Entrepreneuriat : le rôle de la diaspora dans le développement de l’Afrique

Le rôle de la diaspora dans le financement et le développement de l’entrepreneuriat en Afrique est le défi de la fondation Biermans-Lapotre à travers la thématique « Let’s talk best business » (en français « Parlons de meilleures affaires »). L’objectif en est de rénover et inventer des solutions aux problèmes d’emplois en Afrique à travers l’entrepreneuriat. Cet événement, qui s’est tenu à Paris, a réuni plusieurs innovateurs du continent, dans un espace de réflexion sur l’investissement en Afrique. Plusieurs thématiques ont été abordées pendant cette rencontre d’informations économiques pour le développement de la performance et la croissance des entreprises, notamment « Réussir son entreprise, lancer sa marque : de son identité à son positionnement ».

« Let’s Talk Best Business » est devenu un événement annuel qui se veut le creuset de tous les mécanismes et outils pour la mise à disposition des entreprises et porteurs de projets d’informations économiques justes, utiles et fiables. Pendant cette journée, plusieurs personnalités africaines, acteurs de la société civile, entrepreneurs, diplomates, se sont penchés sur la manière et les moyens de trouver des solutions aux problèmes du chômage du continent.
L’initiateur du projet « Let’s Talk Best business », Alain Tiba Gogbe, journaliste économique, soutient que cette deuxième édition avait pour objectif de révéler et valoriser les initiatives de porteurs de projet d’entrepreneuriat sur le continent africain, surtout l’archipel des Comores, pays d’honneur, comme ce fut le cas de la Côte d’Ivoire l’année dernière, lors de la première édition. Il affirme être fier d’avoir initié ce projet et de mettre en place des outils de veille stratégique au sein des entreprises et des organisations.
Cette initiative a permis de comprendre davantage la place et l’importance de la veille stratégique dans une démarche d’intelligence économique, poursuit Alain Tiba Gagbé. « C’était également l’occasion de rencontrer des entrepreneurs et des experts de divers domaines d’activités et de divers horizons dans un environnement accueillant et bienveillant. Cette deuxième édition est un gage de confiance pour tous les entrepreneurs, les porteurs de projets, les institutions d’appui, les créateurs et les acteurs d’avoir un outil capable de répondre à l’épineuse question de la fiabilité de formation économique pour la prise de décision stratégique. La force de cet événement réside dans sa capacité à mobiliser des experts, des érudits, des institutions, des universitaires, des chefs d’entreprise qui, pour la plupart, ont fait leurs preuves dans la sphère entrepreneuriale avec une solide expérience pour trancher les questions de développement économique, stratégique, de guerre d’information et toutes les thématiques connexes liées à l’augmentation du chiffre d’affaires et à la réussite de votre entreprise. À ce jour, ce sont pratiquement plus de 1000 entreprises qui ont participé à nos événements avec des focus sectoriels comme celui de la cosmétique qui a eu lieu le 8 décembre 2023 et la CAN des entrepreneurs le 20 janvier 2024 à Paris », se félicite l’initiateur.
Poursuivant, le journaliste a souligné que l’Afrique, en tant que pourvoyeur de matières premières, ne reste pas sans conséquence sur la chaîne de valeur mondiale. Il cite les objectifs que s’est fixé son projet : « Nos objectifs se résument également à trois actions : développer, connecter et projeter. Nous souhaitons réunir des acteurs économiques de tous les secteurs d’activité, pour passer le message de l’importance de la recherche de l’information économique, pour la prise de décision stratégique, afin d’augmenter leurs chiffres d’affaires. Nous voulons que lors de cet événement, tous les participants tissent des relations privilégiées pour assoir ensemble des activités selon le besoin des uns et des autres. Notre ambition est que « Let’s Talk Best Business » devienne le rendez-vous inédit et une plateforme d’idées sur les méthodes, les techniques et la création d’outils nouveaux pour aider les entreprises à savoir collecter, traiter, analyser et diffuser les informations économiques. Notre but est de présenter à tous les acteurs économiques et participants, les enjeux et opportunités qu’offre la pratique en entreprise de la veille stratégique et de l’intelligence économique. « Let’s Talk Best Business » est un écosystème vertueux, qui aplanit les voies du développement des entreprises. Il fournit la bonne information qui, curieusement, manque souvent aux acteurs, vecteurs de développement économique. C’est un levier de développement par le réseautage des intelligences dans un contexte où la guerre économique doit plus que par le passé laisser place au maximum de collaborations gagnant-gagnant entre acteurs économiques et faire fructifier les investissements. Cet événement a la particularité de tabler sur l’information économique. Ce qui est donc une denrée nécessaire à l’alimentation de l’activité entrepreneuriale. »

