Soudan du Sud : Salva Kiir dissout le gouvernement et verrouille la transition

Un jour après avoir validé des amendements controversés à la loi électorale, le chef de l’État sud-soudanais a dissous le gouvernement de transition. À trois mois d’un scrutin déjà hypothéqué, ce geste nourrit la crainte d’un retour au conflit.
Dans la nuit de mardi à mercredi, le président Salva Kiir a dissous le gouvernement de transition, à peine vingt-quatre heures après avoir signé des amendements très contestés à la loi électorale. Ces modifications suppriment deux préalables pourtant prévus par l’accord de paix de 2018 : l’adoption d’une constitution permanente et la tenue d’un recensement national. Elles autorisent aussi le limogeage de tous les vice-présidents désignés en vertu de cet accord pour la durée de la période électorale.
Pour de nombreux juristes et analystes, l’ensemble revient à concentrer l’essentiel du pouvoir entre les mains du chef de l’État. Un avocat, ancien membre du comité de rédaction constitutionnelle, décrit un Salva Kiir « seul aux commandes », sans vice-présidents, sans gouvernement ni parlement pour lui faire contrepoids.
Un analyste indépendant va plus loin : la nouvelle législation offrirait au président une marge de manœuvre suffisante pour retarder de un ou deux ans sa propre candidature.
Juba sous haute surveillance
Sur le terrain, la décision s’est accompagnée d’un déploiement sécuritaire inhabituel dans la capitale. Des renforts militaires ont été aperçus sur les principaux axes routiers, poussant certains commerçants à baisser le rideau par précaution. Le Bureau de la sécurité intérieure a en outre ordonné à toutes les forces de rester en uniforme et en alerte maximale pendant trois jours. Plusieurs administrations ont fermé sans préavis, leurs employés étant renvoyés chez eux sans explication.
Un processus électoral déjà en lambeaux
Prévu le 22 décembre après deux reports successifs, le scrutin, le premier de l’histoire du pays depuis l’indépendance de 2011, devait couronner la transition ouverte par l’accord de 2018, au terme d’une guerre civile de cinq ans. Mais presque aucune des conditions fixées n’est remplie : aucun électeur n’est inscrit, les armées rivales n’ont pas été unifiées et la constitution, attendue de longue date, n’a toujours pas vu le jour.
Le climat reste d’autant plus tendu que le chef de l’opposition, Riek Machar, est toujours détenu et poursuivi pour trahison. Dans l’un des pays les plus pauvres et les plus corrompus de la planète, cette conjonction de fragilité institutionnelle et de concentration du pouvoir inquiète plusieurs observateurs internationaux, qui redoutent un basculement vers un nouveau conflit.
FATOUMATA Naida Sidibé



