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Afrique : PROTÉGER LES VÉGÉTAUX POUR NOURRIR L’AFRIQUE ET SÉCURISER SES ÉCHANGES

Réunis à Libreville du 4 au 7 août 2026, les responsables des Organisations nationales de protection des végétaux de plus de quarante pays africains veulent harmoniser leurs positions face aux ravageurs, aux maladies émergentes et aux effets du changement climatique. À l’ouverture des travaux, les interventions ont convergé vers une même conviction : aucune souveraineté alimentaire ni aucun commerce agricole durable ne sont possibles sans systèmes phytosanitaires solides.

Par Louis-Philippe MBADINGA

Un ravageur ne s’arrête pas à un poste-frontière. Un insecte invasif, un champignon, une bactérie, un virus ou un lot de semences contaminé peuvent anéantir les efforts d’une campagne agricole, compromettre les revenus de milliers de producteurs et fermer brutalement un marché d’exportation.

C’est cette menace, souvent invisible jusqu’à l’apparition des premiers dégâts, qui a placé la santé des végétaux au centre des discussions ouvertes, mardi 4 août 2026, à Libreville.

Pendant quatre jours, la capitale gabonaise accueille l’Atelier régional Afrique de la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV). Plus de quarante délégations participent à cette rencontre organisée par le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural, à travers l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA), avec la FAO, le Secrétariat de la CIPV et le Conseil phytosanitaire interafricain de l’Union africaine.

La cérémonie d’ouverture retransmise par l’AGASA a immédiatement donné à ce rendez-vous une portée politique, économique et panafricaine dépassant le seul cercle des experts.

Une ouverture à plusieurs voix

Conformément au programme, la séquence d’ouverture a débuté avec Enrico Perotti, secrétaire de la CIPV depuis octobre 2025 s’exprimant depuis Rome, en anglais.

Les remarques de bienvenue ont ensuite été prononcées, dans l’ordre, par Jean Delors Biyogue Bi Ntougou, directeur général de l’AGASA ; Jeannot Mbourou, directeur général du Comité inter-États des pesticides de l’Afrique centrale (CPAC) ; Saliou Niassy, coordonnateur du Conseil phytosanitaire interafricain de l’Union africaine ; puis Athman Mravili, coordonnateur sous-régional de la FAO pour l’Afrique centrale et représentant de l’organisation au Gabon.

Les remarques d’ouverture prévues au nom du ministre de l’Agriculture, Pacôme Kossy, ont finalement été prononcées par Aimé Martial Massamba, ministre de la Mer, de la Pêche et de l’Économie bleue, qui le représentait. C’est lui qui a officiellement déclaré ouverts les travaux.

Faire entendre la voix de l’Afrique

Pour Jean Delors Biyogue Bi Ntougou, l’accueil de cet atelier constitue une étape historique pour le Gabon. Il traduit la confiance placée dans le pays, mais aussi la volonté des autorités gabonaises de jouer un rôle plus affirmé dans le renforcement des capacités phytosanitaires du continent.

Le directeur général de l’AGASA a inscrit cette ambition dans la diplomatie alimentaire impulsée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Au-delà de la production agricole, cette orientation impose de mieux surveiller le territoire, contrôler les points d’entrée, évaluer les risques et sensibiliser producteurs, importateurs et opérateurs de la chaîne alimentaire.

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Jean Delors Biyogue Bi Ntougou a surtout insisté sur l’impossibilité, pour un pays, de contenir isolément des menaces qui franchissent les frontières. D’où son appel à la mutualisation des compétences, à l’harmonisation des procédures et à la construction d’une position commune capable de « faire entendre la voix de l’Afrique ».

Son souhait est que les délégations quittent Libreville avec des recommandations suffisamment fortes pour être transformées en actions concrètes au bénéfice des producteurs et des populations.

