MALI : L’armée reprend Kidal sans combat, mais dans une ville presque vide

L’armée malienne, épaulée par les paramilitaires russes d’Africa Corps, est entrée mardi 6 octobre 2026 dans Kidal, bastion historique de la rébellion touarègue, que le Front de libération de l’Azawad avait conquise en avril. Ce succès militaire et symbolique pour Bamako s’obtient pourtant dans une cité largement désertée par sa population.
Les Forces armées maliennes (FAMa), soutenues par Africa Corps, ont repris mardi le contrôle de Kidal, dans le nord du pays, après le retrait des rebelles du Front de libération de l’Azawad (FLA). Ces derniers présentent leur départ comme un « repli stratégique ». Les militaires sont entrés dans la ville sans rencontrer de résistance, plus de cinq mois après sa chute aux mains du FLA, allié au JNIM, la branche sahélienne d’Al-Qaïda. Pour les autorités de transition, cette reprise vient effacer, au moins en partie, le revers du printemps.
Une revanche après la chute d’avril
Kidal est depuis 2012 le cœur de la contestation touarègue. Longtemps considérée comme une citadelle imprenable, elle était restée hors de portée de l’État pendant plus d’une décennie. L’armée, secondée par le groupe Wagner, y était revenue en novembre 2023. Elle en avait de nouveau perdu le contrôle le 25 avril 2026, à la suite d’attaques coordonnées menées par la coalition FLA-JNIM. Ces offensives avaient frappé plusieurs localités du pays, dont les abords de Bamako, Gao, Sévaré et Kidal, et avaient coûté la vie au ministre de la Défense, Sadio Camara. Les paramilitaires russes avaient alors quitté Kidal, une humiliation pour Moscou comme pour Bamako.
À Bamako, le discours officiel insiste sur la force de frappe. Le porte-parole du gouvernement de transition, le général de brigade Issa Ousmane Coulibaly, a évoqué le renforcement du dispositif des FAMa à Kidal après d’intenses opérations aériennes et terrestres contre les groupes armés. L’armée parle d’une offensive de grande envergure lancée le 6 octobre dans l’est du pays. Les rebelles, eux, avancent une autre explication. Dans un communiqué, le FLA affirme s’être retiré pour préserver les rares civils encore présents dans la ville. Cette retraite, sans affrontement direct, invite à relativiser l’idée d’une défaite rebelle : le mouvement garde sa capacité de mouvement et d’initiative dans le Nord.
Une ville stratégique, mais vidée de ses habitants
C’est le principal bémol de cette reprise. Selon plusieurs sources jointes par l’AFP, Kidal est aujourd’hui largement vidée de ses habitants. Le contrôle d’un espace urbain désert pèse moins qu’il n’y paraît : il reste à rétablir les services de base, à sécuriser les accès et à convaincre les familles déplacées de rentrer, ce que l’armée n’avait déjà pas pleinement réussi après 2023. Les routes, longues de plus de 1 500 kilomètres depuis Bamako, demeurent vulnérables aux embuscades. L’armée et ses alliés russes avaient d’ailleurs mis près d’une semaine à rouvrir l’axe d’Anefis, à une centaine de kilomètres de Kidal, en juillet dernier.
La victoire de Bamako est réelle sur le plan symbolique, mais son caractère durable reste à démontrer. Le FLA et le JNIM n’ont pas disparu, et le dialogue, évoqué par certains acteurs régionaux, reste un horizon incertain. Pour les autorités maliennes et leur partenaire russe, l’enjeu est désormais de transformer une entrée sans combat en reprise effective du territoire, avec une population de retour et un État qui s’y installe.
FATOUMATA Naida Sidibé



