Ils font bouger le GabonInterview

« Nous voulons être des acteurs de changement positif « 

Née dans le sillage du « coup de la Libération » du 30 août 2023 et portée par d’anciens membres de la diaspora gabonaise installée au Sénégal, l’association La Passion des Autres s’est progressivement imposée comme l’un des mouvements associatifs les plus visibles de ces dernières années au Gabon. Action sociale, entrepreneuriat, tourisme social, renforcement des capacités, plans locaux de développement. Dans cet entretien, son président revient sur la genèse de l’association, ses ambitions, ses actions de terrain et sa proximité assumée avec la vision du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema.

Pouvez-vous revenir sur le contexte dans lequel est née l’association La Passion des Autres ?

À la faveur du coup de la Libération du 30 août 2023 et de l’appel du président de la Transition de l’époque, le général Brice Clotaire Oligui Nguema, devenu aujourd’hui Son Excellence Monsieur le Président de la République, les membres de la diaspora que nous étions avons répondu à cet appel.

Pour notre part, l’essentiel de ce qui constituait le noyau dur de La Passion des Autres était installé à l’étranger, notamment au Sénégal. Nous étions donc des Gabonais de la diaspora vivant à Dakar, où nous travaillions et étions déjà fortement impliqués dans la vie associative.

Beaucoup de nos membres ont été présidents d’amicales d’étudiants gabonais dans leurs établissements respectifs. Nous comptons également parmi nous un ancien président du Conseil des Gabonais du Sénégal (CGS). Cette expérience associative nous a permis de comprendre le rôle fondamental que peuvent jouer les associations dans le développement local.

Au Sénégal, nous avons vu concrètement comment des regroupements de jeunes, de femmes ou des associations de ressortissants participaient activement au développement local. Nous avons touché du doigt la capacité qu’a une association à impulser un changement concret et à venir en soutien à l’action gouvernementale.

En rentrant au Gabon et en étant responsabilisés, nous nous sommes demandé ce que nous pouvions faire de plus, au-delà des fonctions administratives qui nous étaient confiées. Nous voulions poursuivre cet engagement associatif que nous avions commencé à Dakar.

Nous nous sommes alors réunis et avons constaté que nous avions deux points communs essentiels : d’abord le fait d’être Gabonais, ensuite le fait d’avoir découvert, à travers notre engagement associatif, une véritable passion des autres. Cette passion du Gabon et des Gabonais est devenue le socle de notre engagement. C’est ainsi qu’est née La Passion des Autres.

Qu’est-ce qui vous a motivés à créer cette association et à unir vos compétences au service des populations ?

« Nous avons voulu mettre nos intelligences et nos moyens au service des populations »

Nous avons décidé de mettre en commun nos intelligences, nos moyens et toutes les ressources dont nous disposons pour mener un certain nombre d’actions concrètes.

Nous avons aussi été encouragés dans cette démarche par les propos du chef de l’État, notamment lors de sa tournée républicaine à Oyem, où il avait insisté sur l’importance pour les populations de se mettre en association.

Je pense qu’il avait même cité l’exemple de l’association Tsoumou, en présence du défunt général Idriss Ngari, comme illustration d’une structure associative ayant contribué au développement d’une localité.

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Au-delà d’Oyem, nous avons compris que ce message s’adressait à tous les Gabonais : réunissez-vous, organisez-vous et agissez ensemble pour impulser un développement plus harmonieux et concret.

D’ailleurs, bien avant cela, lorsqu’il était attaché de défense à Dakar, c’était déjà l’un de ses messages : « Mettez-vous ensemble, travaillez ensemble. L’union fait la force. »

Nous avons donc capitalisé tous ces enseignements, notre expérience personnelle et ces encouragements pour créer notre association.

Votre association mène aujourd’hui de nombreuses actions. Quelle est votre ligne directrice ?

Quand nous avons créé l’association, nous avons souhaité nous engager autour de trois grandes thématiques.

L’action sociale

La première, c’est l’action sociale. Nous voulons être une béquille pour les « infirmes du bonheur ». Nous avons ainsi lancé plusieurs programmes pour matérialiser cette ambition sociale.

Parmi eux, il y a le concept de tourisme social ainsi que le projet des 7 Merveilles du Mapane.

La promotion de l’entrepreneuriat

Le deuxième axe, c’est la promotion de l’entrepreneuriat.

Nous agissons à deux niveaux :

En soutenant les initiatives entrepreneuriales de nos compatriotes à travers le financement, la promotion ou l’accompagnement ;

En créant nous-mêmes des entreprises à vocation sociale.

