Économie

CEDEAO : Lancement de l’ECO en 2027, mais pas pour tous‎

C’est un tournant pour l’intégration monétaire ouest-africaine. En officialisant une approche à plusieurs vitesses, la CEDEAO renonce à vingt ans d’ambition d’un lancement uniforme de l’ECO et mise sur le réalisme pour tenir, cette fois, l’échéance de 2027.

‎Réunis en sommet ordinaire le 19 juillet en Sierra Leone, les chefs d’État de la CEDEAO ont acté l’abandon du lancement simultané de l’ECO, la future monnaie unique ouest-africaine, au profit d’une intégration progressive. Face aux retards accumulés par plusieurs pays membres, l’organisation a choisi de démarrer avec un noyau d’États remplissant les critères de convergence, les autres rejoignant le projet plus tard grâce à un mécanisme d’accompagnement technique.


Cette bascule vers le pragmatisme n’est pas une surprise. Dès décembre 2025 à Abuja, les chefs d’État s’étaient déjà alarmés de l’absence de progrès et avaient réclamé davantage de discipline budgétaire, ainsi que la relance de la Task Force présidentielle sur l’ECO.


Trois chantiers techniques


‎Le dossier avance sur plusieurs fronts. Les consultations entre la Commission de la CEDEAO et les gouverneurs de banques centrales se poursuivent pour trancher les derniers points de désaccord. La marque « ECO » est désormais protégée auprès de l’OAPI, la Commission et l’Agence monétaire ouest-africaine (AMAO) ayant reçu mandat d’engager son enregistrement à l’international.



‎La gouvernance du projet est également revue : la Guinée fait son entrée dans la Task Force présidentielle, dont la Commission doit organiser une réunion avant décembre 2026. La Côte d’Ivoire en assure aujourd’hui seule la présidence.


‎Reste l’obstacle de fond : l’ECO doit à terme remplacer toutes les devises de la région, dans un espace qui reste aujourd’hui profondément disparate sur le plan monétaire. Huit pays partagent le franc CFA via la BCEAO et l’UEMOA. Les autres ont chacun leur propre monnaie — le naira au Nigeria, le cedi au Ghana, le dalasi en Gambie, le dollar libérien, le franc guinéen, le leone en Sierra Leone, l’escudo au Cap-Vert.
‎Le cas du Burkina Faso, du Mali et du Niger ajoute une couche de complexité. Sortis de la CEDEAO, ces trois pays restent dans l’UEMOA et continuent d’utiliser le franc CFA.


‎Le communiqué de Lungi reste muet sur leur participation future à l’ECO — une zone d’ombre qui fait de leur cas l’un des dossiers les plus sensibles à trancher avant 2027.


‎D’ici le prochain sommet ordinaire, la Commission et l’AMAO doivent finaliser des propositions communes avec les banques centrales de la région. Sans convergence suffisante entre les économies, ni accord sur le périmètre exact du lancement, l’échéance de 2027 pourrait, une nouvelle fois, être repoussée.


‎Marcelle NTONGONO

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