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Mines, orpaillage, manganèse : la grande offensive de souveraineté du Gabon

Dans un entretien exclusif accordé à Ceux qui font l’Afrique, le ministre gabonais des Mines détaille la nouvelle doctrine minière impulsée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema : reprise en main de l’orpaillage, transformation locale du manganèse, relance des grands projets industriels et refonte du cadre légal. Entre fermeté assumée, ambitions industrielles et volonté de rupture avec les pratiques du passé, le gouvernement veut faire du secteur minier l’un des piliers de la souveraineté économique du Gabon.

Propos recueillis par Louis-Philippe MBADINGA

« Lorsqu’un code est mauvais, c’est bien le code qui doit être revu. »

Monsieur le Ministre, deux mois après votre arrivée au gouvernement, l’un de vos prédécesseurs avait rétabli l’orpaillage artisanal avec l’ambition de mieux encadrer cette activité longtemps restée à la périphérie de l’économie formelle. Aujourd’hui, quel état des lieux pouvez-vous dresser de cette mesure ? Et surtout, quel bilan en tirez-vous en matière de production, de recettes publiques, d’encadrement administratif et de retour de l’État dans cette filière ?

Je voudrais d’abord commencer par remercier les jeunes compatriotes que vous êtes, engagés dans le souci de rétablir les faits et la réalité de ce qu’est l’Afrique. Vous avez donné à votre média un nom que j’apprécie : Ceux qui font l’Afrique. Je pense que vous aussi, vous faites l’Afrique.

Sur la question de l’or, j’ai envie de dire que, quelle que soit la réforme ou le système que l’on peut mettre en place pour réguler cette filière, les résultats risquent toujours d’être plus ou moins biaisés si l’on ne traite pas le problème à la racine. Or, cette racine se trouve dans l’essence même de la loi, c’est-à-dire dans le Code

minier, où l’on retrouve des failles qui favorisent l’incontrôlabilité de notre or.

Il faut donc aller chercher dans le référentiel légal du secteur minier pour régler durablement les problématiques de l’or au Gabon. C’est pourquoi nous avons décidé de mettre en place un système de traçabilité et de contrôle qui est, d’une certaine manière, à l’inverse de ce que permet aujourd’hui notre Code minier.

Si quelqu’un m’interpellait pour me dire : « Monsieur le Ministre, ce que vous êtes en train de mettre en place viole, à certains niveaux, le Code minier », je lui répondrais que lorsqu’un code est mauvais et que, pendant des dizaines d’années, nous n’arrivons pas à contrôler l’or, c’est bien le code qui doit être revu. Je mets donc en place un système, et nous allons ensuite réajuster le Code pour que l’on ne puisse pas nous reprocher d’être en dehors de la loi.

« Nous avons conçu un système de traçabilité qui partira de la coopérative au comptoir. »

Celui qui était « très gentil » venait à Libreville rencontrer les détenteurs d’or. Nous avons mis en place tout un dispositif qui concerne l’exploitation de l’or, depuis l’orpaillage jusqu’à l’or primaire. Mais le plus gros problème que nous avions concernait effectivement l’orpaillage.

Je vous explique comment cela se passait. On demandait une carte d’orpailleur. On la délivrait à quelqu’un. Des milliers de personnes entraient ensuite dans la forêt pour chercher de l’or et l’exploiter de façon artisanale. Mais cet or, nous ne le contrôlions pas réellement.

Nous avons essayé de mettre en place des comptoirs de la SEM, mais cela n’a pas fonctionné. Pourquoi ? Parce que, pendant que la SEM propose un prix d’achat au gramme d’or, le ministère délivrait également des autorisations de collecte et de commercialisation d’or à

certains individus qui en faisaient la demande. Ces derniers avaient donc le droit d’acheter de l’or, de l’exporter et d’aller le vendre où ils voulaient.

Comment contrôler cela ? Quelques mécanismes avaient été mis en place, mais ils n’étaient pas efficaces.

