Bâtir l’Afrique des solutions : de la massification de l’ingénierie du leadership à la passation intergénérationnelle

Fondée en janvier 2025 à Casablanca par Dr Nizar Chaari et Mahmoud Cherkaoui Salhi, EPIK Leaders revendique aujourd’hui 50 000 membres et 550 clubs dans 15 pays africains, ce qui en fait le réseau étudiant de leadership à la croissance la plus rapide du continent. Son fondateur plaide pour une massification de la formation au leadership et pour une transmission de pouvoir plus rapide entre générations.
Par Dr Nizar Chaari, Fondateur d’Epik Leaders
Plus de 60 % de la population africaine a moins de 25 ans, selon les projections des Nations unies. Ce chiffre revient dans tous les discours sur le continent, souvent comme un slogan, rarement comme un chantier. Sur le terrain, pourtant, ce chantier avance déjà, et il se mesure.
En quelques mois, entre septembre 2025 et juin 2026, EPIK Leaders est passée d’un projet lancé à Casablanca à un réseau présent dans 15 pays — Maroc, Mali, Tunisie, Guinée, Côte d’Ivoire, Sénégal, Nigeria notamment — avec 550 clubs actifs et 50 000 membres. Cette expansion a démarré par un « Welcome Fest » de 45 jours à travers le Maroc, avant de s’étendre à l’Afrique de l’Ouest et au Maghreb. En novembre 2025, le premier Sommet arabo-africain sur le financement associatif, organisé à Rabat, a débouché sur un livre blanc consacré au financement souverain des associations. En avril 2026, le sommet « AI for Impact » à Casablanca a produit la première charte africaine sur l’intelligence artificielle appliquée à l’innovation sociale. Le réseau a aussi lancé un programme de reforestation, « EPIK Green March 2.0 », et une initiative dédiée au leadership féminin, « EPIK HER ». Cette expérience de terrain m’amène à une conviction simple : le principal obstacle au leadership africain n’est plus le manque de talent, mais le manque de méthode et de passage de relais.
Sortir de l’élitisme : massifier l’ingénierie du leadership
Pendant longtemps, la formation au leadership en Afrique a suivi un modèle restreint : quelques dizaines de profils triés sur le volet, réunis dans des cercles fermés, coachés selon des méthodes importées sans adaptation au contexte local. Ce modèle a fait la preuve de ses limites face à l’ampleur des besoins.
Le terrain impose un changement d’échelle. Massifier l’ingénierie du leadership consiste à rendre accessibles des méthodes concrètes — gestion de projet, management agile, intelligence collective — non plus à quelques centaines de personnes, mais à des dizaines de milliers, en s’appuyant sur les structures déjà existantes : universités, associations de quartier, incubateurs locaux. Chez EPIK Leaders, ce changement d’échelle s’est traduit par un maillage de 550 clubs de campus dans 15 pays, capables de porter localement des programmes de formation, d’innovation sociale et de transition écologique, sans dépendre d’un centre unique de décision.
L’enjeu n’est pas de produire des discours inspirants, mais de doter cette jeunesse d’outils qui transforment une intuition en projet mesurable — un budget tenu, une équipe recrutée, un marché conquis.
Le vrai verrou : la passation intergénérationnelle
Former des jeunes ne suffit pas si les institutions, les entreprises et les partis politiques continuent de leur fermer l’accès aux postes de décision. C’est là, plus que dans la formation elle-même, que se joue la transformation réelle.
Le rapport entre générations est trop souvent pensé comme une confrontation — les « anciens » contre les « modernes ». Il devrait être pensé comme une répartition des rôles : aux jeunes l’agilité et la maîtrise des outils numériques, aux générations précédentes la mémoire institutionnelle et la connaissance des équilibres politiques et économiques.
Concrètement, cela suppose des mécanismes précis : des sièges réservés aux moins de 35 ans dans les conseils d’administration, des programmes de mentorat croisé, des critères de recrutement qui valorisent l’expérience de terrain au même titre que l’ancienneté. C’est dans cet esprit que nous avons lancé, en avril 2026 à Dakhla, l’EPIK Think Tank consacré au soft power africain : un espace où de jeunes leaders travaillent aux côtés de décideurs expérimentés sur des sujets de diplomatie et d’influence, plutôt que d’attendre d’y être conviés. Sans ce type de mécanisme, la « passation intergénérationnelle » reste un vœu pieux.
Ce que cela change concrètement
L’Afrique n’a pas besoin d’un nouveau discours sur son potentiel démographique. Elle a besoin d’un plan d’exécution : industrialiser la formation des leaders de demain — au sens propre, avec des indicateurs de réussite suivis dans la durée — et institutionnaliser des espaces de dialogue entre générations au sein des entreprises et des administrations.
En avril 2026, le Maghreb Youth Summit de Monastir a réuni 1 500 jeunes leaders autour de cette même exigence : passer du discours à l’action mesurable. C’est à cette échelle-là — celle des clubs qui durent, des chartes qui s’appliquent et des postes réellement occupés par de jeunes leaders — que se mesurera, dans les prochaines années, la capacité du continent à transformer sa jeunesse en moteur économique.
Dr Nizar



