Interview

GABON : Honorable Dorland Chancely Olengue,Les commerces de proximité sont une mine d’or pour la jeunesse »

Dans un contexte de saturation du marché de l’emploi, le plus jeune député de la 5ᵉ République encourage les jeunes Gabonais à voir dans les commerces de quartier une voie d’autonomie et de réussite. Face aux préjugés sociaux et au manque d’accompagnement, il appelle à un changement de regard et plaide pour la mise en place de formations et de financements dédiés. Pour lui, consommer local et valoriser ces métiers est un acte citoyen qui participe à la transformation de nos villes.

Honorable Dorland Chancely OLENGUE, nous observons depuis un moment, un mouvement de jeunes Gabonais vers les commerces de proximité. En tant que député de la 5ième république, qu’est-ce qui explique selon vous, cette quête actuelle de réappropriation des commerces de proximité ?

Merci de me donner la parole afin d’édifier et de participer au débat en donnant mon avis sur certains sujets de la vie quotidienne. À mon sens, plusieurs facteurs encouragent aujourd’hui les jeunes Gabonais à se réapproprier les commerces de proximité.

D’abord, la saturation du marché du travail. En effet, le chômage gagne véritablement du terrain dans notre pays ; le travail de bureau est devenu rare, tel une oasis dans le désert. Or, l’homme étant l’animal qui s’adapte le mieux aux conditions que lui imposent la nature et la société, les jeunes ont fini par comprendre qu’au lieu de faire uniquement ce qu’on aime, il faut parfois se contenter de ce que l’on a. Ensuite, le jeune a compris qu’il faut éradiquer le complexe d’infériorité. Il a compris que l’argent n’a pas de couleur : qu’il soit gagné au bureau ou ailleurs, c’est toujours de l’argent, tant qu’il est honnête et propre. Enfin, nous les jeunes avons compris que les commerces de proximité constituent une véritable mine d’or. Au quotidien, nous observons comment certains de nos frères expatriés arrivent sans rien et deviennent aisés grâce à cette activité. Prenez par exemple le monsieur qui vend du café à côté du CHUL : restez là quelques minutes et vous comprendrez qu’il peut gagner, au minimum, 50 000 FCFA par jour. Il en est de même pour la vente de sandwichs, de glaces, etc. Preuve que ces commerces peuvent parfois payer mieux que la fonction publique, et les jeunes l’ont bien compris.

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Quel est l’obstacle majeur qui limite son expansion ?

Ce qui peut toutefois limiter leur expansion, c’est le regard de la société, les jugements que nous portons. À cela s’ajoutent le manque d’accompagnement et la concurrence déloyale, qui assombrissent davantage et freinent l’évolution de ces commerces. Il va sans dire que le manque de sérieux et de concentration contribue également à leur non-pérennisation.

En quoi les quartiers et leurs habitants y gagnent-ils concrètement ?

Dans le rendez-vous du donner et du recevoir, on gagne toujours. Les quartiers, quant à eux, gagnent en proximité des services et en permanence, ce qui répond mieux aux besoins des populations. Quand je parle de permanence, je pense par exemple aux vendredis, lorsque les musulmans sont à la mosquée et que l’on a parfois l’impression que la vie s’arrête. Avec l’appropriation de ces commerces, il n’y aurait plus d’interruptions de services.

Si vous deviez formuler une recommandation clé à vos collègues élus et aux administrations, quelle serait elle pour soutenir ce mouvement dans la durée ?

Il faudrait ouvrir des centres de formation et d’accompagnement. Le Ministère des Petites et Moyennes Entreprises pourrait s’approprier ces initiatives, injecter des fonds afin de créer de l’emploi et rendre les jeunes autonomes.

Comment les citoyens peuvent-ils soutenir cette dynamique ?

Le citoyen doit consommer chez son compatriote. Il ne doit pas lui jeter un regard dévalorisant, mais plutôt changer de mentalité.

Quel est votre premier conseil pour un jeune qui se lance ?

À ce jeune, je dirais de toujours croire en lui. Nous sommes ce que nous décidons d’être, avec conviction.

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À terme, ce mouvement peut-il transformer durablement nos villes ?

Bien sûr, lorsqu’un citoyen est nanti, il peut construire, intervenir dans certaines situations et, par ricochet, participer à la transformation de la ville.

Un dernier point que vous souhaiteriez aborder et que nous n’avons pas évoqué ?

Enfin, si je devais dire ce qui fait l’homme ou ce qui participe à la réussite dans la vie, je citerais : le rapport à Dieu, le travail et le comportement.

Mes encouragements à tous ces jeunes qui osent.

Je vous remercie.

Propos recueillis par Roger BIÈRE

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