Culture

GABON : Akile Tabarna, l’homme qui fait tourner les podiums

Derrière chaque défilé qui éblouit se cache l’ombre. Des hommes et des femmes que l’on n’applaudit jamais, mais sans qui rien ne serait possible. Régisseurs, directeurs de mouvement : ces chefs d’orchestre silencieux transforment la vision d’un créateur en réalité. Ce sont eux qui maintiennent la cadence, réparent l’irréparable et font advenir la magie. Au Gabon, Akile Tabarna est l’un d’eux.

Il a commencé par un rêve. C’était entre 1996 et 1997, lorsque Naomi Campbell fit un passage remarqué au Gabon. Akile Tabarna, alors adolescent, ne savait pas encore qu’il deviendrait l’un des régisseurs les plus recherchés du continent. Mais une graine venait d’être plantée.

Le déclic ne fut pas brutal. « Les choses sont arrivées tout naturellement », raconte‑t‑il. Il s’intéresse à ce qu’est un mannequin, à l’histoire de la création, aux personnalités qui, grâce aux vêtements, font de ce secteur un privilège. Premier casting lors du FIBEN (Festival International de la Beauté Noire), premier défilé avec Pathé’O. La révélation est là, discrète mais tenace.

Le mannequinat lui apprend à s’accepter, à rayonner devant l’objectif, à dépasser sa zone de confort. Puis vient la consécration : un Achievement Award remis par Chouchou Lazare lui‑même. « Les choses furent si intenses deux ans avant, et je reçois cette reconnaissance », confie‑t‑il. Mais le prix n’est jamais une fin. Akile veut plus : vivre des moments forts, travailler avec des icônes, découvrir comment les choses se font ailleurs.

C’est à Paris qu’il saute le pas. Lors d’une soirée de bienfaisance à Libreville, il rencontre un journaliste people parisien et la « suprême » Katoucha. L’idée germe. Direction la capitale française. Là, il découvre un savoir‑faire « irréprochable », des organisations rigoureuses, des ateliers « parfaits ». Il s’y sent comme « un poisson dans l’eau ». Mais il refuse les comparaisons hâtives entre Paris et l’Afrique : « Ce ne sont pas les mêmes grandeurs d’organisation, de techniques, de matériaux et surtout de finances. »

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De retour sur le continent, il collabore avec Adama Paris, figure emblématique de la création africaine. « Elle brille d’une intégrité… des personnes comme elle, qui ont une personnalité aussi entière et forte, je les compte sur les doigts d’une main », dit‑il. Grâce à elle, il ouvre les portes de l’Afrique de l’Ouest et du Nord : Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali, Maroc.

Aujourd’hui, Akile Tabarna est régisseur de mode et de mouvement. « La pièce maîtresse dans l’organisation d’un défilé », insiste‑t‑il. Son rôle : transformer la vision du créateur en réalité technique. Mise en scène, lumière, musique, chorégraphie : il orchestre tout, avec une exigence qui confine à l’art.

Dans son petit sac banane, toujours autour de la taille, il garde l’essentiel : ciseaux, médicaments, épingles, stylos, scotch, fil noir. Car les imprévus, même rares, existent : un fond de teint sur une robe, un retard de mannequin, une fermeture éclair qui lâche. Mais « en coulisse, il y a de la magie », sourit‑il.

Ses projets ? Un court métrage intitulé Genèse, consacré au raphia ; une photographie officielle réunissant trente créateurs gabonais, toutes générations confondues ; et bientôt une image forte : un super mannequin en robe Chouchou Lazare aux côtés d’un grand fauve.

« Actuellement, je suis repu, confie‑t‑il. J’avais des rêves dans la mode dans mon adolescence, et j’ai pu tous les réaliser. »

Mais il ne s’arrête pas là. Il observe, il écoute, il marche. Métissage gabonais‑roumain avec supplément sénégalais, Akile se définit comme « un homme du monde ». Et c’est peut‑être cela, sa plus belle force : une hypersensibilité qui lui permet de reconnaître la qualité partout où elle se trouve, et de la faire rayonner, dans l’ombre, pour que la lumière des autres soit éclatante.

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Roger BIÈRE

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