Culture

Arts : Bordeaux choisit de rendre 53 œuvres africaines‎

Trente-trois pièces tsogo. Des objets rares, quasi introuvables sur le marché de l’art. C’est le dossier sensible qui atterrit le 1er juin 2026 sur la table du Conseil municipal de Bordeaux — et qui pourrait bien faire date dans l’histoire de la restitution du patrimoine africain.


‎À l’origine de l’affaire, un couple de médecins français. Marie-Thérèse Petit, sage-femme, et Jacques Petit, chirurgien, ont sillonné l’Afrique durant plus de trois décennies, de 1947 à 1982, posant leurs valises au Gabon, au Togo et au Niger. Au fil de ces années africaines, ils ont constitué une collection de 64 biens culturels, auxquels s’ajoutent des accessoires touaregs, estimée à plus de 30 000 euros — soit près de 19,7 millions de FCFA. À son décès en 2022, Marie-Thérèse Petit a légué l’ensemble à la ville de Bordeaux.


‎Mais la provenance du butin pose problème. Sur les 64 pièces, 53 sont clairement identifiées comme originaires du Gabon, du Nigeria et de Côte d’Ivoire. Libreville n’a pas tardé à réagir : dès 2022, le musée d’Aquitaine était déjà en discussion avec le Musée national des Arts, Rites et Traditions.


‎En septembre 2023, le Gabon formalisait sa demande de restitution. Dans la foulée, le Nigeria et la Côte d’Ivoire emboîtaient le pas, réclamant à leur tour leurs œuvres.


‎Face à cette triple demande, la ville de Bordeaux a choisi une voie inédite : refuser purement et simplement le legs. C’est le maire Thomas Cazenave lui-même qui présentera cette décision au musée d’Aquitaine, devant une délégation officielle gabonaise. La philosophie affichée est sans ambiguïté : une gestion muséale « responsable, éthique et concertée ».


‎Le geste intervient dans un contexte porteur. La France vient d’adopter une loi sur la restitution des biens culturels d’origine coloniale, et Bordeaux entend prendre les devants plutôt que de subir la pression du texte. La rétention silencieuse cède la place au dialogue. Pour les trois pays concernés, c’est une victoire symbolique autant que patrimoniale.


‎Marcelle NTONGONO

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