Économie

Cacao ouest-africain : l’envolée des cours ne conjure pas la crise‎‎

La filière cacao ouest-africaine boucle un mois de mai sous haute tension. Campagne 2025/2026 déjà bien avancée chez les deux leaders mondiaux, les signaux restent contrastés : cours en reprise, planteurs impayés et exigences de traçabilité qui se resserrent.



‎Le marché a changé de rythme. Les contrats à terme ont franchi les 3 500 USD à New York. Le 11 mai, ils ont même atteint 4 709 USD, un sommet inégalé depuis le 20 janvier 2026. Deux facteurs expliquent ce mouvement : des rachats de positions spéculatives à découvert, ainsi que des craintes liées à El Niño. Les météorologues annoncent des précipitations perturbées en Afrique de l’Ouest ; certaines plantations signalent déjà une floraison défaillante. En conséquence, les analystes ont abaissé leurs prévisions pour la récolte 2026/2027, alors que les effets climatiques les plus marqués pourraient ne se faire sentir que plus tard.



‎Le Conseil Café-Cacao a revu ses prévisions à la hausse. Après une révision à la baisse imputée au climat et aux turbulences du marché, Abidjan table désormais sur un rebond de la production à [X] millions de tonnes — au-delà des 1,8 million de tonnes anticipé par Reuters en mars 2026. Selon Yves Brahima Koné, directeur général du CCC, les prix élevés enregistrés lors des deux dernières campagnes ont stimulé les investissements : davantage d’intrants, meilleure gestion des vergers. Un effet positif, dont la portée reste toutefois limitée à court terme.


‎L’ONG Trase a publié, ce mois de mai, une étude aux conclusions préoccupantes : seulement 48 % des exportations ivoiriennes de cacao 2024 sont traçables jusqu’aux coopératives. Le reste transite par des circuits dits « indirects », morcelés et opaques — un obstacle majeur à six mois de l’entrée en vigueur du règlement européen sur la déforestation (EUDR), prévue en décembre 2026. Bruxelles exigera la preuve que chaque lot ne provient pas de parcelles défrichées.


‎ Abidjan a lancé la numérisation des transactions via un système centralisé pour structurer les flux. L’enjeu dépasse la seule conformité réglementaire : 80 % du couvert forestier ivoirien a disparu ou s’est dégradé depuis 2000, en grande partie sous l’effet de l’extension des plantations cacaoyères.


‎Depuis plusieurs semaines, les retards de paiement s’accumulent sur la récolte principale. À Daloa, Soubré et Duékoué, les sacs de fèves s’entassent, invendus. Le 23 mai, le CCC a dépêché des émissaires à M’Batto après des tensions avec les forces de l’ordre. Pour l’heure, l’offre mondiale n’est pas compromise. Mais si les planteurs manquent de liquidités, l’entretien des vergers en pâtit — avec des répercussions directes sur la production 2026/2027.


‎Au Ghana, deuxième producteur mondial, la Producer Buying Company (PBC) est asphyxiée. Sa dette totale s’élève à 673 millions de cedis (environ 34,4 milliards de FCFA), dont 24 millions de cedis (environ 1,2 milliard de FCFA) dus aux producteurs. Un consortium bancaire réclame pour sa part 257 millions de cedis (environ 13,1 milliards de FCFA) et menace de saisir les actifs. La PBC, qui contrôlait 30 % du marché intérieur, ne peut plus acheter faute de liquidités.


‎ Parallèlement, le COCOBOD accuse certaines sociétés d’achat agréées (Licensed Buying Companies) de détourner des fonds publics pour acquérir du cacao de contrebande en Côte d’Ivoire, où les cours sont plus attractifs. Les fèves réintégreraient ensuite la chaîne d’approvisionnement ghanéenne. L’Association des acheteurs agréés dément les faits et invoque des agissements isolés. Ce bras de fer met en lumière de profondes failles de gouvernance, alors que la lutte contre la contrebande est désormais érigée en priorité nationale.


‎Le Ghana accueillera à Accra la réunion annuelle de partenariat de la World Cocoa Foundation (WCFPM) — une première en vingt ans d’existence. Randy Abbey, directeur général du COCOBOD, entend mettre à profit cet événement pour appeler les acheteurs internationaux à investir directement dans les exploitations africaines. L’objectif : sécuriser une production viable et durable, plutôt que de se limiter à l’acquisition de fèves sur le marché spot.


‎Marcelle NTONGONO

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