Concrètement, un orpailleur qui détient un kilo d’or peut décider de ne pas vendre au comptoir de la SEM. Il prend son or, le met dans son sac à dos, marche dans la forêt, traverse la frontière et va le vendre ailleurs. Il n’existait aucun mécanisme efficace pour contrôler cela.

Autorisations d’achat et de collecte délivrées par le ministère. Ces derniers achetaient l’or, allaient le vendre et ne revenaient pas toujours verser à l’État ce qui devait lui revenir.

À partir de ce constat, nous avons conçu un système. Au lieu de donner uniquement des cartes individuelles d’orpailleurs, nous allons regrouper ces acteurs au sein de coopératives. La coopérative présentera le nombre de personnes et les individus qui exerceront l’orpaillage dans son groupe. Elle aura un responsable qui rendra directement compte aux autorités et à la tutelle. Il devra s’assurer que l’or produit par sa coopérative est soumis au contrôle systématique de l’État et vendu exclusivement au niveau des comptoirs officiels.

« Lorsqu’on vous trouve avec de l’or non référencé, cet or sera considéré comme illicite. »

Vous allez peut-être me demander pourquoi ces orpailleurs ne pourront pas aller vendre à ceux qui ont des autorisations de collecte. La réponse est simple : ces collecteurs auront l’interdiction d’acheter de l’or individuellement.

Lorsqu’on vous trouve avec de l’or qui n’est pas référencé au niveau du ministère des Mines et de la

SEM, cet or sera considéré comme illicite. Moi, je le qualifierais même de crime économique.

Les collecteurs d’or n’auront le droit d’acheter que l’or destiné à être vendu dans les comptoirs officiels de la SEM. Il sera interdit, dans les jours à venir, d’acheter de l’or directement auprès d’un individu. Si vous achetez de l’or à un individu, vous êtes aussi coupable que celui qui vient vous le vendre.

Ce premier verrou est donc mis en place. Si nous voulons que l’État commence à bénéficier réellement des retombées de l’or gabonais, il faut changer la loi elle-même. Nous venons d’ailleurs de mettre en place un comité qui va travailler sur les aspects du Code minier qui ne permettent pas aujourd’hui d’assurer un contrôle systématique de l’or.

Aujourd’hui, je ne peux pas vous faire un bilan clair en trois mois, puisque nous avons pratiquement tout stoppé pour normaliser les choses. Mais nous venons de verrouiller un système de traçabilité qui partira de la

coopérative au comptoir, de la SEM jusqu’à la raffinerie, en passant par le ministère, qui délivrera un certificat d’authentification à celui qui aura acheté de l’or référencé.

Les références des acheteurs et collecteurs seront également déposées dans les aéroports. Lorsque vous sortirez avec de l’or, il ne pourra s’agir que d’or référencé par l’État gabonais. Sinon, vous serez considéré comme un trafiquant d’or. Et, comme aime le dire le Président : vous irez en prison.

« Il y a une fuite énorme, probablement supérieure à ce que nous devrions normalement percevoir. »

Vous avez mis en place un certain nombre d’outils pour contrer l’orpaillage clandestin, les fraudes et la contrebande. Mais disposez-vous d’une évaluation de cette économie souterraine qui échappait, ou échappe peut-être encore, à l’État gabonais ?

On ne peut pas l’évaluer précisément. Tout ce que l’on peut évaluer, c’est l’étendue des dégâts causés par cet orpaillage. Et lorsque nous comparons ces dégâts à ce qui rentre officiellement comme or, nous nous rendons compte qu’il y a une fuite énorme, probablement même supérieure à ce que nous devrions normalement percevoir.

Lorsque quelqu’un vous dit : « Je vous achète le gramme d’or à 80 000 francs », alors que le comptoir de la SEM l’achète à 55 000 francs, la probabilité que la majorité des acteurs passent par ces circuits parallèles est très élevée.

La SEM ne propose pas ce prix parce qu’elle veut casser le marché. Elle le propose parce qu’elle paie toutes les taxes et toutes les redevances dues, contrairement à d’autres acteurs qui ne les paient pas. C’est aussi pour cette raison que certains peuvent acheter à 80 000 francs.

