Culture

GABON : Aria, la voix des sans‑voix

Elle s’appelle Maramba Aria Ilvencka. Elle a 27 ans. Ses racines sont fang et nzébi. Benjamine d’une fratrie nombreuse, elle a grandi entourée d’amour, de sœurs protectrices et de frères affectueux. « Ma mère est une femme forte, un exemple pour moi. Elle m’a appris la persévérance et la détermination. »

Avant la création, il y a eu des essais, du bricolage, des tâtonnements. Mais très tôt, quelque chose la trahit : son regard sur les vêtements des autres. « Chaque fois que ma mère, mes grands frères et mes grandes sœurs s’habillaient, je ne pouvais m’empêcher de donner mon avis : “Non, ceci va mieux avec cela”, ou “Si tu mettais ceci, ça marcherait mieux avec cela”. » À la maison, dans la rue, à l’école, on l’interpelle : « Est‑ce que tu fais les miss ? » Elle répond non, mais son sourire en dit long.

Sa mère l’inscrit à l’agence Top Model Gabon JDMM06 en 2016. Elle a 18 ans. Six ans de formation professionnelle commencent.

Mais le chemin est semé d’embûches. Son plus grand défi ? Se faire accepter avec son 1m70. « J’ai été refusée à maintes reprises, sans cesse, à cause de cela. » La taille, ce critère arbitraire qui exclut tant de talents au Gabon. Mais elle ne lâche rien. « Je me suis dit : “Je ne lâche rien, ils vont finir par m’accepter pour ce que je suis.” » Elle travaille son allure, sa technique, revient encore et encore. Et cela finit par payer. « J’ai fini par me faire accepter, non pas malgré ma taille, mais grâce à ma détermination et à mon travail acharné. »

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Les collaborations prestigieuses suivent. Avec le styliste Sun Alejandro, elle participe à la 7e édition de la Sun Fashion Ligue. Elle est nommée aux Africa Kotas Awards 2025 en Côte d’Ivoire, dans la catégorie « Mannequin africain de l’année ». Elle tourne des clips avec des artistes gabonais, travaille avec Adidas, apparaît dans DM Magazine.

Pourtant, elle reste lucide. « La mode gabonaise est encore malheureusement sous‑estimée par beaucoup. Mais c’est un combat que nous menons. » Elle dénonce les préjugés, la taille qui freine tant de potentiels, et appelle à une vision plus large. « Chaque talent mérite d’être reconnu et développé. »

Ses modèles ? Au Gabon, elle cite Axel Atoka, Michael Anguillet, Sun Alejandro, Trey de Dandy Hipster, Yvan Picture, Touch By Rhim, Vanessa, Rozay de Kultur Agency, Issé By Lita, Akile Tabarna, et tant d’autres. « Ces personnes m’ont appris ce que je sais aujourd’hui et je leur en suis très reconnaissante. »

Son rêve : défiler pour Vogue, Gucci, Victoria’s Secret, Jean‑Paul Gaultier. Mais au‑delà de la gloire personnelle, il y a une mission. « Je me bats pour les sans‑voix, pour ceux qui sont rejetés à cause de leur taille, de leur couleur de peau ou de leur origine. Je hurle de douleur à leur place, et je me porte garante de persévérer pour être un exemple pour eux. »

Aux jeunes filles gabonaises qui rêvent de mannequinat, elle livre un conseil simple : « Soyez vous‑même. Ne cherchez pas à aller plus vite que votre temps. Le temps de Dieu est le meilleur. Ne comparez pas votre parcours à celui des autres. Travaillez dur. Ne faites pas attention aux critiques. Croyez en vous. »

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Cela fait dix ans qu’elle est dans le milieu. Dix ans de souffrance, de rejet, mais aussi de persévérance. Aujourd’hui, à 27 ans, elle peut dire qu’elle est fière. « Quoi qu’il arrive, il ne faut jamais abandonner. Avec de la détermination et de la passion, on peut réaliser ses rêves et valoriser notre beau pays, le Gabon. » Aria ne parle pas pour elle. Elle parle pour tous ceux qui n’ont pas encore trouvé leur voix.

Roger Bierre

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