Politique

GABON : Entre vision et attentes sociales, le discours de vérité d’ OLIGUI NGUEMA

Un an après son investiture et près de trois ans après le Coup de la Libération du 30 août 2023, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, s’est livré ce lundi 15 juin à l’exercice attendu du discours sur l’état de la Nation. Plus qu’un simple bilan, cette intervention apparaît comme un acte de projection politique destiné à installer durablement la Ve République dans le paysage institutionnel gabonais.

À l’écoute du chef de l’État, une évidence s’impose. Le temps de la Transition est désormais derrière lui. Le discours présidentiel marque le passage d’une logique de rupture à une logique de construction. Il ne s’agit plus seulement de justifier le changement intervenu le 30 août 2023, mais de démontrer la capacité du nouveau pouvoir à transformer durablement le pays. Transformer les institutions, transformer les infrastructures, transformer les jeunes, les hommes et les femmes. Transformer l’économie, transformer la consommation, transformer les matières premières sur place, pour obtenir dans tous ces pans de la plus value.

Le pari de la refondation

Au cœur du discours, la refondation de l’État demeure la matrice de l’action gouvernementale. Réforme des institutions, nouvelle Constitution, décentralisation, moralisation de la gestion publique, modernisation de l’administration : le président présente ces chantiers comme les fondations d’un nouvel édifice national.

Sur le plan politique, l’exercice est habile. Il permet de replacer les réformes engagées dans une perspective historique et de donner une cohérence d’ensemble à l’action gouvernementale.

Mais cette ambition institutionnelle se heurte à une réalité plus immédiate marquée par les préoccupations quotidiennes des populations.

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L’eau et l’électricité, toujours au centre du débat

S’il fallait retenir un sujet dominant du discours, ce serait sans doute celui de l’eau et de l’électricité.

Le président lui-même reconnaît que ces deux questions demeurent les principales préoccupations des Gabonais. Les annonces sont nombreuses : investissements massifs, nouvelles centrales, réforme du secteur énergétique, amélioration des capacités de production. Pour autant, le constat demeure inchangé : malgré les efforts engagés, les résultats attendus par les populations tardent encore à produire leurs effets à grande échelle.

Dans l’histoire politique du Gabon, rares sont les sujets qui cristallisent autant les frustrations citoyennes. Les coupures d’eau et les délestages électriques devenus quotidiens ont souvent davantage d’impact sur l’opinion publique que les grands débats institutionnels.

Le véritable test du septennat se jouera probablement sur ce terrain.

Une économie tournée vers l’avenir

Sur le plan économique, le discours présidentiel repose sur une vision cohérente articulée autour de quatre piliers : les infrastructures, l’énergie, les mines et l’industrialisation.

Le chef de l’État assume clairement une stratégie de transformation locale des ressources naturelles. L’objectif affiché est de sortir progressivement d’une économie de rente fondée sur l’exportation de matières premières brutes.

Le discours présente ainsi le secteur minier comme l’un des moteurs de la future croissance nationale. Les projets de transformation locale du manganèse, l’ouverture de nouvelles mines et les investissements industriels sont présentés comme autant de leviers de création d’emplois et de recettes fiscales.

Toutefois, une lecture froide du discours montre que nombre de résultats annoncés appartiennent encore au futur. Les usines doivent entrer en production. Les mines doivent ouvrir. Les infrastructures doivent être achevées.

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Autrement dit, la promesse économique repose davantage sur des perspectives que sur des résultats déjà consolidés.

La jeunesse, enjeu décisif du mandat

L’autre fil conducteur du discours concerne la jeunesse.

Emploi, entrepreneuriat, formation professionnelle, soutien aux initiatives économiques : les références sont nombreuses. Le président sait que la jeunesse constitue à la fois la principale force du pays et son principal défi.

Car derrière les statistiques officielles se cache une réalité sociale complexe : chômage, sous-emploi, précarité et essor du secteur informel.

À terme, l’évaluation politique du mandat pourrait se résumer à une question simple : le régime aura-t-il réussi à créer suffisamment d’emplois pour absorber l’arrivée massive des jeunes sur le marché du travail ?

La souveraineté comme doctrine

Au-delà des secteurs et des chiffres, un concept traverse l’ensemble du discours : la souveraineté.

Souveraineté économique, énergétique, alimentaire, diplomatique ou industrielle : le mot revient comme une véritable doctrine politique.

Le Président cherche manifestement à construire un récit national fondé sur la maîtrise des ressources, la transformation locale et l’affirmation de l’indépendance stratégique du Gabon.

Cette orientation répond à une aspiration profonde de nombreuses sociétés africaines. Mais elle pose également une exigence : celle des résultats mesurables.

La souveraineté ne se décrète pas. Elle se mesure par le nombre d’emplois créés, par la réduction des importations, par l’amélioration du niveau de vie et par la capacité du pays à produire davantage de richesse sur son propre territoire.

Entre temps politique et temps social

Au final, le principal enseignement de ce discours réside peut-être dans le décalage entre le temps politique et le temps social.

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Le temps politique est celui des réformes, des lois, des institutions et des grands projets.

Le temps social est celui des attentes quotidiennes : trouver un emploi, accéder à l’eau, disposer d’une électricité stable, faire face à la vie chère.

Sur le premier terrain, le pouvoir peut revendiquer des avancées significatives. Sur le second, les attentes demeurent immenses.

C’est pourquoi ce discours apparaît moins comme un discours de bilan que comme un discours de transition vers une nouvelle phase du mandat : celle où les Gabonais attendront moins les annonces que les résultats.

Car, au-delà des réformes et des ambitions, la Ve République sera finalement jugée sur sa capacité à améliorer concrètement la vie des citoyens. C’est là que se jouera le véritable rendez-vous entre le président et l’histoire.

              Marianne IWANI

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