Politique

GABON : Du Code de la nationalité au canal de Fatima, Léon Ababé rend compte

À Port-Gentil, le sénateur explique les grandes lois de la session et prend le pouls des quartiers

Originaire de Foulameyong, plus connu sous le nom de « Chic-à-Voir », dans le canton du lac Anengué, Léon Nze Ababé poursuit ses rencontres avec les populations des premier et deuxième arrondissements de Port-Gentil. Le 31 juillet, au quartier Fatima, le sénateur est revenu sur une première session ordinaire particulièrement dense, marquée notamment par les réformes de la nationalité, du foncier, de la justice, de la communication, des réseaux sociaux, de la santé et de l’agriculture. Un exercice de redevabilité qui a aussi permis aux habitants de replacer les inondations, la voirie et l’éclairage public au centre des priorités locales.

Par Louis-Philippe MBADINGA

Le compte rendu parlementaire ne devrait pas être une simple formalité accomplie pendant l’intersession. Il constitue l’un des moments essentiels du mandat électif : celui où le parlementaire retourne devant les citoyens pour expliquer les textes examinés, justifier ses positions et recueillir les préoccupations du terrain.

C’est à cet exercice que s’est livré le sénateur Léon Nze Ababé, le 31 juillet, au quartier Fatima, à Port-Gentil. Devant les responsables communautaires et les habitants, l’élu des premier et deuxième arrondissements a présenté les principaux travaux de la première session ordinaire de la sixième législature, avant d’aborder les grands dossiers économiques et sociaux du pays. La rencontre s’est achevée par la remise de recueils des textes adoptés aux responsables locaux, selon le compte rendu de GabonReview.

Une session dominée par les réformes structurelles

Léon Ababé avait indiqué, lors d’une précédente restitution organisée le 23 juillet avec le député Patrick Barbera, que la Chambre haute avait examiné 24 textes. Le bilan de clôture du Sénat fait, pour sa part, état de 34 textes transmis par l’Exécutif et de 23 textes adoptés : 17 projets de loi portant ratification d’ordonnances, quatre projets de loi et deux propositions de résolution. Cette différence tient vraisemblablement à la distinction entre les textes examinés et ceux effectivement adoptés.

Au-delà de la loi de finances rectificative, plusieurs réformes susceptibles de modifier directement la vie des Gabonais ont occupé les parlementaires.

Le nouveau Code de la nationalité figure parmi les textes les plus sensibles. Les débats ont notamment porté sur l’encadrement de l’acquisition de la nationalité par mariage, dont le délai a été porté de trois à six ans. L’objectif affiché est de mieux protéger la nationalité gabonaise, de lutter contre les unions de complaisance et de sécuriser les procédures, sans remettre en cause le principe d’ouverture de la société gabonaise.

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La réforme foncière constitue un autre chantier majeur. Le nouveau régime fait du juge judiciaire le garant de la propriété privée. L’immatriculation doit désormais résulter d’une procédure publique, contradictoire et judiciaire. Le titre foncier est consacré comme définitif, irrévocable, imprescriptible et inattaquable, sous réserve des mécanismes prévus en cas de fraude ou de superposition de titres. Cette réforme entend réduire les conflits fonciers, les doubles attributions et les longues procédures qui fragilisent aussi bien les familles que les investisseurs. Ses principales dispositions sont consultables dans le Journal officiel.

Justice, numérique et réseaux sociaux

Les parlementaires ont également examiné la modification du Code de procédure pénale. L’un des apports concerne la recevabilité des preuves numériques ou électroniques devant les juridictions. Celles-ci doivent désormais répondre à des critères d’intégrité, d’authenticité et de traçabilité.

À cette évolution s’ajoutent les textes relatifs aux paiements digitaux et à l’archivage électronique. Ils doivent donner une valeur juridique plus sûre aux documents dématérialisés, accompagner la modernisation de l’administration et encadrer la progression des transactions numériques.

La réglementation de l’usage des réseaux sociaux a particulièrement retenu l’attention. Le texte concerne les utilisateurs, les administrateurs de groupes et de pages, les éditeurs ainsi que les hébergeurs dont les contenus sont accessibles au Gabon. Il prévoit des mécanismes de réaction contre la désinformation, la diffamation, les appels à la haine et certains contenus susceptibles de menacer l’ordre public.

Léon Ababé a ainsi invité les populations à ne pas partager systématiquement des messages dont elles ne peuvent vérifier l’authenticité, leur responsabilité pouvant être engagée. L’enjeu sera toutefois de maintenir un équilibre entre la lutte légitime contre la désinformation et la protection de la liberté d’expression.

Dans le même ensemble figurent la modification du Code de la communication et la réorganisation de la Haute Autorité de la communication. La HAC voit notamment ses compétences étendues aux plateformes numériques, aux réseaux sociaux, à la publicité et aux nouveaux modes de diffusion. Le Journal officiel recense ces différentes ordonnances.