Le coût considérable des ravageurs

L’urgence est également économique. Les organismes nuisibles et les maladies des plantes sont responsables de pertes pouvant atteindre 40 % des cultures agricoles chaque année, pour un coût supérieur à 220 milliards de dollars.

Les végétaux fournissent environ 80 % de l’alimentation humaine et produisent 98 % de l’oxygène respiré. Ces données, reprises dans plusieurs interventions à Libreville, sont confirmées par la CIPV dans son bilan mondial de 2026.

Jeannot Mbourou a replacé ces chiffres dans le contexte particulier de l’Afrique centrale. Le CPAC couvre les six États de la CEMAC : le Cameroun, la République centrafricaine, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad.

Malgré son potentiel agricole et forestier, la sous-région reste confrontée à de faibles capacités de diagnostic, de surveillance et de signalement des foyers phytosanitaires. Les conflits, les changements climatiques, l’augmentation des échanges et l’utilisation parfois incontrôlée de certains produits chimiques fragilisent davantage les systèmes nationaux.

Jeannot Mbourou a ainsi invité les Organisations nationales de protection des végétaux à saisir les possibilités de formation et de modernisation offertes par le Programme phytosanitaire africain. Lancée en 2023, cette initiative commune de la CIPV et de l’Union africaine s’appuie sur des protocoles harmonisés, la formation des agents et des outils numériques de surveillance géolocalisée.

Depuis juillet 2026, le programme couvre 38 pays africains, dont le Gabon.

Des normes compréhensibles et applicables

Saliou Niassy a, pour sa part, insisté sur la nécessité de disposer de normes internationales rédigées dans un langage clair, compris par les administrations chargées de les appliquer et adapté aux réalités du terrain.

Pour le coordonnateur du Conseil phytosanitaire interafricain, l’harmonisation ne peut produire de résultats sans mécanismes performants de détection, de diagnostic et de réaction rapide. Elle suppose également des infrastructures, des laboratoires, des personnels qualifiés et une circulation plus fluide des informations entre les États.

Son intervention a rappelé que l’Afrique ne doit pas seulement recevoir et appliquer des règles élaborées ailleurs. Elle doit contribuer à leur rédaction en faisant remonter ses réalités agricoles, climatiques et commerciales.

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Les ateliers régionaux servent précisément à examiner les projets de Normes internationales pour les mesures phytosanitaires, à recueillir les observations des États et à construire des positions communes avant leur adoption à l’échelle mondiale.

La CIPV est reconnue par l’Organisation mondiale du commerce comme l’organisation de référence pour l’élaboration des normes phytosanitaires. Celles-ci permettent aux États de protéger leurs cultures sans transformer les contrôles sanitaires en obstacles injustifiés aux échanges. L’OMC précise ce rôle de la CIPV dans le cadre de l’Accord SPS.

Agrumes, haricots, pommes, bananes et taro

Les discussions engagées à Libreville auront des implications très concrètes. Les délégations examineront notamment des projets de normes concernant les agrumes, les semences de Phaseolus vulgaris — le haricot commun —, les pommes destinées à la consommation, les bananes ainsi que les cormes frais de taro.

Le projet relatif aux semences de haricot porte notamment sur l’inspection, les tests, l’identification des organismes nuisibles, la certification phytosanitaire et les traitements susceptibles de réduire les risques pendant les échanges.

Le programme officiel des ateliers régionaux 2026 prévoit également des échanges sur l’ePhyto, le certificat phytosanitaire électronique, l’évaluation des capacités nationales, le Programme phytosanitaire africain et les obligations de notification des États.

Ces sujets peuvent paraître techniques. Ils déterminent pourtant la possibilité, pour une cargaison agricole, de franchir une frontière, d’entrer sur un marché ou d’être rejetée. Une norme phytosanitaire bien conçue protège donc les producteurs, les consommateurs, les ressources naturelles et la compétitivité des filières.