C’est tout ce système que nous avons revu. Évidemment, nous allons revoir à la hausse le prix d’achat au comptoir pour limiter et décourager ceux qui sont prêts à marcher des centaines de kilomètres dans la forêt pour venir vendre à Libreville.

Si la différence de marge n’est plus que de 2 000 ou 5 000 francs, l’orpailleur finira par se dire qu’il vaut mieux vendre au comptoir. Et il y aura aussi le risque pénal : si l’on vous attrape, aussi bien vous que l’acheteur, vous irez en prison. C’est aussi simple que cela.

« Le recensement a constitué une base de travail importante pour bâtir le dispositif actuel. »

Votre ministère a lancé, fin octobre 2025, un recensement obligatoire des acteurs de la filière or, visant notamment les exploitants à petite échelle, les artisans miniers, les collecteurs, les commerçants d’or et les bijoutiers. Peut-on considérer cette opération comme le point de départ d’une refondation de la filière ? Quels premiers enseignements en avez-vous tirés ?

Il faut dire que ce sont justement ces éléments qui nous ont permis de concevoir le système que nous sommes en train de mettre en place. Nous savons aujourd’hui, à peu près, combien d’orpailleurs se trouvent dans les différentes zones de clusters que nous avons identifiées. Cela nous permet d’imaginer combien de coopératives nous pourrions avoir.

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À partir du 5 mai, des missions vont se rendre dans toutes ces zones d’orpaillage pour constituer les orpailleurs en coopératives. Les missions sont déjà signées. Nous allons identifier toutes les coopératives susceptibles d’être mises en place, et c’est uniquement à travers ce système que nous pourrons contrôler efficacement la filière.

Ce recensement a donc constitué une base de travail importante pour bâtir le dispositif actuel.

« Aujourd’hui, l’or apparaît clairement dans le budget de l’État. »

Monsieur le Ministre, certes, il y a d’une part les activités clandestines, mais s’agissant des activités légales, il n’y a pas très longtemps, l’or ne figurait pas dans le tableau de bord de l’économie gabonaise. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Aujourd’hui, lorsque vous regardez le budget de l’État, l’or apparaît clairement. Vous parlez là des choses d’avant. Nous, nous ne fonctionnons pas comme cela.

Aujourd’hui, l’or fait partie des minerais bien connus, identifiés, et qui entrent en ligne de compte dans l’élaboration du budget de l’État.

« D’ici deux ans, nous voulons atteindre au minimum 15 à 20 % de contribution à l’assiette fiscale. »

Le secteur minier pèse encore relativement peu dans l’économie gabonaise. Le cadrage macroéconomique officiel pour 2025 tablait toutefois sur une hausse de la production de manganèse à 11,8 millions de tonnes,

contre 10,3 millions de tonnes en 2024. C’est le signe que l’État veut faire des mines un moteur plus visible de la diversification.

Dans le contexte du bilan des 100 jours du gouvernement, et à l’approche du premier anniversaire du président de la République, quel rôle réel les mines ont-elles déjà joué, et quel rôle vont-elles désormais jouer dans le nouveau récit économique du Gabon ?

Je voudrais plutôt que l’on parle de la Ve République, qui a démarré le 1er janvier 2026. Aujourd’hui, le secteur minier a encore une contribution relativement faible à l’assiette fiscale, autour de 6 à 7 %. Nous avons fixé un cap clair dans mon plan d’action, avec des indicateurs précis : d’ici deux ans, nous voulons atteindre au minimum 15 à 20 % de contribution à l’assiette fiscale.

Pourquoi ? Parce que nous avons de grands projets qui vont non seulement améliorer le quotidien des Gabonais, mais aussi s’attaquer fortement au chômage,

avec des milliers d’emplois attendus dans le secteur minier.

Nous avons des mines qui vont ouvrir. Je prends par exemple le cas de la mine de Milingui, qui doit s’ouvrir dans les prochains mois, parce que les choses sont pratiquement ficelées. Elle générera des centaines d’emplois directs et indirects.

