Gabon : l’UPGL, le BDP et le CAC appellent à « débattre sans se détruire »

À l’approche du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance du Gabon, une plateforme réunissant l’Union des patriotes gabonais loyalistes (UPGL), le Bloc démocratique populaire (BDP) et Conscience et action citoyenne (CAC) a dénoncé la multiplication des attaques injurieuses visant le président de la République, son épouse et sa mère. Réunis au siège du CAC, au quartier Plaine-Oréty, à Libreville, ses responsables ont défendu le droit à la critique tout en appelant à préserver la dignité des institutions et la cohésion nationale.
Le respect des institutions ne doit pas conduire à étouffer la critique, mais la liberté d’expression ne saurait davantage servir de prétexte à l’injure. C’est cette ligne d’équilibre qu’une plateforme politique réunissant David Mbadinga, président de l’Union des patriotes gabonais loyalistes, Paskhal Nkoulou, président du Bloc démocratique populaire, et Florentin Moussavou, président de Conscience et action citoyenne, a voulu défendre au cours d’une déclaration prononcée au siège du CAC, à Plaine-Oréty.
La sortie intervient dans un contexte marqué, selon les responsables de la plateforme, par la multiplication sur les réseaux sociaux de propos injurieux, outrageants et parfois haineux visant le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, mais également son épouse et sa mère.
Pour les trois formations politiques, le mois d’août, qui porte à la fois la célébration de l’indépendance nationale et la commémoration de la Libération du 30 août, doit demeurer un temps de mémoire, de rassemblement et de réflexion collective sur l’état de la nation.
La critique politique reconnue comme un droit
Les auteurs de la déclaration ont tenu à écarter toute volonté de soustraire le président de la République au débat démocratique.
« Le président de la République peut être critiqué, son action peut être contestée, ses décisions peuvent être discutées et même combattues politiquement », ont-ils affirmé, reconnaissant que la liberté d’expression, la contradiction et la liberté d’opinion constituent des acquis essentiels de toute société démocratique.
La plateforme estime cependant qu’une frontière doit être clairement préservée entre la critique et l’injure, l’opposition et la haine, l’interpellation citoyenne et l’attaque personnelle, ou encore la dénonciation argumentée et la diffamation.
La fonction présidentielle, ont insisté les responsables politiques, dépasse la seule personne qui l’exerce. Le président de la République est aussi le dépositaire d’une institution. Dès lors, les attaques portant atteinte à sa dignité dans l’exercice de ses fonctions peuvent également fragiliser le respect dû aux institutions de la République.
Les responsables de l’UPGL, du BDP et du CAC ont, à cet égard, invoqué les dispositions du Code pénal gabonais relatives à l’outrage envers les dépositaires de l’autorité publique. Ils assurent toutefois que ce rappel de la loi ne doit pas être interprété comme une tentative de faire taire les critiques ou les opposants.
« L’injure n’est pas un argument »
Tout en reconnaissant la place de l’activisme citoyen dans une démocratie, la plateforme appelle les acteurs politiques, militants, influenceurs et utilisateurs des réseaux sociaux à privilégier les faits, les arguments et les propositions.
« L’injure n’est pas un argument. La vulgarité n’est pas du courage. L’humiliation n’est pas de l’engagement citoyen. Et la haine n’est pas du patriotisme », souligne la déclaration.
Pour ses auteurs, un citoyen engagé doit pouvoir dénoncer les injustices, relever les dysfonctionnements, demander des comptes aux gouvernants et défendre les libertés. Mais cet engagement perdrait sa portée lorsqu’il se réduit à la violence verbale et aux attaques contre les personnes.
La plateforme invite ainsi chacun à se souvenir qu’avant d’être activiste, opposant, influenceur, soutien ou contempteur du pouvoir, il est d’abord citoyen gabonais. Or, rappellent ses responsables, l’exercice des droits demeure indissociable des devoirs qu’impose l’appartenance à la communauté nationale.
Sortir les familles du champ de bataille politique
La déclaration s’est montrée particulièrement ferme sur les attaques visant l’épouse et la mère du président de la République.
« On peut combattre une politique sans combattre une famille. On peut contester un président sans insulter sa mère. On peut s’opposer à un gouvernement sans humilier son épouse », ont déclaré les responsables de la plateforme.
Selon eux, la confrontation politique, même lorsqu’elle est vive, doit conserver une part d’humanité. La famille ne devrait pas devenir le prolongement du champ de bataille politique ni servir de cible pour atteindre un responsable public.
Au-delà des personnes directement visées, la banalisation de l’injure contribuerait à dégrader le débat national, à nourrir les divisions et à fragiliser la confiance envers les institutions. Elle pourrait également affecter l’image du Gabon, à l’heure où les contenus publiés sur les réseaux sociaux circulent instantanément au-delà des frontières.
Les responsables politiques ont notamment invité les Gabonais à s’interroger sur le modèle de République qu’ils souhaitent transmettre à la jeunesse : une République dans laquelle les désaccords se règlent par la confrontation des idées ou une République où l’adversaire politique est systématiquement présenté comme un ennemi à abattre.
Entendre aussi les frustrations citoyennes
La plateforme ne souhaite cependant pas que la dénonciation des injures serve à occulter les difficultés vécues par les populations. Elle reconnaît l’existence de frustrations, d’incompréhensions et de colères auxquelles les institutions doivent apporter des réponses.
« Une République responsable doit savoir écouter ses citoyens, entendre les critiques, identifier ses insuffisances et y apporter des réponses », ont admis les auteurs de la déclaration.
Le respect doit ainsi fonctionner dans les deux sens : les citoyens doivent préserver la dignité des institutions, tandis que les gouvernants doivent rester attentifs aux préoccupations exprimées par la société.
À l’approche de la fête nationale, l’UPGL, le BDP et le CAC appellent finalement les Gabonais de l’intérieur comme ceux de la diaspora à faire du mois d’août un temps d’inventaire, de dialogue et de réappropriation citoyenne.
« Réapprenons à débattre sans nous détruire, à nous opposer sans nous haïr », ont-ils lancé, avant de rappeler que les présidents, les gouvernements, les majorités et les oppositions passent, tandis que la République demeure.
La cérémonie s’est achevée par un appel à la paix, à la cohésion nationale et à la préservation de la République, présentée comme le bien commun de la majorité, de l’opposition et, avant tout, du peuple gabonais.
Louis-Philippe MBADINGA