Nous nous sommes dit que nous ne pouvions pas être des cordonniers mal chaussés. Avec les profils variés présents au sein de l’association, nous avons décidé de développer de l’entrepreneuriat social.

L’idée est simple : une partie des bénéfices générés par nos activités entrepreneuriales doit servir à financer nos actions sociales.

Aujourd’hui, beaucoup de nos initiatives sont financées grâce aux salaires et aux revenus personnels de nos membres. Mais à l’avenir, nous voulons bâtir un modèle plus autonome et durable.

Le renforcement des capacités

Le troisième axe est le renforcement des capacités.

Nous sommes une génération jeune, responsabilisée très tôt, et nous devons acquérir les outils nécessaires pour évoluer efficacement dans nos responsabilités : prise de parole en public, leadership, gestion de crise, communication, management, etc.

Votre programme Parcours d’Excellence a déjà connu plusieurs éditions. Quels impacts observez-vous ?

Le programme Parcours d’Excellence est avant tout un rendez-vous du donner et du recevoir.

Nous voulons mettre en lumière des profils inspirants, parce que notre jeunesse a besoin de modèles crédibles et motivants.

Nous invitons donc des personnalités que nous considérons comme des profils d’excellence afin qu’elles partagent leur expérience avec les jeunes.

Le parcours d’un individu n’est jamais linéaire : il y a des hauts, des bas, des échecs, des leçons. Pour progresser rapidement, nous avons besoin que des aînés transmettent leur vécu, comme autrefois autour de l’arbre à palabres.

Notre ambition est de provoquer une transformation structurelle chez les participants à ces masterclasses et de donner corps au concept de « Géo-compétences » cher au président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema.

Aujourd’hui, beaucoup de jeunes pensent que la réussite passe par les raccourcis ou les chemins parallèles. Nous voulons montrer qu’il existe d’autres trajectoires possibles.

Quel regard portez-vous sur les figures d’excellence que vous avez accueillies dans le cadre de votre programme ?

« Le parcours de Madame la Présidente du Sénat est un modèle gabonais de réussite »

Parmi les personnalités reçues, nous avons eu :

Le Secrétaire général du gouvernement, M. Abdu Razzaq Guy Kambogo ;

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L’ancien Secrétaire général de la Présidence du Sénégal, le Dr Abdoulaye Baldé ;

Madame la Présidente du Sénat, Huguette Nyana Ekoume Epse Awori Onanga.

Le Dr Abdoulaye Baldé a été ministre d’État, ministre des Mines, ministre de la Défense et l’un des grands artisans de la transformation du Sénégal entre 2000 et 2012.

Pour nous, échanger avec une personnalité d’un tel niveau constitue une source d’apprentissage extraordinaire, mais aussi un levier de réseautage et de coopération.

Quant à Madame la Présidente du Sénat, Huguette Nyana Ekoume Epse Awori Onanga, son parcours est extrêmement inspirant parce qu’elle a été essentiellement formée au Gabon.

Elle représente la preuve que la formation gabonaise est capable de produire des profils d’excellence.

Parcours d’Excellence, c’est donc aussi une manière de redonner confiance à notre jeunesse.

Certaines voix estiment que votre association est très proche du pouvoir. Que leur répondez-vous ?

Je préfère être totalement clair. Nous existons aussi grâce à l’appel lancé par le chef de l’État au moment du coup de la Libération. Il a demandé à la diaspora de revenir contribuer au développement du pays et il a confié des responsabilités à plusieurs d’entre nous.

Il est donc évident que nous essayons, à travers nos actions, d’être un relais et un prolongement des orientations impulsées par le président de la République.

Notre proximité idéologique avec le chef de l’État est consubstantielle à la création même de La Passion des Autres.

Dans nos statuts, nous avons d’ailleurs fait de Son Excellence M. Brice Clotaire Oligui Nguema notre autorité morale, parce que beaucoup des actions que nous menons s’inspirent de sa vision.

Nous adhérons à la philosophie du colibri : chacun doit faire sa part.Si tous ceux qui se réclament de cette vision faisaient leur part, nous pourrions accélérer la transformation structurelle de notre pays.

L’une de vos actions les plus remarquées reste la construction du domicile de Monsieur Boris Mboumba Kassa. Que représente ce projet ?

Cette initiative s’inscrit dans notre ambition sociale et dans le cadre du projet des 7 Merveilles du Mapane.

À l’origine, nous avons été sollicités par l’association Kinguélé d’Abord afin d’accompagner plusieurs jeunes sur des questions entrepreneuriales.

