Diplomatie

Paix et sécurité : Libreville au cœur du dialogue stratégique Afrique – ONU

Pendant trois jours, la capitale gabonaise accueille la 17ème Retraite de haut niveau de l’Union Africaine consacrée à la promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité sur le continent. Cette rencontre stratégique intègre également la 4e retraite conjointe UA – ONU, dans un contexte international marqué par la multiplication des crises et l’affaiblissement du multilatéralisme.

Placée sous le thème : « Activer le cessez-le-feu, le dialogue national et la réconciliation pour une paix durable », cette session réunit des représentants de la Commission de l’Union africaine, des envoyés spéciaux des , des diplomates, des membres du Groupe des sages ainsi que plusieurs hauts responsables africains engagés dans les processus de médiation et de prévention des conflits.

Le retour diplomatique de Libreville

Au-delà des enjeux sécuritaires, cette rencontre consacre aussi le retour de sur la scène diplomatique continentale. La tenue des travaux dans le complexe modernisé de la Cité de la Démocratie traduit la volonté des autorités gabonaises de repositionner Libreville comme une plateforme africaine des grands sommets politiques et institutionnels.

Quelques semaines après la réinauguration du Palais des Congrès Omar-Bongo-Ondimba, la capitale gabonaise accueille ainsi l’un des principaux rendez-vous diplomatiques du continent sur les questions de paix et de sécurité.

Mahmoud Ali Youssouf alerte sur la fragilité du multilatéralisme

Dans son discours d’ouverture, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf a dressé un tableau préoccupant de la situation sécuritaire mondiale et africaine.

Face aux participants, il a insisté sur la nécessité pour l’UA et l’ONU de renforcer leur complémentarité dans un environnement international marqué par « une tendance affichée à l’unilatéralisme », au moment où le continent africain reste celui qui subit le plus fortement les conséquences des crises géopolitiques mondiales.

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Le responsable africain a notamment évoqué les répercussions de la guerre en Ukraine et des tensions au Moyen-Orient sur les économies africaines, avec des effets directs sur la cherté de la vie, les risques d’insécurité alimentaire et les déplacements massifs de populations.

« Les crises voient rarement leur résolution avancer rapidement », a-t-il souligné, citant notamment la Somalie, l’est de la RDC, le Sahel, la Libye ou encore le Soudan comme illustrations d’une instabilité devenue structurelle sur plusieurs fronts africains.

Gouvernance, financement et prévention des conflits

Dans une intervention très politique, Mahmoud Ali Youssouf a identifié trois causes majeures à la persistance des crises africaines : la faiblesse des institutions étatiques, l’absence de volonté politique collective et l’incapacité à agir rapidement face aux foyers d’instabilité.

Le président de la Commission de l’UA a également mis l’accent sur la question du financement de la paix et de la sécurité. Selon lui, la raréfaction des ressources financières et le coût élevé de l’accès au capital pour les États africains compliquent considérablement les opérations de maintien de la paix et les mécanismes de stabilisation.

Il a plaidé pour une réforme de l’architecture financière internationale afin de permettre aux États africains d’accéder plus facilement aux marchés financiers dans un contexte mondial de plus en plus protectionniste.

L’ONU réaffirme son soutien aux initiatives africaines

Prenant la parole au nom des Nations unies, Parfait Onanga Anyanga, représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies, Antonio Gutiérrez, a réaffirmé l’engagement des équipes onusiennes à accompagner les initiatives africaines de médiation et de résolution des conflits.

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« Les défis qui nous attendent sont nombreux, les conflits auxquels nous assistons sont devenus plus complexes », a-t-il déclaré, assurant que les représentants de l’ONU présents à Libreville agissaient dans « un esprit de respect, de solidarité et de partenariat ».

Le diplomate gabonais a également rappelé que les Nations unies avaient reçu instruction du secrétaire général de mettre leur expertise et leur expérience au service des initiatives portées par l’Union africaine.

Une convergence stratégique entre Agenda 2063 et Agenda 2030

Au cœur des échanges figure également l’articulation entre l’Agenda 2063 de l’Union africaine et l’Agenda 2030 des Nations unies. Mahmoud Ali Youssouf a rappelé qu’un nouveau cadre de coopération avait été signé quelques jours plus tôt à Addis-Abeba avec le secrétaire général de l’ONU, afin de renforcer durablement la coordination entre les deux organisations.

Pour les participants, l’objectif est désormais clair : dépasser les approches fragmentées des crises africaines et construire une réponse intégrée articulant prévention, médiation, reconstruction post-conflit et développement.

Dans un contexte de multiplication des conflits armés, de fragilité des États et de tensions géopolitiques mondiales, Libreville apparaît ainsi, le temps de cette retraite stratégique, comme l’un des centres névralgiques de la réflexion africaine sur la paix et la stabilité du continent.

Marianne IWANI

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