Mariages des Bongo-Sassou : quand la diplomatie s’invite dans le lit conjugal

Il est des noces où la politique occupe autant de place que l’amour. Celles d’Omar Denis Bongo Ondimba et Julia Otto Mbongo en font partie. Et pour cause, le père du marié à été Président du Gabon tandis que son grand-père maternel est l’actuel Chef de l’Etat au Congo. Fils d’Omar Bongo Ondimba et petit-fils de Dénis Sassou Nguesso, son mariage a toutes les caractéristiques d’une cérémonie diplomatique, rappelant une pratique dont les origines remontent à l’Europe médiévale. Mais c’est surtout la symbolique des lieux choisis pour la célébration de ce mariage qui permet d’établir les enjeux politiques.
Une vielle tradition:
Pendant longtemps, les mariages entre familles régnantes ont servi d’instruments diplomatiques. En Europe notamment, plusieurs monarchies parmi les plus puissantes ont scellé leurs alliances politiques sur le lit conjugal. On peut citer l’union entre Aliénor d’Aquitaine et Henri II en 1152 ou celle entre Louis XIV et Marie Thérèse d’Autriche en 1660 et même le mariage plus récent entre Constantin II de Grèce et Anne-Marie de Danemark en 1964. Il est clair que ces unions étaient moins motivées par l’amour que par les retombées politiques: stabilité, extension territoriales et prospérité. Et bien que la pratique soit tombée en désuétude sur le vieux continent, elle semble avoir ressurgi en plein cœur de la forêt équatoriale.
L’alliance Bongo-Sassou
Tout commence le 4 août 1990, lorsqu’un certain El Hadji Omar Bongo, Président de la République Gabonaise, épouse Édith Lucie Sassou, fille aînée de Dénis Sassou Nguesso, Président de la République du Congo. À cette époque, un tel rapprochement entre les familles présidentielles de deux pays voisins est un fait rare en Afrique. Surtout que les voisins de la sous-région ont tendance à se regarder en chiens de faïence. Mais pour Omar Bongo et Denis Sassou Nguesso, les enjeux de ce mariage se situent au-delà du simple prestige. Ils s’inscrivent dans une logique de calculs politiques entre Libreville et Brazzaville. En donnant sa fille en mariage chez son homologue d’à côté, Denis Sassou Nguesso veut ratisser large au sein de la francafrique. À la tête d’un pays financièrement exsangue et fragilisé par les luttes de pouvoir internes, il peut compter sur son gendre pour préserver les faveurs de l’Elysée, ô combien déterminantes à l’époque. De son côté, Omar Bongo cherche surtout à protéger ses arrières dans une sous-région infestée par les milices et les mouvances rebelles, tout en élargissant son rayon d’influence. C’est la logique du gagnant-gagnant en diplomatie.
L’aura du lit conjugal des Bongo est telle que l’essentiel des manœuvres du Quai d’Orsay dans la résolution de la crise politique congolaise passe désormais par Libreville. Par la suite, le Gabon se positionnera volontier pour accueillir les réfugiés de la guerre civile qui oppose Dénis Sassou Nguesso à Pascal Lissouba en 1997. Cet élan de solidarité entre gendre et beau-père ouvre la voie à plusieurs décennies de relations cordiales entre les peuples des deux pays. A Franceville comme à Oyo, Congolais et Gabonais se sentent mutuellement chez eux. Ce d’autant plus que deux enfants sont nés du couple Bongo. Deux enfants appelés à naviguer entre la frontière.
Redorer le patronyme paternel
Le 14 mars 2008, Edith Lucie Bongo s’éteint au maroc. Le 08 juin de la même année, son illustre époux tire sa révérence à Barcelone. Leur disparition créé une onde de choc des deux côtés de la frontière. Et Comme souvent en Afrique, les mauvaises langues se délient. On parle de manigances des uns contre les autres. Dans ce climat de suspicion, l’association des patronymes Bongo-Sassou perd naturellement des sympathisants à Libreville. Les choses vont cependant s’aggraver quatorze ans plus tard, lorsque le fils et successeur d’Omar Bongo est renversé par un coup d’Etat. À partir de cette période, l’opinion gabonaise associe le patronyme Bongo à une époque révolue, caractérisée notamment par la mal gouvernance et la privation des libertés. Mais Omar Denis Junior Bongo Ondimba et Yacine Bongo Ondimba, n’entendent pas pour autant mettre les voiles.
Conscients du procès intenté à leur patronyme paternel, ils se positionnent néanmoins pour servir de trait d’union entre Ngouoni et Oyo. De part et d’autre de la frontière, leurs va-et-vient permettent de décrisper l’atmosphère et de maintenir le dialogue entre les deux fiefs. Surtout, ils comprennent l’intérêt de maintenir le contact avec Libreville. Et ce n’est pas en vain si Omar Denis Junior Bongo a choisi la capitale gabonaise pour célébrer son mariage civil, après la phase coutumière entamée chez les parents maternels. Non seulement les convives parleront de diplomatie et d’économie entre Libreville et Brazzaville, mais le patronyme paternel aura de nouveau servi à bâtir un pont solide entre les deux capitales, le tout au cours d’une cérémonie au rythme de la rumba, comme Bongo père les aimait. C’est dire l’importance que revêt ce mariage et la symbolique des lieux choisis pour sa célébration. Ce n’est plus seulement la reconstitution de la fibre familiale des Bongo-Sassou qui est en jeu, mais le retour en force du patronyme Bongo dans le vocabulaire diplomatique sous-régional. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’aucun détail n’échappera à la vigilance des états majors politiques d’un côté comme de l’autre. Vive l’amour des Bongo-Sassou pour que vive la diplomatie.
Par Michel Ndong Esso, analyste politique Gabonais. Consultant chez Gabon24 et Enseignant de philosophie.



