Gabon : L’État veut mettre fin au désordre religieux

Face aux temples clandestins et aux dérives financières, le gouvernement gabonais prépare une loi pour encadrer la pratique de la foi. Une réforme qui s’inscrit dans une tendance africaine, mais qui touche aussi à un secteur devenu refuge social pour de nombreux Gabonais.
Réunis il n’y a pas longtemps par les ministres Adrien Nguema Mba et François Ndong Obiang, les responsables religieux et chefs traditionnels ont pris connaissance du projet de loi qui doit désormais réguler toutes les activités spirituelles. Un texte né du constat d’un « désordre ambiant ». A savoir, prolifération de lieux de culte non déclarés, nuisances sonores, mais surtout escroqueries et charlatanisme commis sous couvert de la foi.
Dès le départ, le ministre de l’Intérieur a voulu désamorcer. Il ne s’agit pas d’ »une déclaration de guerre aux religions ». La liberté de conscience reste un pilier constitutionnel. L’ambition est ailleurs : protéger les citoyens.
Le Gabon n’est pas un cas isolé. Du Bénin au Cameroun en passant par la Côte d’Ivoire, plusieurs États ont adopté ces dernières années des lois pour assainir le secteur religieux. Partout, il s’agit de répondre aux mêmes maux : abus de faiblesse, promesses de miracles contre de l’argent, lieux de culte transformés en commerces. Libreville s’aligne donc sur une dynamique continentale de régulation.
Le futur cadre repose sur 3 axes. Protéger la dignité et l’intégrité financière des croyants; Valoriser les acteurs légitimes en écartant les imposteurs, et bâtir une collaboration renouvelée avec l’État. Concrètement, cela passe par une modernisation de l’enregistrement, de l’ouverture et du suivi de tous les espaces de prière. Au-delà de l’aspect administratif, l’enjeu est social. Dans un contexte économique difficile, les lieux de culte sont devenus pour beaucoup un espace d’espoir et de solidarité. Le gouvernement le sait. D’où le choix des mots : encadrer, et non réprimer.
Le texte doit maintenant suivre son parcours législatif. S’il est adopté, chaque temple, église ou lieu de tradition devra se mettre en règle. Une manière pour l’État de faire le tri entre foi sincère et business de la spiritualité.
Marcelle NTONGONO