Venu présider l’ouverture de la cérémonie, l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, Maurice Kouakou Bandaman, s’est dit ému de l’importance qu’a prise cet événement en un temps record. D’autant que ce rendez-vous annuel est devenu incontournable dans le développement de l’Afrique à travers l’entrepreneuriat. Il passe ce message à ceux qui veulent se lancer dans le domaine de l’entrepreneuriat : « Je me réjouis de cette initiative. Mais pour réussir dans la vie, la première des choses est d’avoir de la vision. La deuxième, des ressources humaines. Et il faut mutualiser les moyens », a-t-il dit.
Le représentant du pays d’honneur a dit mesurer l’importance de ce choix de l’archipel des Comores qui manque presque de tout dans le domaine des infrastructures malgré les immenses ressources naturelles dont le pays regorge. Face à cette limite, Allaoui Abdallah invite les investisseurs à venir investir : « Les investisseurs peuvent se faire des bénéfices sans difficultés. Nous avons beaucoup de ressources naturelles, mais malheureusement nous n’avons pas de structures, ni d’ateliers, ni d’industries qui doivent transformer nos ressources sur place. Parmi les défis et obstacles qu’il y a dans l’investissement, nous avons des infrastructures limitées, notamment le transport, l’électricité et les télécommunications, mais aussi des activités commerciales. »
Stanislas Zézé, entrepreneur venu spécialement de Côte d’Ivoire et au nombre des exposants à cette table ronde, affirme que nous sommes dans une situation où le monde est dans une mutation. Pour lui, il faut mettre en place des outils qui permettent de passer du social à l’investissement. Puisque, poursuit-il, « quelle que soit la génération à laquelle vous appartenez, vous retournerez sur le continent africain un jour ». D’où il est extrêmement important que les diasporas voient l’Afrique comme un continent normal où s’implanter, avec son potentiel d’investissement extraordinaire. « Mais de ne pas voir leur investissement comme une dette qu’il importe à l’Afrique. Parce qu’elle n’en a pas besoin. Il faut montrer qu’ils vont investir en Afrique comme ils investissent n’importe où. Sauf qu’ils ont une instance avec l’Afrique et beaucoup plus d’opportunités parce qu’ils se représentent en tant qu’Afro-descendants, qu’importe où ailleurs. Et en dehors de tout ça, l’Afrique est le continent où l’on touche l’investissement le plus élevé au monde. Donc il ne faut pas voir ça comme ça. Il faut voir ça comme des investisseurs tout court qui choisissent l’Afrique, d’où ils viennent et où ils ont les meilleures possibilités en tant qu’Afro-descendants que d’investir ailleurs. Aujourd’hui les pays africains, à l’exception du Sénégal, font très peu d’efforts sur les obligations aux devises. Le Sénégal a émis les obligations qui permettent aux diasporas, avec leurs devises, de collecter ces dernières », estime-t-il.
Abondant dans le même sens, Kadia Sylla Moisson, également entrepreneure, pense que le rôle de la diaspora est axé sur le renforcement du capital humain en Afrique : « Depuis 2018, je travaille pour un groupe français. Aujourd’hui, cette expérience m’a permis de voir comment fonctionne cet écosystème RH (ressources humaines) en Afrique. Le souhait de la diaspora est aussi de s’impliquer réellement au niveau économique et social, mais aussi à d’autres titres dans nos pays africains. Le changement de paradigme et de mentalité est en train de s’opérer au sein de la diaspora pour impacter le continent africain. »
Présent lors de la première édition, le directeur de la Maison de l’Afrique, Youssouf Camara, pense que l’économie, l’agriculture et l’art sont des vecteurs indéniables dans le développement de l’Afrique. D’où cette envie de la diaspora de rentrer en Afrique pour travailler. « Mais sur la forme, en fonction des cultures entre l’Afrique de l’Ouest et Centrale, l’approche est un peu différente. Ce qui est dommage, l’extinction du défi financier va vers la consommation. Ce qui va soutenir les marchés et permettre aux familles de vivre et augmenter le PIB. En revanche, ça ne va pas dans l’intérêt positif de l’Afrique. Donc ce défi financier ne crée pas de gestion de la scène. Mais dans certains pays, une approche un peu plus mutualisée sur le défi financier, permet dans les villages de constituer un commerce, de construire des dispensaires, des infrastructures, etc. Donc cela veut dire que depuis plusieurs décennies, c’est le même modèle qui se reproduit, à savoir la diaspora de génération en génération », a-t-il fait savoir.
Il faut noter que la troisième édition est prévue en avril 2025 à Paris, avec un autre pays d’honneur, et avec pour but d’accompagner les entrepreneurs dans leurs investissements.
Amadou Tidiane Diallo


