Culture

GABON : Interview exclusive Chef O’miel Moundounga «Donner ses lettres de noblesse à la gastronomie gabonaise »

Entrepreneur, artiste et gardien des saveurs ancestrales, O’miel Moundounga incarne une nouvelle génération de chefs qui réinventent l’identité culinaire du Gabon. De sa tournée des provinces à la création de la Maison Chef O’Miel, en passant par la publication du premier manuel illustré de cuisine gabonaise, il défend une vision où mémoire, terroir et modernité se rencontrent. Dans cet entretien exclusif, il partage son parcours, ses inspirations, et sa feuille de route pour hisser la gastronomie gabonaise sur la scène internationale.

1.Chef O’miel bonjour. Comment vous présentez vous ?

Bonjour ! Je suis O’miel Moundounga, chef cuisinier, entrepreneur, passionné d’art et Musicien. Je suis le fondateur de la Maison Chef O’Miel, un espace où la mémoire culinaire Gabonaise rencontre la modernité, le respect du produit et la transmission des savoir-faire. Ma cuisine s’inspire de siècles de traditions, apprises auprès des grands-mères lors de Mon tour du Gabon en 2017, où j’ai appris les plats de chaque province. Mon objectif est de Réinterpréter ces gestes ancestraux dans un langage contemporain, tout en valorisant le Terroir gabonais.

2.Selon une étude du Ministère de la Culture, la transmission culinaire familiale reste le Premier vecteur de vocation au Gabon, est-ce également le cas pour vous ?

Oui, absolument. La transmission familiale a été le socle de mon apprentissage. La Maison Chef O’Miel repose sur ces gestes hérités, transmis de génération en génération. Ces Apprentissages ont façonné ma compréhension du goût, des cuissons, et du respect du Produit, qui restent au cœur de ma démarche culinaire.

3.Quel(s) chef(s) gabonais ou internationaux ont marqué votre approche ?

Je me suis inspiré de chefs gabonais qui valorisent le terroir et le poisson local, mais aussi De chefs internationaux comme Alain Ducasse pour la précision et la rigueur, et Yotam Ottolenghi pour l’inventivité autour du végétal. Cependant, ma plus grande inspiration reste Celle de mes aînés et des grands-mères gabonaises, dont les secrets sont transmis de Génération en génération.

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4.Comment conciliez-vous respect des traditions culinaires gabonaises et innovation Technique ?

Pour moi, tradition et innovation se nourrissent mutuellement. À la Maison Chef O’Miel,Chaque produit est respecté, les cuissons sont précises, mais les présentations et Techniques modernes permettent de réinterpréter le patrimoine culinaire pour un public Contemporain. Chaque plat raconte une histoire où mémoire et modernité se rencontrent.

5.Quelle est votre vision pour une gastronomie gabonaise compétitive, à la fois ancrée Localement et ouverte sur le monde ?

Je souhaite une gastronomie gabonaise qui soit identitaire, structurée et reconnue Internationalement. Cela passe par :

  • La valorisation des produits locaux et du terroir,
  • La formation des jeunes chefs,
  • La structuration de filières et partenariats,
  • Et la création d’expériences culinaires mémorables. La Maison Chef O’Miel illustre Cette vision : respect, mémoire et innovation, tout en racontant l’histoire de notre pays à Travers le goût.

6.Comment travaillez-vous avec les producteurs gabonais (agriculteurs, pêcheurs) ? Avez vous mis en place des partenariats formels pour garantir la qualité et la traçabilité de vos approvisionnements ?

Nous travaillons directement avec les producteurs, en privilégiant qualité et traçabilité. La Maison Chef O’Miel s’assure que chaque produit est frais, respecté et valorisé, qu’il vienne de la mer, des champs ou des rivières. Des partenariats formels sont mis en place pour Garantir ces standards et créer une filière durable et transparente.

7.Le programme ‘Saveurs du Gabon’ vise à professionnaliser 500 jeunes par an dans les Métiers de bouche d’ici 2027. Que pensez-vous des initiatives publiques comme “Saveurs Du Gabon” ?

Ce type d’initiative est très pertinent et nécessaire. Il permet de structurer la formation, D’encadrer les jeunes talents et de diffuser des standards internationaux tout en restant Fidèles à l’identité culinaire gabonaise. Ces programmes contribuent à créer des Opportunités et à professionnaliser la gastronomie locale.