Nous avons également, pour l’année 2026, le projet d’ouverture d’une autre mine, celle de Baniaka, qui contribuera également à la lutte contre le chômage et au renforcement de l’assiette fiscale.

En dehors de ces deux mines, nous venons également de mettre la main sur une nouvelle mine dont l’exploitation pourrait débuter vers 2028 : la mine de Mont-Bilan, dont les réserves sont estimées à 640 millions de tonnes. Ce n’est pas négligeable : on est presque à la moitié, sinon au tiers de Belinga.

Il ne faut pas oublier non plus la mine d’or des Téké, qui devrait entrer en exploitation d’ici un an ou un an et demi.

Lorsque l’on regarde tout cela, et avec ce que la transformation locale du manganèse va apporter, je suis convaincu que le secteur minier pèsera beaucoup plus dans l’assiette fiscale gabonaise.

« En cent jours, certains résultats sont déjà visibles, d’autres suivront. »

Venons-en à votre propre bilan. Depuis votre arrivée au ministère, vous avez mis en avant la rigueur administrative, le respect des procédures, l’audit des projets en cours, la lutte contre la corruption et les fraudes, ainsi qu’un nouveau contrat de performance au sein de l’administration minière. Avec quelques mois de recul, quels premiers résultats concrets revendiquez-vous déjà ? Et quelles urgences restent encore à régler ?

En cent jours, il est très difficile de parler de résultats définitifs. Comme j’ai l’habitude de le dire, lorsqu’on teste un ingénieur sur un CDD de trois mois, on ne peut pas réellement dire au bout de trois mois s’il est bon ou non. Je reste convaincu qu’on ne peut pas juger un ingénieur en trois mois.

En revanche, on peut dire ce que nous avons réussi à faire pendant ces cent jours. Certains résultats sont déjà visibles, d’autres suivront au-delà de cette période.

Je voudrais parler, par exemple, de la mine de fer de Milingui, qui va ouvrir. C’est un travail que nous avons mené depuis mon arrivée. J’ai trouvé un certain nombre de blocages. Avec l’opérateur, nous avons travaillé et mis en place un certain nombre de mesures qui font qu’aujourd’hui, l’ouverture est envisagée dans les semaines ou les mois à venir. C’est déjà un très bon résultat.

« Le manganèse, ce n’est pas seulement Comilog. »

S’agissant de la grande vision du chef de l’État, à savoir la transformation locale du manganèse, j’ai trouvé un projet qui faisait beaucoup plus une focalisation sur un seul opérateur : Comilog et Eramet. Or, lorsque vous regardez bien, vous constatez qu’il n’y a pas que ces opérateurs qui produisent du manganèse au Gabon.

Vous avez Nouvelle Gabon Mining, qui est aujourd’hui en train de mettre en place une usine de transformation. Je l’ai visitée moi-même avec mon collègue de l’Industrie. Le premier four commencera à transformer au mois d’octobre 2026. C’est déjà quelque chose.

Nous avons également réussi à mettre en place des conventions avec des sociétés qui, aujourd’hui, n’ont pas nécessairement de permis de manganèse, mais qui s’engagent à construire des usines de transformation de manganèse. Il restait une question : où trouver la matière première ? Cette matière première est détenue majoritairement par certains opérateurs, notamment Comilog, avec de bonnes teneurs.

Nous avons donc établi un accord avec Comilog pour la vente locale de manganèse.

En dehors de Comilog, d’autres sociétés, comme AML, une société japonaise désormais dotée de droits gabonais, vont s’installer, construire leurs usines de transformation et transformer localement le manganèse.

Il y a aussi Inner Mongolia, une société chinoise. Comilog connaît très bien ces sociétés, car ce sont des sociétés qui achetaient déjà du manganèse gabonais, soit directement à Comilog à l’international, soit par personne interposée. Elles connaissent donc le manganèse gabonais et ont pris la résolution de venir le transformer localement.

Plusieurs sociétés sont donc en train d’être créées, ou sont déjà créées, et commencent à signer des conventions dans l’optique de la transformation du manganèse.

