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Gabon : le rachat de Colas Gabon par ACK, un tournant pour le BTP

Alors que le Gabon accélère la modernisation de ses infrastructures, un mouvement stratégique vient de rebattre les cartes du secteur des travaux publics. Le 19 avril, la holding gabonaise ACK S.A a annoncé l’acquisition de 90 % du capital de Colas Gabon, filiale du groupe français Colas International. L’information, confirmée par un communiqué officiel de Colas International, précise que l’État gabonais conserve ses 10 % de parts, tandis qu’ACK prend le contrôle opérationnel. Une opération qui dépasse largement le cadre d’un simple transfert d’actifs et pourrait redéfinir les équilibres du marché.

‎Le montant de la transaction n’a pas été rendu public, mais sa portée est évidente : elle met fin à plusieurs décennies de domination française dans la construction routière, héritage direct de la période coloniale. Ce rachat intervient alors que les autorités gabonaises encouragent une reprise en main nationale de secteurs clés, après les recentralisations opérées dans le pétrole et l’aérien.

‎Pour Alain-Claude Kouakoua, PDG d’ACK S.A, l’objectif est limpide : renforcer le tissu industriel local. « Nous sommes fiers d’accueillir les équipes de Colas Gabon et leurs compétences, qui viendront renforcer notre capacité à développer des projets structurants au Gabon », a-t-il déclaré.

‎Un outil industriel rare et un vivier de compétences

‎L’acquisition ne se limite pas à la reprise de contrats. Présente depuis plus de 40 ans, Colas Gabon dispose d’un appareil de production intégré unique dans le pays. ACK met ainsi la main sur des actifs stratégiques : carrières — dont celle de Makora, essentielle pour l’approvisionnement de Libreville — centrales à enrobés, laboratoires de contrôle qualité, ainsi qu’un capital humain de 254 collaborateurs hautement qualifiés.

‎« On récupère surtout du personnel professionnel qui a une expérience internationale dans la conception routière », souligne Patrice Revangue Zavroza, administrateur général de Mika Service, filiale d’ACK. « La holding ACK reprend l’entièreté des activités, le savoir-faire et le professionnalisme de Colas Gabon. »

‎Vers un marché plus ouvert et plus compétitif

‎L’aspect le plus disruptif de l’opération réside dans la stratégie industrielle annoncée par ACK. Pendant des années, le marché gabonais du BTP a été verrouillé par un oligopole de majors étrangers contrôlant l’accès aux matériaux essentiels — granulats, bitume — empêchant l’émergence d’acteurs locaux.

‎ACK entend rompre avec cette logique. La nouvelle entité prévoit de commercialiser ses matériaux auprès de tout opérateur solvable, y compris les PME gabonaises jusque-là marginalisées. Cette ouverture vise un double impact : stimuler l’émergence d’un écosystème national du BTP et faire baisser les coûts de construction en mettant fin aux structures tarifaires opaques héritées du passé.

‎Cette stratégie d’intégration verticale s’inscrit dans la continuité des activités du groupe, déjà détenteur via Mika Service d’un portefeuille important de marchés publics, notamment dans le cadre du projet de modernisation du Grand Libreville estimé à 100 milliards de FCFA. Jusqu’ici, il lui manquait toutefois des capacités internes de production de matériaux.

‎La finalisation complète de l’opération est attendue pour l’été 2026.


‎Roger BIÈRE 

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