RDC : Kamoto, la mine de cuivre-cobalt au coeur d’une triple bataille

La tension est montée d’un cran la semaine dernière sur le site de Kamoto Copper Company. Le 9 juillet, une mission de la Direction Générale des Impôts a investi les installations de la mine de cuivre et de cobalt, dans le Lualaba. Des huissiers de justice ont procédé à l’évacuation de personnels et à la pose de scellés sur plusieurs bureaux administratifs.
L’opération, rapportée par nos confrères de Bankable, intervient dans un contexte de différend fiscal persistant entre l’administration congolaise et l’opérateur suisse Glencore. À ce stade, les autorités n’ont communiqué ni sur la durée de la mesure ni sur son impact réel sur l’activité minière du site. Kamoto n’est pas une mine comme les autres. Contrôlée à 70% par Glencore, avec 30% détenus conjointement par l’État congolais et la Gécamines, elle figure parmi les plus importants producteurs de cuivre et de cobalt au monde.
Dans un marché mondial en pleine tension à cause de la transition énergétique, le cobalt congolais est devenu un métal stratégique. Indispensable aux batteries électriques et aux technologies de défense, il place la RDC au centre des nouvelles rivalités économiques. C’est dans ce cadre que l’intervention de la DGI prend toute sa portée. Pour Kinshasa, il s’agit d’affirmer son autorité fiscale et de rappeler que l’exploitation des ressources du sous-sol est soumise à des règles strictes.
Le timing de cette opération n’est pas neutre. Alors que les États-Unis multiplient les initiatives pour sécuriser des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques hors de Chine, la RDC et ses gisements sont directement visés. Kamoto apparaît dans plusieurs notes stratégiques comme un actif prioritaire pour Washington, qui cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement sur le continent africain. Cette convoitise extérieure renforce la position de négociation de Kinshasa, mais elle complique aussi l’équation pour Glencore. Le groupe suisse, déjà épinglé par le passé pour des affaires de corruption en RDC, ne peut se permettre un affrontement ouvert avec l’État congolais au risque de voir son permis remis en cause.
Au-delà du bras de fer financier, la mise sous scellés pose la question de l’équilibre que la RDC veut trouver. D’un côté, le besoin d’augmenter les recettes publiques et de faire respecter la loi par les grandes multinationales. De l’autre, la nécessité de ne pas décourager les investissements dans un secteur qui représente l’essentiel des exportations du pays. Bloquer temporairement un site comme Kamoto envoie un signal fort, mais fait aussi courir le risque de perturbations sur la production à un moment où la demande mondiale ne cesse de croître.
L’issue des discussions en cours entre la DGI, Glencore et les représentants de l’État actionnaire sera donc déterminante. Elle dira si la RDC parvient à imposer un nouveau contrat social avec ses partenaires miniers, ou si elle se retrouve prise entre les exigences de son budget et les stratégies des grandes puissances venues chercher son cobalt. À Kamoto, la bataille est désormais autant fiscale que géopolitique.
Marcelle NTONGONO