Du dialogue social à la souveraineté alimentaire

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La session a également porté sur le régime des organisations professionnelles des travailleurs. Le texte introduit des critères plus rigoureux de création des syndicats, fait des élections professionnelles la base de la représentativité syndicale, renforce la transparence dans l’utilisation des subventions publiques et réaffirme l’indépendance des organisations de travailleurs.

Sur le plan institutionnel, les sénateurs ont examiné la création de la Commission nationale de la démocratie et de la participation citoyenne, la réforme du Médiateur de la République, Défenseur des droits, ainsi que la réorganisation de l’Autorité de régulation des transports ferroviaires.

La santé n’a pas été absente des travaux. Des textes ont concerné la lutte contre le tabac, la nicotine et leurs nouveaux produits dérivés, ainsi que la clarification du cadre juridique du Centre hospitalier universitaire de Libreville et du Centre hospitalier universitaire Mère-Enfant Fondation Jeanne-Ebori.

Dans le domaine agricole, les parlementaires ont eu à se prononcer sur la création de la Société agropastorale du Gabon, AGROPAG, et sur la dissolution de la Société d’agriculture et d’élevage du Gabon, dont les missions et le patrimoine devaient être transférés à la nouvelle entité. L’ambition affichée est d’organiser les filières agricoles et pastorales, d’appuyer les producteurs et de contribuer à la réduction des importations alimentaires. Ces différents projets avaient été détaillés dans le Conseil des ministres du 26 février 2026.

Dette publique et réforme de la SEEG

Léon Ababé a élargi son propos à la situation financière du pays. Il a expliqué la révision à la baisse du budget de l’État par la nécessité de maîtriser la dette, de restaurer la crédibilité du Gabon auprès de ses partenaires et de conserver l’accès aux financements indispensables aux projets structurants. Selon lui, les investissements annoncés ne seraient pas abandonnés, mais rééchelonnés en fonction des ressources disponibles.

Le sénateur est également revenu sur la réforme de la Société d’énergie et d’eau du Gabon. Engagée depuis janvier 2026, celle-ci prévoit la séparation des activités de l’eau et de l’électricité. Deux projets de loi présentés en Conseil des ministres le 25 juin portent ainsi création de « La Gabonaise des Eaux » et d’« Électricité du Gabon », deux opérateurs spécialisés appelés à reprendre les missions de la SEEG. La réforme vise une gestion plus lisible, une meilleure traçabilité financière et une amélioration du service rendu aux usagers.

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Les évolutions de la coopération militaire et sécuritaire du Gabon avec ses partenaires ont également été évoquées, dans un contexte de redéfinition des partenariats de défense et d’affirmation de la souveraineté nationale.

Fatima ramène le débat aux réalités quotidiennes

Mais à Fatima, les grandes réformes nationales ont rapidement rencontré la réalité des quartiers. Les habitants ont replacé les inondations au premier rang de leurs préoccupations. Arnaud Fredy Koumba a notamment plaidé pour le curage et l’aménagement du grand canal, considéré comme l’ouvrage indispensable pour limiter la montée des eaux pendant la saison des pluies.

Gérard Dethy a, pour sa part, insisté sur l’application effective des lois et des décisions publiques. Quant au chef de quartier, Joseph Bingouloux, il a rappelé les besoins persistants en matière d’éclairage public, de voirie et d’assainissement.

Cette remontée des préoccupations locales donne tout son sens au mandat sénatorial. La Constitution confie en effet au Sénat la représentation des collectivités locales. Le véritable prolongement de cette rencontre sera donc la transmission de ces doléances aux administrations compétentes et le suivi des réponses apportées.

Un élu façonné par le territoire

Ce retour régulier vers le terrain correspond au parcours de Léon Ababé. Fils de Foulameyong, appelé « Chic-à-Voir », il s’est longtemps investi dans le développement du canton Anengué à travers l’ONG Synergie : réhabilitation d’écoles, construction d’un internat, d’un réfectoire et d’une infirmerie, soutien aux élèves et organisation de caravanes médicales. Des réalisations documentées dès 2016 par GabonReview.

Homme d’affaires, il a également dirigé la Fédération gabonaise de football au milieu des années 2000, après son élection à la présidence de la Fegafoot en septembre 2004. Son engagement en faveur du brassage des populations s’est ensuite traduit par la création du « Carrefour de la diversité », cercle de réflexion réunissant les Port-Gentillais au-delà de leurs appartenances ethniques, linguistiques ou politiques. L’initiative entend faire du caractère multiethnique de la capitale économique une force au service du vivre-ensemble.

À Fatima, l’ancien dirigeant sportif, l’entrepreneur et le promoteur associatif ont laissé place au législateur. Un législateur qui sait désormais que le travail parlementaire ne s’achève pas avec le vote d’une loi. Il commence véritablement lorsque celle-ci est comprise, appliquée et traduite en améliorations concrètes dans la vie des citoyens

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