« Aucune nation ne peut agir seule »

Athman Mravili a replacé ces enjeux dans la transformation générale des systèmes agroalimentaires africains. Pour la FAO, la santé des végétaux est indissociable de la nutrition, de la résilience des populations, des revenus agricoles, de la création d’emplois et de la préservation des écosystèmes.

L’Afrique centrale possède une biodiversité exceptionnelle, d’immenses ressources forestières et un potentiel agricole considérable. Mais ses cultures vivrières, ses cultures de rente et ses forêts sont de plus en plus exposées aux organismes nuisibles transfrontaliers.

« Aucune nation ne peut agir seule », a prévenu Athman Mravili. Les ravageurs imposent une réponse coordonnée fondée sur la coopération régionale, le partage d’informations, l’harmonisation des approches et le renforcement des capacités nationales.

Au Gabon comme dans le reste de l’Afrique centrale, le renforcement des systèmes phytosanitaires doit ainsi accompagner les politiques visant à réduire la dépendance aux importations alimentaires. Cette évolution améliorerait la balance commerciale tout en favorisant la constitution de chaînes de valeur agricoles plus résilientes et compétitives.

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Mais l’augmentation de la production ne saurait se faire au détriment de la qualité. La FAO appelle à associer intensification agricole, bonnes pratiques et respect des normes sanitaires, conformément à l’approche « Une seule santé », qui reconnaît l’interdépendance entre la santé végétale, la santé animale, la santé humaine et les écosystèmes.

Une question de souveraineté et de survie économique

Prononçant l’allocution officielle au nom des autorités gabonaises, Aimé Martial Massamba a donné toute sa dimension politique à la rencontre.

L’agriculture, a-t-il rappelé, demeure l’un des moteurs de la croissance économique, de la réduction de la pauvreté et de la sécurité alimentaire en Afrique. Mais le changement climatique, la mobilité accrue des personnes et l’intensification du commerce accélèrent la propagation des ravageurs et des maladies.

« La protection de nos ressources végétales n’est donc plus seulement une question technique », a-t-il averti. Elle engage directement la souveraineté alimentaire, la biodiversité et la survie des économies africaines.

Le ministre a également souligné que le Gabon, couvert à plus de 88 % par la forêt équatoriale, abrite une biodiversité exceptionnelle qu’il convient de protéger contre les espèces exotiques envahissantes et les organismes nuisibles.

Il a réaffirmé la priorité accordée au renforcement du système phytosanitaire national et à l’application stricte des Normes internationales pour les mesures phytosanitaires.

Aux délégations africaines, Aimé Martial Massamba a demandé de partager leurs expériences, d’examiner les projets de normes et de formuler des positions communes. L’objectif est de sécuriser l’accès des produits agricoles africains aux marchés internationaux sans ériger d’obstacles injustifiés au commerce.

C’est sur cette exhortation qu’il a officiellement déclaré ouverts les travaux de l’Atelier régional Afrique 2026 de la CIPV.

Transformer les discours en capacités réelles

Libreville ne devra cependant pas rester une simple étape dans le calendrier des rencontres internationales. La portée de l’atelier se mesurera à la capacité des États à traduire ses recommandations en laboratoires fonctionnels, en inspecteurs formés, en systèmes d’alerte, en certificats électroniques, en données partagées et en réponses rapides face aux foyers de ravageurs.

Pour le Gabon, l’enjeu est également de mettre en cohérence sa volonté de relancer l’agriculture avec le renforcement de l’AGASA, la surveillance des frontières et l’accompagnement des producteurs.

Produire davantage ne suffit pas. Encore faut-il protéger les récoltes, garantir leur qualité et permettre leur circulation.

En accueillant les principaux responsables phytosanitaires du continent, Libreville place ainsi sous les projecteurs un maillon longtemps négligé de la souveraineté alimentaire. Protéger les végétaux, c’est protéger l’alimentation, les revenus ruraux, la biodiversité et la capacité de l’Afrique à commercer selon des règles qu’elle contribue elle-même à écrire.

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