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Guinée : Conakry réclame à Paris le crâne du dernier Almamy du Fouta-Djalon

Plus d’un siècle après sa décapitation, le dernier souverain du Fouta-Djalon pourrait enfin regagner la terre guinéenne. Conakry a officiellement saisi Paris, dans un dossier mémoriel qui s’annonce aussi sensible que celui de Samory Touré.

La Guinée a demandé à la France la restitution du crâne de l’Almamy Bokar Biro, dernier souverain indépendant du Fouta-Djalon, ainsi que ceux de trois de ses proches — son frère, son père et son chef de guerre —, actuellement conservés au Musée de l’Homme, à Paris. La demande officielle, déposée le 27 juillet par le ministère guinéen de la Culture, s’inscrit dans le prolongement d’une première démarche engagée à la mi-juillet concernant les objets personnels de l’Almamy Samory Touré. Elle intervient alors que la France a déjà restitué des restes humains à l’Algérie en 2020, puis à Madagascar l’an dernier. Pour Conakry, l’objectif est de permettre l’inhumation digne de ces figures de la résistance à la colonisation, plus de 125 ans après leur mort.

Qui était Bokar Biro ?

Almamy Bokar Biro Barry fut le dernier souverain indépendant de l’imamat théocratique du Fouta-Djalon, dans l’actuelle Guinée. Arrivé au pouvoir en 1890, il refusa de céder aux pressions coloniales françaises et de signer un traité de protectorat, allant jusqu’à substituer la formule « Bismillah » à sa signature sur l’un des documents qui lui étaient soumis. Il trouva la mort en 1896 à la bataille de Poredaka, où ses troupes furent défaites par l’artillerie française, avant d’être rattrapé, tué et décapité à Botorë, près de Mamou. Les colons firent alors de son crâne un trophée de guerre, rapporté en métropole — une pratique courante à l’époque. Sa disparition marqua la fin de l’indépendance du Fouta-Djalon.

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Une demande qui s’inscrit dans une large dynamique

Cette requête ne surgit pas isolément. Depuis la mi-juillet, le ministère guinéen de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, dirigé par Moussa Moïse Sylla, avait déjà engagé une procédure diplomatique auprès de Paris pour récupérer le Coran de l’Almamy Samory Touré et plusieurs de ses effets personnels, conservés au Musée de l’Armée, aux Invalides. « Ce n’est pas quelqu’un d’anodin dont le crâne doit continuer à être exposé dans un musée en France », a estimé le ministre, soulignant que Bokar Biro « mérite de retourner en Guinée » aux côtés de Samory Touré et des autres figures de la résistance guinéenne.

La Guinée rejoint ainsi le Bénin et d’autres pays africains dans cette quête de restitution du patrimoine — une démarche qui, avec le dossier Bokar Biro, s’élargit désormais aux restes humains.

Pour Conakry, au-delà de la dimension patrimoniale, la demande revêt une portée mémorielle forte. « Exposer un crâne chez nous, ça ne se fait pas. Nous, les restes humains, on les enterre dignement », résume Mohamed Amirou Conté, directeur général du Musée national de Guinée et membre du comité scientifique du dossier. Le lieu d’inhumation — Conakry ou Timbo, ancienne capitale du Fouta théocratique — n’est pas encore arrêté. Aucun calendrier n’a été communiqué pour une éventuelle restitution ; les précédents dossiers africains, dont celui du roi sakalava Toera à Madagascar, ont généralement nécessité plusieurs années de démarches scientifiques et diplomatiques avant d’aboutir.

Naïda Sidibé FATOUMATA

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