Nous avons alors aidé certains jeunes à se structurer afin qu’ils puissent accéder à des financements de la Banque du Commerce et de l’Entrepreneuriat des Gabonais.

Puis nous avons découvert la situation extrêmement difficile dans laquelle vivait M. Boris Mboumba Kassa avec treize membres de sa famille.

Nous avons décidé de lancer les travaux de sa maison le 30 août 2025, jour anniversaire de la Libération, afin de montrer que cet événement avait produit des effets concrets dans la vie des populations.

La maison construite est totalement équipée et viabilisée.

Mais au-delà de l’aspect social, ce projet a également généré une dynamique économique locale.

Les corps de métiers mobilisés étaient essentiellement des jeunes de Kinguélé. Les matériaux ont été achetés sur place. L’entrepreneur principal était lui-même un jeune du quartier.

Nous avons mobilisé près de vingt millions de francs CFA grâce aux cotisations des membres, mais aussi grâce au soutien de mécènes privés et d’entreprises partenaires.

Nous avons baptisé cette maison La Maison de la Félicité Larry Boussougou Dibacka, en hommage à un ancien étudiant gabonais de Dakar décédé avant de voir les transformations actuelles du pays.

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Notre ambition est désormais claire : construire une nouvelle maison chaque 30 août.

Quel bilan faites-vous aujourd’hui ?

Deux ans après, le bilan est satisfaisant, voire très satisfaisant.

Nous avons soutenu des orphelinats, accompagné des entrepreneurs, construit des habitations, participé au Dialogue national, à la révision de la liste électorale, à la campagne référendaire autour de la nouvelle Constitution…

Depuis 2024, c’est près d’une trentaine d’activités réalisées et plus de 80 millions de francs CFA mobilisés essentiellement grâce aux cotisations de nos membres.

Cela montre ce qu’une association structurée peut accomplir lorsqu’elle repose sur l’engagement et le patriotisme.

Vos actions sont visibles dans plusieurs provinces. Pourquoi cette présence nationale ?

Nous avons lancé le concept de tourisme social parce qu’il était important pour nous que les cadres et responsables que nous sommes puissent rester connectés aux réalités du terrain.

Beaucoup d’entre nous avons vécu longtemps à l’étranger. Il fallait retrouver le contact direct avec les populations.

À chaque étape, nous échangeons avec des points focaux locaux qui nous remontent les besoins prioritaires.

Mais nous voulons aller encore plus loin avec les plans locaux de développement.

Nous avons ainsi décidé de réaliser les plans locaux de développement des villes de Mayumba et de Tchibanga.

Ces documents permettront aux exécutifs locaux de disposer d’outils stratégiques pour rechercher des financements, attirer des partenaires et structurer des projets.

Nous sommes actuellement en discussion avancée avec l’entreprise pétrolière Vaalco Gabon SA afin d’accompagner le financement du plan local de développement de Mayumba.

C’est ce type de mécanisme qui permet d’apporter des réponses structurelles et durables aux populations.

Qui peut rejoindre La Passion des Autres ?

Le seul critère aujourd’hui, c’est être Gabonais, être passionné par les autres, être patriote et avoir la volonté de servir.

À l’origine, nous étions principalement des anciens du Sénégal, mais aujourd’hui l’association est ouverte à tous les Gabonais.

Nous comptons actuellement une centaine de membres.

Nous avons une reconnaissance administrative officielle délivrée par le ministère de l’Intérieur et nous sommes dans une phase de structuration formelle des adhésions et des cotisations.

Votre mot de conclusion ?

Le message que nous adressons à nos compatriotes est d’abord un message de remerciement.

Partout où nous sommes passés, nous avons reçu un accueil chaleureux et une adhésion sincère à notre démarche.

Nous appartenons à une génération qui doit marquer son époque.

Nous n’avons pas le droit à l’erreur.

Nous n’avons pas le droit de nous reposer sur nos lauriers.

Il faut travailler, encore travailler et toujours travailler, dixit Maître Abdoulaye Wade, ancien président de la République du Sénégal.

Nous invitons tous ceux qui souhaitent être des acteurs de changement positif à nous rejoindre.

Beaucoup d’initiatives sont encore à venir, notamment une prochaine expédition à Makokou, dans l’Ogooué-Ivindo.

Enfin, nous remercions les médias qui donnent de la visibilité à nos actions, parce qu’une visibilité utile permet d’attirer des partenaires, des mécènes et des soutiens supplémentaires afin de continuer à servir les populations gabonaises.

Propos recueillis par Kevin Osvald DOUCKAGHA

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