Je suis donc sorti de cette focalisation sur un seul opérateur. Le manganèse, ce n’est pas seulement Comilog. Il y a également d’autres opérateurs, comme Nouvelle Gabon Mining. S’ils sont prêts à aller vers la transformation, nous irons avec eux, tout en laissant Eramet et Comilog avancer dans leur propre processus.

Je n’ai jamais dit que Comilog ne voulait pas transformer. La transformation est inéluctable. Le Président l’a décidé : tout le monde transformera.

« Treize décrets d’application ont été initiés pour créer des référentiels clairs. »

Au niveau du ministère, il y a également un autre point important : nous avions un Code minier, mais il nous manquait de nombreux décrets d’application. Or, ce sont des leviers indispensables pour mettre en œuvre la politique du chef de l’État dans le secteur minier.

Nous avons donc initié treize décrets d’application. Sept ont déjà été transmis à la Vice-présidence du gouvernement. Les autres sont en train d’être finalisés, stabilisés, avant d’être envoyés. Tout cela vise à créer un écosystème de travail avec des référentiels clairs, permettant aux collaborateurs de travailler dans la sécurité des procédures.

Cette dynamique vient aussi de la mise en place, au sein du ministère, de ce que nous appelons le C2M, le comité de management du ministère. Chaque semaine, nous nous réunissons au moins une fois pour examiner tous les dossiers entrés au ministère, leur niveau de traitement, les points de blocage et les solutions à apporter.

Chaque directeur général, chaque conseiller, fait le point des dossiers reçus dans la semaine, indique où ils en sont et ce qui bloque. Cela a permis de rétablir une certaine confiance entre les collaborateurs, les directions générales et le ministère. Tous les vendredis, nous faisons le point, ce qui permet d’avancer rapidement.

Regardez mon bureau : il n’y a aucun parapheur en attente. Tous les parapheurs sont traités, envoyés, et leur suivi est clair.

Ce management a apporté une certaine efficacité, ainsi qu’une confiance et une motivation nouvelles au sein des équipes.

Il reste évidemment des difficultés. Par exemple, nous avons des problèmes pour aller sur le terrain : nous manquons de véhicules. Mais là aussi, le chef de l’État a donné des instructions pour que le ministère des Mines soit équipé. Le ministère de l’Économie travaille actuellement à mettre à notre disposition le matériel roulant nécessaire, car le minerai se trouve en forêt, pas dans les bureaux.

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Je peux poursuivre avec la partie 2, à partir de la transformation locale du manganèse, de l’énergie, de Comilog, Belinga, du Transgabonais, de la RSE et du mot de fin.

« Le Président l’a décidé : tout le monde transformera le manganèse localement. »

Vous avez anticipé la question de la transformation locale, avec l’objectif pour le Gabon d’interdire l’exportation du manganèse brut à partir de 2029. Vous avez dressé les avancées en matière de cadre légal, mais l’on sait très bien que, pour transformer localement le manganèse, il y a d’autres impératifs, notamment l’électricité. Estimez-vous que le Gabon, aujourd’hui classé parmi les premiers producteurs mondiaux de manganèse, est prêt industriellement et énergétiquement à passer d’une logique d’exportation primaire à une logique de transformation sur place ?

Ce qui m’amuse, c’est lorsque vous dites : « On sait très bien ». Les journalistes savent toujours, mais ils posent quand même les questions.

Je suis convaincu que vous n’ignorez pas que nous avons mis en place un plan Marshall pour tout ce qui concerne l’énergie au Gabon.

Nous avons de la ressource. On peut produire de l’énergie à partir du gaz, et le Gabon dispose de gisements de gaz. Nous travaillons à mobiliser le gaz nécessaire pour construire des centrales thermiques à gaz. Nous en avons déjà inauguré une, qui fonctionne : la centrale thermique à gaz de Mayumba, avec une capacité à long terme de 50 mégawatts. C’est déjà une bonne chose.

Comme celle de Mayumba, d’autres centrales sont à l’étude et seront lancées puis construites.

