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Forum International de Libreville :  une déclaration pour refonder les moteurs de la croissance africaine

Adoptée le 3 mai 2026 à l’issue du Forum international de Libreville pour l’innovation et le développement, la Déclaration de Libreville érige la stabilité politique, le climat des affaires et l’intelligence artificielle en piliers d’une nouvelle trajectoire de croissance africaine. Un texte structurant, à la croisée des ambitions continentales et des réalités opérationnelles. 

Réunis le 3 mai 2026 au Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba, dans la capitale gabonaise, chefs d’État, décideurs publics, investisseurs, universitaires et représentants de la société civile ont posé les jalons d’un texte, la Déclaration de Libreville.  qui a été adoptée par acclamation lors de la restitution des travaux.

Un texte fondateur qui ambitionne de repositionner l’Afrique dans la gouvernance mondiale de l’économie, de la technologie et du développement durable.

Dès son préambule, la déclaration fixe le cadre : sans stabilité politique, il ne peut y avoir de transformation économique durable. Dans un contexte continental encore marqué par des tensions localisées, les participants appellent à faire du dialogue politique inclusif, du respect de l’État de droit et du renforcement des institutions les socles d’un développement souverain.

L’article 1er consacre une vision exigeante de la gouvernance. La stabilité n’est pas définie comme une absence de conflits, mais comme la capacité des États à gérer les contradictions à travers des institutions légitimes et des mécanismes de dialogue.

Les dirigeants africains sont ainsi invités à privilégier la médiation, à prévenir les foyers de crise et à garantir un environnement politique propice aux échanges économiques et aux flux financiers intra-africains. Cette approche s’inscrit dans une logique plus large : faire de la stabilité un levier direct d’intégration économique.

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Au cœur de l’article 2, la compétitivité des économies africaines est clairement liée à la qualité de leur environnement juridique et administratif.

La Déclaration insiste sur plusieurs priorités dont la modernisation et harmonisation des cadres juridiques, notamment à travers le renforcement du droit OHADA, la réduction des délais de création d’entreprises et de règlement des litiges, la digitalisation des services publics via des guichets uniques, le développement de l’arbitrage commercial et la protection accrue de la propriété intellectuelle.

Au-delà des réformes techniques, c’est une transformation culturelle qui est appelée : celle d’États capables d’offrir prévisibilité, transparence et sécurité aux investisseurs.

L’un des axes majeurs de la Déclaration réside dans son article 3, consacré à l’intelligence artificielle. Le texte la qualifie de « rupture technologique majeure », susceptible d’accélérer le développement du continent, à condition d’en maîtriser les usages.

Les recommandations sont précises sur l’élaboration de stratégies nationales d’IA alignées sur les priorités sectorielles : santé, agriculture, éducation, gouvernance, l’investissement massif dans les compétences numériques, la mise en place d’une souveraineté des données africaines, le développement d’infrastructures numériques : data centers, cloud, réseaux à haut débit) et

la structuration d’une coopération continentale en matière de recherche et d’innovation.

En filigrane, une ambition claire : faire de l’Afrique non pas un simple consommateur, mais un acteur de la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle.

L’article 4 réaffirme avec force que l’intégration économique africaine est une condition sine qua non de puissance dans un monde multipolaire.

La mise en œuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine est présentée comme un impératif stratégique. Cela suppose : la levée des barrières non tarifaires, l’harmonisation des procédures douanières, le développement de corridors logistiques multimodaux et le renforcement des capacités exportatrices des entreprises africaines.

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Les institutions régionales comme la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale ou l’Union africaine sont appelées à jouer un rôle moteur dans cette convergence.

L’article 5 opère un changement de paradigme : les jeunes et les femmes ne sont plus considérés comme des bénéficiaires, mais comme les « premiers architectes » du développement.

La Déclaration appelle à créer des écosystèmes entrepreneuriaux inclusifs, à faciliter l’accès au financement et aux marchés, à lever les obstacles structurels à l’autonomisation des femmes et à promouvoir des politiques d’emploi ambitieuses et mesurables.

Un message fort dans un continent où la démographie est à la fois défi et opportunité.

À travers l’article 6, les participants saluent la trajectoire engagée par le Gabon depuis 2023, notamment en matière de gouvernance, de réformes économiques et d’attractivité.

Les projets présentés lors de la table ronde « Investing Gabon », dans les secteurs du numérique, de l’énergie, de la logistique ou encore du tourisme d’affaires, sont identifiés comme des catalyseurs potentiels d’intégration sous-régionale.

Conscients des limites des engagements non suivis d’effets, les signataires ont intégré un mécanisme de mise en œuvre. Un comité de suivi sera chargé d’évaluer annuellement les progrès, tandis qu’un plan d’action détaillé devra être élaboré dans un délai de 90 jours.

La Déclaration sera également transmise à des institutions internationales telles que l’Organisation des Nations unies, afin d’inscrire ses orientations dans les dynamiques globales, en cohérence avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine et les Objectifs de développement durable.

Plus qu’un texte de circonstance, la Déclaration de Libreville se présente comme une tentative de structuration doctrinale. Elle articule, dans une même vision, stabilité politique, attractivité économique et souveraineté technologique.

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Reste désormais l’épreuve décisive : celle de l’exécution. Car, comme le rappelle implicitement ce texte, l’Afrique ne manque ni de visions, ni de stratégies. Elle est aujourd’hui attendue sur sa capacité à transformer ses engagements en résultats tangibles.

Rédaction CQFA

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