Santé

Afrique : Plumpy’Nut, du kit humanitaire à l’aliment de contrebande

C’est un sachet en aluminium devenu le symbole universel de la lutte contre la famine. Conçu pour sauver les enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère, le Plumpy’Nut une pâte hyperprotéinée à base d’arachide, subit un détournement massif de sa fonction première au Sahel. Au Burkina Faso, ce dispositif d’urgence médicale gratuit s’est métamorphosé en une marchandise spéculative. Derrière les étals des marchés informels se joue une double crise, combinant des réseaux de contrebande opaques à un phénomène de mode sanitaire toxique pour la santé publique.

Le Plumpy’Nut est un médicament nutritionnel concentré, pas un produit de confort. Sa formule ultra-calorique (500 calories par sachet) est chimiquement dosée pour réactiver le métabolisme d’enfants en danger de mort. Pourtant l’usage détourné de cet aliment thérapeutique s’est répandu parmi trois catégories de population agissant en dehors de tout cadre médical. De nombreuses femmes sahéliennes y ont recours dans l’espoir d’obtenir rapidement des rondeurs perçues comme des signes de beauté et de réussite. Parallèlement, des sportifs locaux l’utilisent comme une alternative peu coûteuse aux compléments de musculation pour augmenter leur masse musculaire. Enfin, plusieurs familles l’intègrent à l’alimentation d’enfants en bonne santé, le traitant à tort comme une simple friandise ou un fortifiant nutritionnel, sans conscience des conséquences métaboliques potentielles de cet apport excessif pour des organismes non dénutris.

Cette consommation hors cadre médical s’avère profondément nocive. Ingéré par un organisme sain, l’apport massif et non régulé en minéraux, sucres saturés et fer sature les organes. Les pédiatres et néphrologues tirent la sonnette d’alarme : ce détournement provoque une explosion locale de maladies non transmissibles précoces, notamment le diabète de type 2, l’obésité clinique, l’hypertension artérielle et de graves insuffisances rénales.

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Comment l’aide gratuite s’échappe

Destiné exclusivement à une distribution gratuite dans les Centres de Santé et de Promotion Sociale (CSPS), le Plumpy’Nut inonde pourtant les circuits commerciaux non réglementés.

Cette fuite de stocks s’explique par la combinaison de failles logistiques, de détresse économique et de pressions sécuritaires. En amont, des vols et des détournements orchestrés par des intermédiaires indélicats surviennent lors du transport ou au sein même des entrepôts régionaux.

En aval de la chaîne, l’extrême pauvreté et l’inflation poussent parfois des mères de famille à revendre une partie des rations reçues gratuitement afin de financer des besoins vitaux, comme l’achat de céréales de base ou la scolarité. Ce phénomène est dramatiquement amplifié par la crise sécuritaire au Sahel : les blocus de localités et les attaques de convois humanitaires par des groupes armés brisent la traçabilité de l’UNICEF, alimentant de fait des réseaux de contrebande transfrontaliers qui approvisionnent les marchés noirs urbains. Sur les grands marchés comme Rood-Woko à Ouagadougou, un sachet se négocie ainsi illégalement entre 300F et 500 FCFA, tandis que le carton s’échange sous le manteau entre 30 000 et 45 000 FCFA selon l’état des stocks .

Face à ce péril sanitaire majeur, la réaction des acteurs de la santé publique s’articule et gagnerait à s’intensifier autour de trois axes principaux. La répression et saisies policières d’abord, le durcissement de la traçabilité humanitaire ensuite, et enfin, des campagnes de sensibilisation communautaire.

Difira Nkomo Ella

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