« Nous avons trois leviers énergétiques : le gaz, l’hydroélectricité et le solaire. »

Nous avons également une autre source de production d’énergie : les centrales hydroélectriques. Compte tenu du réseau hydrographique du Gabon, nous ne pouvons pas manquer de barrages.

Nous avons aussi une troisième source : l’énergie solaire.

Nous sommes entrés en contact avec de grands producteurs d’énergie, et le ministère de l’Énergie travaille activement sur ces questions. Nous travaillons en étroite collaboration afin de créer un écosystème qui intègre l’industrie minière, l’industrie pétrolière et la production d’énergie.

Lorsqu’on parle de production industrielle, cela consomme énormément d’énergie. Nous sommes pleinement engagés sur ce sujet. De nombreux mégawatts ont déjà été disponibilisés. La question énergétique existe, mais nous avons des solutions, et nous sommes en train de les mettre en œuvre.

Je ne veux pas parler ici de l’énergie des ménages, mais le plan Marshall réglera aussi cette question le plus rapidement possible. Vous pouvez faire confiance au gouvernement.

« Avec Comilog, le débat n’est plus de savoir s’ils vont transformer, mais à quelle échéance. »

Vous avez également anticipé la question de Comilog, opérateur historique dans l’exploitation du manganèse au Gabon. Vous avez aussi souligné la montée en puissance d’autres entreprises. Lors de vos échanges avec Comilog, vous avez placé au centre des discussions la stabilisation de la production, la création de valeur au Gabon, la transformation locale, les emplois industriels et le respect des engagements pris avec l’État. Aujourd’hui, qu’attendez-vous très concrètement de Comilog et d’Eramet ? Un calendrier ? Des investissements précis ? De nouvelles unités industrielles ? Un meilleur transfert de compétences ?

Ce que nous attendons de Comilog est simple : la transformation locale du manganèse. Aujourd’hui, avec Comilog, nous ne sommes plus dans le débat de savoir si Comilog va transformer ou non. De fait, Comilog accepte de transformer. Les discussions portent désormais sur le calendrier.

Ce calendrier est en discussion entre les plus hautes autorités de Comilog et l’État gabonais. Un premier calendrier nous a été soumis, mais nous ne l’avons pas validé. Il revient maintenant à Comilog de nous faire une nouvelle proposition.

Comilog est un opérateur majeur. Si le Gabon est aujourd’hui parmi les grands producteurs mondiaux de manganèse, c’est aussi grâce à Comilog. Mais Comilog doit prendre conscience que la vision du chef de l’État est celle de la transformation locale du manganèse. Ils n’ont pas d’autre choix. Ils le savent et ont décidé d’aller vers cette transformation.

« Nous voulons que le manganèse gabonais soit davantage valorisé avant d’être exporté. »

Nous espérons simplement que, d’ici 2029, Comilog transformera le manganèse gabonais localement.

Cette transformation donnera plus de valeur à notre manganèse. Le prix du manganèse brut n’est pas le même que celui du manganèse transformé. L’extraction et le traitement actuel peuvent déjà être considérés comme des premières étapes, mais nous voulons aller plus loin, vers une transformation plus avancée, afin que le produit vendu soit davantage valorisé.

Cela créera de l’emploi et de la richesse. C’est pourquoi la politique du chef de l’État est ferme : il faut transformer le manganèse.

Mais Comilog n’est pas la seule société capable de transformer le manganèse. Le groupe japonais AML est un grand acteur en matière de transformation. Nous avons

déjà signé une convention avec eux. Ils arrivent au Gabon et nous avons une réunion prévue avec eux le 30 mai.

Nous comptons donc aussi sur la bonne volonté de Comilog pour accompagner ce projet de transformation, avec les moyens que l’État pourra mobiliser afin que cette ambition devienne une réalité industrielle majeure.

« Le vrai sujet aujourd’hui, ce n’est plus la capacité, mais le calendrier. »

Monsieur le Ministre, vous avez souligné le rôle prépondérant de l’énergie. Mais transformer sur place, notamment le manganèse, nécessite aussi du capital, des technologies et du personnel qualifié. Le Gabon dispose-t-il aujourd’hui de tous les prérequis pour réussir ce basculement ? Ou sommes-nous encore dans une phase de préparation ?