8.L’ANPI identifie la gastronomie comme un secteur stratégique pour diversifier l’économie Et renforcer l’attractivité touristique du Gabon. Quels sont, selon vous, les freins principaux Au développement d’une filière gastronomique gabonaise structurée ?

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Les principaux freins sont :

  • Accès au financement,
  • Formation technique et gestionnaire encore limitée,
  • Logistique et distribution des produits frais,
  • Fiscalité et régulation parfois complexes pour les petites structures. Il faut combiner Accompagnement public, soutien bancaire et professionnalisation pour structurer la filière.
  • Si vous aviez un mandat pour conseiller le gouvernement sur une politique culinaire Nationale, quelles seraient vos trois priorités ?

1.Formation & transmission : centres spécialisés pour jeunes chefs et métiers de Bouche.

2.Valorisation du terroir : filières courtes, traçabilité et promotion des produits locaux.

3.Structuration & financement : aides, incubateurs, simplification administrative et Soutien aux jeunes entrepreneurs.

  1. Dans 20 ans, comment aimeriez-vous que l’on se souvienne de votre contribution à la Gastronomie gabonaise ?

Je souhaite être reconnu comme celui qui a donné ses lettres de noblesse à la gastronomie Gabonaise, formé de jeunes talents, valorisé le terroir, et créé une Maison où tradition et Modernité se rejoignent, un lieu de mémoire et de créativité.

  1. Qu’est-ce qui pousse spécifiquement les jeunes Gabonais aujourd’hui à vouloir se Réapproprier les commerces de proximité ?

C’est un mélange de réponse à une crise économique et d’aspiration à l’autonomie et à L’identité. Les jeunes veulent valoriser leurs savoir-faire, investir dans le tissu local, et créer Une gastronomie et un commerce authentiques, identitaires et durables.

  1. Concrètement, quels sont les principaux leviers dont disposent ces jeunes Entrepreneurs, et quel est le frein numéro un qu’ils rencontrent ?

Leviers : créativité, accès aux produits locaux, formation, réseaux familiaux et Communautaires.

Frein principal : accès au financement et méconnaissance des procédures administratives.

13. Selon vous, comment les pouvoirs publics et les populations peuvent-ils contribuer à transformer cette dynamique en véritable moteur du développement économique local ?

Selon moi, les pouvoirs publics ont un rôle déterminant à jouer pour transformer cette dynamique en véritable moteur de développement. Ils doivent accompagner financièrement les initiatives locales, simplifier la régulation, mettre en place des programmes de formation adaptés et promouvoir activement les produits issus du terroir gabonais. 

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De leur côté, les populations ont également une responsabilité essentielle : soutenir les commerces locaux, valoriser les produits gabonais et créer une demande forte pour des services de qualité, en privilégiant le local, l’authentique et le durable.

14.Vous avez publié le  manuel de cuisine gabonaise illustré. Pouvez-vous nous rappeler la démarche qui l’accompagne ?

J’ai eu l’honneur de publier le premier manuel de cuisine gabonaise illustré, structuré en trois tomes complémentaires. 

Le premier tome présente les techniques fondamentales et les notions de base en cuisine. 

Le deuxième tome est consacré aux fonds, aux sauces et aux accompagnements. 

Le troisième tome propose une cartographie complète des recettes et des plats emblématiques du Gabon. 

À travers cette œuvre, j’ai souhaité instaurer une véritable démarche de transmission, afin que la cuisine gabonaise soit enseignée, comprise et valorisée par les générations futures.

15.Engagement artistique et musical ?

    Au-delà de la gastronomie, je nourris une profonde passion pour l’art et la musique. J’ai d’ailleurs sorti un album intitulé Le Menu, disponible sur toutes les plateformes de téléchargement. J’invite les amateurs d’art et de musique à découvrir cet univers où mémoire, créativité et plaisir sensoriel se rencontrent pour raconter une histoire singulière.

    16.En quelques mots, que représente aujourd’hui la Maison Chef O’Miel et quelle philosophie culinaire défendez-vous à travers elle ?

      La Maison Chef O’Miel repose sur des principes clairs : un respect absolu du produit, une maîtrise technique rigoureuse, des cuissons précises, une volonté de transmission et de préservation de la mémoire culinaire, ainsi qu’une innovation maîtrisée au service d’une identité pleinement assumée. 

      Chaque plat y devient une expérience gastronomique qui raconte l’histoire du Gabon. C’est un voyage guidé par le goût et la mémoire, où tradition et modernité se rejoignent pour offrir une expérience unique, authentique et durable.

      Propos recueillis par Roger BIÈRE

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