Gabon : L’État veut être actionnaire du groupe minier Eramet

Lors d’une rencontre à Nairobi le 11 mai 2026, en marge du sommet Africa forward, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a signifié à Christel Bories, PDG d’Eramet, la volonté de Libreville de souscrire à une augmentation de capital de 500 millions d’euros envisagée par le géant minier français.
Cette revendication s’inscrit dans la dynamique ouverte par l’accord « historique » qui impose dès janvier 2029, l’arrêt des exportations de minerai brut, et plus de transformation locale. Mais le chef de l’État va plus loin : en devenant actionnaire d’Eramet et non plus seulement de sa filiale Comilog, détenue à 29 % par le Gabon, Libreville espère peser sur les orientations stratégiques du groupe et ses choix d’investissement.
Du côté d’Eramet, la réponse est mesurée mais précise. Interrogée par des confrères de RFI , la direction indique « prendre note de l’intention » du Gabon. Conformément aux règles de gouvernance, elle soumettra la proposition à l’assemblée générale des actionnaires prévue le 27 mai 2026. Aucun engagement ferme n’est donc encore acquis, mais la simple officialisation de cette demande marque un précédent : pour la première fois, un État africain actionnaire d’une filiale locale manifeste ouvertement son souhait d’accéder au capital de la maison mère.
Ce mouvement s’accompagne d’un volet industriel concret. Le même jour, un financement de 225 millions d’euros a été confirmé pour moderniser le Transgabonais, voie ferrée stratégique de 648 km reliant la mine de Moanda au port d’Owendo. L’objectif étant d’accroître la fiabilité des transports de minerais et de passagers.
En affichant cette double ambition ( transformation locale et entrée au capital d’Eramet) le Gabon se pose en acteur incontournable de la gouvernance minière sur le continent. Reste à savoir si les actionnaires du groupe français valideront cette prise de participation, et à quel niveau. La réponse interviendra dans les prochains jours, mais le signal politique, lui, est déjà clair : Libreville ne compte plus être un simple spectateur de l’exploitation de ses ressources.
Roger BIÈRE