Nous sommes dans une phase de préparation, mais nous sommes prêts à accueillir cette transformation.

S’agissant de Comilog, par exemple, il existe une école des mines à Moanda. Cette école appartient à l’État, Comilog étant un partenaire. Il existe déjà un projet pour l’agrandir, revoir les modules qui y sont dispensés et les orienter davantage vers la transformation du manganèse. C’est déjà engagé, mais il faut affiner les formations et les spécialiser.

Vous me demandez si le Gabon est prêt. Comilog et Eramet disposent déjà d’usines de transformation de manganèse, notamment à Dunkerque, mais aussi en Norvège, en Chine et aux États-Unis. Cela veut dire qu’ils ont l’expertise de la transformation du manganèse. Là n’est donc pas le problème.

Lorsque les usines seront construites, que ce soit par Comilog, AML, Inner Mongolia ou d’autres opérateurs, il y aura transfert de technologie et retour d’expérience.

« Le Gabon est prêt à accueillir la transformation du manganèse. »

Les Gabonais sont déjà nombreux dans de grandes écoles liées à la transformation du manganèse. Nous en avons en Côte d’Ivoire, en Afrique du Sud, et nous avons signé une convention avec Geoscience Africa, en Afrique du Sud, qui dispose d’une très grande expérience dans la transformation du manganèse. Cette structure a accepté d’apporter son expertise à l’État gabonais, notamment en matière de formation et de recherche.

Nous sommes donc prêts. Quel que soit le niveau de transformation, le Gabon est prêt à accueillir cette transformation, et nous avons des cadres capables de l’accompagner.

Il faudra évidemment, compte tenu de la demande élevée, travailler aussi avec d’autres nationalités qui viendront

apporter leur savoir-faire. Mais le retour d’expérience devra être systématique. C’est d’ailleurs une exigence du Code gabonais dans le secteur minier.

Le problème de la transformation ne se pose donc pas en termes de capacité d’accueil. Le vrai sujet aujourd’hui, c’est le calendrier. Chaque opérateur doit nous dire à quelle échéance il commencera à transformer.

Nouvelle Gabon Mining commence en octobre 2026. Les autres feront leurs propositions. Comilog nous a déjà soumis une première proposition de délai que nous n’avons pas acceptée. Nous attendons donc une deuxième proposition pour avancer ensemble. Mais sur le principe de la transformation, Comilog est bien motivée à y aller.

« Le problème de Bélinga n’est pas la mine, mais les infrastructures. »

Monsieur le Ministre, sortons de la transformation du manganèse pour aborder les promesses industrielles de Belinga. Le projet de Belinga concentre beaucoup d’attentes. Les autorités le présentent comme un levier de transformation structurelle, avec des investissements associés dans le rail, le port et l’énergie. Mais l’opinion veut des garanties. Où en est exactement Belinga aujourd’hui ? Quels jalons ont réellement été franchis ? Et qu’est-ce qui permet d’affirmer que ce projet sera, cette fois, autre chose qu’une promesse de plus dans l’histoire minière gabonaise ?

Cela ne saurait être une simple promesse, puisque nous avons aujourd’hui une société, Ivindo Iron, qui est à pied d’œuvre à Belinga, avec près de 500 employés. Elle travaille et obtient des résultats remarquables.

Cette société a également commencé à appuyer le gouvernement gabonais dans la formation des cadres. Vous avez peut-être entendu parler d’une fausse information selon laquelle tous les étudiants envoyés en formation auraient échoué. C’était n’importe quoi. Aucun n’a échoué. Il y en a simplement un qui a été réorienté.

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Le projet avance donc à son rythme. Le problème n’est pas la mine. Le problème n’est pas l’exploitation du fer de Belinga elle-même. Il s’agit d’une mine à ciel ouvert, donc elle n’est pas très difficile à exploiter.

