashi par des milliers de creuseurs, représente entre 15 et 25 % du cobalt national.
Pendant longtemps, les grands groupes technologiques ont évité le cobalt artisanal, invoquant l’absence de traçabilité et le risque de travail des enfants. Apple a même été poursuivi aux États-Unis sur ce sujet. Pour répondre à ces exigences, l’EGC a engagé un processus de contrôle de la chaîne de valeur. Elle travaille déjà avec cinq coopératives et prépare douze autres partenariats afin de garantir un cobalt conforme aux standards internationaux. Daniel Saka Mbumba, conseiller principal de l’entreprise, a expliqué à Reuters que l’EGC veut désormais rencontrer directement les fabricants pour comprendre leurs besoins et adapter son offre.
Depuis octobre 2025, la RDC applique un système de quotas d’exportation. L’EGC affirme avoir utilisé l’intégralité du sien et a exporté, dès janvier 2026, 3 995 tonnes de cobalt contenu et 1 400 tonnes de cuivre. Au premier trimestre 2026, le pays a expédié 51 940 tonnes d’hydroxyde de cobalt et 696 725 tonnes de cathodes de cuivre. L’ARECOM avertit que certains exploitants peinent à respecter les procédures et pourraient perdre leurs quotas. Dans un contexte de transition énergétique mondiale, la demande en cobalt continue de croître, consolidant la position de la RDC comme premier producteur mondial.
Pour séduire les fabricants, l’EGC mise aussi sur la logistique. Elle a réalisé sa première exportation via le corridor de Lobito, en Angola, expédiant 587 tonnes de cobalt et 500 tonnes de cuivre en seulement cinq jours. À titre de comparaison, le transit via Dar es-Salaam prend vingt-huit jours et celui via Durban plus de trente jours. En diversifiant ses corridors, l’entreprise veut offrir davantage de flexibilité et réduire les délais, un argument déterminant pour les industriels.
Après le cobalt, l’EGC prépare déjà l’extension de son modèle au coltan artisanal.
Marcelle NTONGONO



