Économie

‎Mines : le Mali confie à la Russie le soin d’inventorier son sous-sol‎‎

En signant deux accords avec le russe Rosgeologiya, Bamako lance la plus vaste cartographie géologique de son histoire récente et centralise ses données minières. L’enjeu est de savoir ce que vaut son sous-sol et de ne plus subir le récit des compagnies.
‎
‎
‎Le Mali veut cesser d’exploiter à l’aveugle. Le 28 octobre, à Moscou, en marge du troisième sommet Russie-Afrique, le ministre des Mines, Amadou Keïta, a signé deux accords avec Zarubezhgeologia, filiale du groupe public russe Rosgeologiya.
‎Le premier, le plus lourd, prévoit la production de cartes géologiques numériques au 1/200 000e. Étalé sur vingt-quatre mois, le chantier couvrira deux zones prioritaires, qui représentent ensemble plus de la moitié du territoire.
‎
‎
‎ Au programme : missions de terrain, traitement d’images satellites et évaluation du potentiel minéral, pour cibler les secteurs méritant des recherches approfondies. Des spécialistes maliens seront formés.
‎
‎
‎Le second volet est numérique. En huit mois, la partie russe doit livrer « Gestion du sous-sol », le système national d’information géologique. Cette plateforme unique centralisera, analysera et rendra consultables les données du pays, tout en facilitant le suivi des titres miniers. La formation a déjà commencé : des agents de la Direction nationale de la géologie et des mines ont été initiés à l’interprétation des images satellites.
‎
‎
‎Un précédent resté en rade
‎
‎
‎L’initiative en relance une autre, restée inachevée. En 2019, la Banque mondiale avait alloué 40 millions de dollars à un projet de gouvernance minière, dont 19 millions pour la cartographie et des levés aéroportés dans l’Ouest et le Sud. Insécurité, coups d’État de 2020 et 2021, sanctions de 2022 et pandémie ont paralysé l’exécution. En mai 2023, près de 15 millions ont été annulés. Le rapport final de juin 2025 recense 81 cartes livrées sur 110 prévues.
‎
‎
‎La donnée, nerf de la souveraineté
‎
‎
‎Au-delà du calendrier, l’enjeu est politique. Une carte au 1/200 000e est l’outil de base d’un État : elle dit où chercher, donc à quel prix ouvrir la porte, et dispense de croire sur parole les déclarations des compagnies. « Gestion du sous-sol » prolonge cette logique. Une large part des données géologiques est dispersée, voire détenue par des opérateurs privés. Les rassembler permettrait à Bamako de contrôler les surfaces réellement exploitées, de combattre les permis dormants et de sécuriser ses recettes fiscales.
‎
‎
‎
‎Premier producteur d’or de l’UEMOA et nouvel entrant dans le lithium avec Goulamina, le Mali entend reconstituer sa banque de données pour lancer de nouveaux appels d’offres sur des bases modernes. C’est la condition pour séduire d’autres acteurs que les juniors déjà présents.
‎
‎
‎
‎Reste que le coût des accords n’a pas été rendu public. Et si la maîtrise de la donnée est l’objectif affiché, les modalités de sa conservation et de son accès resteront, pour les investisseurs comme pour les observateurs, un point à surveiller.
‎
‎
‎Marcelle NTONGONO
‎
‎

Lire Aussi:  Titres publics : le Mali vise 1450 milliards FCFA en 2026

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page