UEMOA : la BCEAO double le plafond du mobile money, porté à 4 millions FCFA

Depuis ce lundi 2 novembre, un client de la zone UEMOA peut loger jusqu’à 4 millions de FCFA dans son portefeuille mobile, soit deux fois plus qu’auparavant. Avec cette instruction, la BCEAO adapte le cadre réglementaire à un outil devenu central pour près de 77 millions d’utilisateurs actifs.
C’est un texte court, aux effets considérables. Signée le 8 octobre par le gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, l’Instruction n°020 est entrée en vigueur ce lundi 2 novembre. Elle remplace un cadre vieux de dix ans : depuis 2015, le solde d’un compte de mobile money était plafonné à 2 millions de FCFA par client. Il est désormais fixé à 4 millions par client et par opérateur. Le plafond mensuel de rechargement suit la même trajectoire et passe de 10 à 15 millions de FCFA. Pour la banque centrale, il s’agit moins de faire un cadeau aux usagers que d’ajuster la règle à la réalité du terrain.
Un plafond devenu trop étroit
Car la limite en vigueur bridait de plus en plus l’économie réelle. Sur les marchés de Cotonou, d’Abidjan ou de Dakar, grossistes, transporteurs et petites entreprises qui encaissent l’essentiel de leurs ventes par mobile money se retrouvaient régulièrement bloqués en milieu de mois.
Selon la BCEAO, la zone comptait en 2024 quelque 248,7 millions de comptes ouverts, dont 76,8 millions réellement actifs. L’outil a depuis longtemps dépassé sa vocation initiale.
Le mode de calcul évolue aussi. Tous les comptes détenus par un même client chez un même émetteur sont désormais additionnés : deux numéros Orange Money, par exemple, partagent un seul plafond de 4 millions. En revanche, la limite s’applique par émetteur. Un client équipé chez Wave, Orange et MTN peut donc détenir jusqu’à 12 millions de FCFA au total. Seuls les commerçants agréés et les distributeurs échappent à ce plafonnement.
Les transferts entre opérateurs, enjeu discret de la réforme
L’autre changement du 2 novembre est moins visible, mais il sera ressenti à chaque transaction. La BCEAO exige désormais que tout envoi entre opérateurs différents transite par PI-SPI, sa plateforme de paiement instantané lancée en septembre 2025. Pour encourager les usagers à s’en saisir, l’institution a prévu une mesure incitative : l’envoi vers un autre opérateur, dans le même pays, est gratuit jusqu’à 8 000 FCFA par jour. Au-delà, les frais ne peuvent excéder 0,8 %. La réception reste gratuite. Un coup de pouce à l’interopérabilité, alors que Wave vient tout juste de rejoindre PI-SPI en Côte d’Ivoire et au Sénégal.
En une seule échéance, la BCEAO répond ainsi à deux besoins. Elle facilite les gros flux des entrepreneurs qui n’ont pas de compte bancaire classique mais font circuler des millions de FCFA par téléphone. Elle protège aussi les petits transferts du quotidien, comme les 5 000 FCFA qu’un fils installé à Dakar envoie à sa mère restée au village, désormais sans frais.
Du Bénin au Togo, en passant par le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger et le Sénégal, la règle est désormais identique. Le téléphone n’est plus seulement un porte-monnaie d’appoint : il peut accueillir l’équivalent d’environ 6 100 euros.
Marcelle NTONGONO