« Les quatre piliers du projet Belinga sont la mine, l’énergie, le rail et le port. »

Le véritable enjeu, ce sont les infrastructures qui vont avec : le chemin de fer, le port d’évacuation notamment le site de Kobe-Kobe, déjà identifié et la centrale hydroélectrique qu’il faudra construire pour fournir l’énergie nécessaire à la mine.

Vous êtes certainement au courant : cette semaine, nous avons signé avec AGL, qui va désormais construire le port et le chemin de fer.

À mon avis, les quatre piliers du projet sont la mine, l’énergie, le chemin de fer et le port. Il faut y associer différents opérateurs. C’est pourquoi nous avons jugé utile de désengorger le projet en confiant à un autre opérateur la construction du chemin de fer et du port. Cet opérateur va se mettre immédiatement à pied d’œuvre.

Si le chemin de fer est engagé, si le site du port a été identifié et si les études sont en cours, cela signifie que le projet avance.

Le calendrier qui nous a été fourni vise 2030. Il peut y avoir quelques retards, mais le suivi est assuré. Une task-force a été mise en place pour le projet Belinga. Elle travaille en collaboration avec le ministère pour faire avancer le dossier.

Je ne vous dis pas que le projet ne rencontre aucune difficulté. Mais le gouvernement met tout en œuvre, avec l’opérateur qui dispose de la convention, pour que l’exploitation du fer de Belinga voie le jour. Je crois que le projet est sur la bonne voie.

« Le Transgabonais a vieilli. Il faut aujourd’hui le réhabiliter. »

La province du Haut-Ogooué dans le sud-est du Gabon et le bassin de Franceville concentrent plusieurs projets miniers. Or, le chemin de fer a connu plusieurs difficultés ces dernières années, et il est aujourd’hui difficile pour

l’opérateur de répondre à toutes les demandes de transport. Existe-t-il une architecture d’ensemble pour assurer la cohérence entre exploitation minière, transformation locale et évacuation des minerais ?

Je comprends votre question. Mais permettez-moi d’abord une précision. Le Francevillien n’est pas un bassin, c’est une couche géologique. Elle part du nord-est jusqu’à la zone de Franceville et se prolonge au-delà de nos frontières. Elle regorge de nombreux minéraux aujourd’hui exploités.

Mais cela n’a rien à voir directement avec le chemin de fer.

S’agissant du Transgabonais, il faut reconnaître que cette infrastructure a plus de quarante ans. Elle a vieilli. À un moment donné, il fallait bien s’attendre à ce qu’elle ne puisse plus répondre pleinement à la demande.

La question aujourd’hui est simple : le Transgabonais a-t-il la capacité de répondre clairement à la demande des sociétés minières situées dans cette zone ? La réponse est non.

Que faut-il faire ? Il faut le réhabiliter.

« Nous discutons avec de nouveaux opérateurs pour redonner de la capacité au rail. »

La question est aujourd’hui sur la table du gouvernement : comment réhabiliter, avec Setrag, ce chemin de fer fatigué,

afin d’augmenter sa capacité ? Des réponses et des solutions sont sur la table.

Nous discutons avec de nouveaux opérateurs qui souhaitent entrer dans le capital du chemin de fer. Ils pourraient apporter un souffle financier permettant de le réhabiliter et de lui redonner sa pleine capacité.

Mais il faut bien comprendre que le fer de Belinga n’utilisera pas ce chemin de fer. Belinga aura son propre chemin de fer, dont la construction a été confiée à AGL, et qui ira directement jusqu’à Kobe-Kobe.

Pour Le Transgabonais, nous comprenons les difficultés actuelles. Les opérateurs sont obligés de limiter les tonnages et le nombre de voyages afin de préserver l’infrastructure. Mais il faut reconnaître que cette infrastructure est vieille, qu’elle a plus de quarante ans et qu’elle n’a pas toujours été suffisamment entretenue.

Je l’ai dit à Setrag : vous l’avez depuis plus de vingt ans. Si le suivi et la maintenance avaient été correctement assurés, nous ne serions peut-être pas aujourd’hui en train de chercher comment faire passer tel ou tel nombre de trains.

Il faut donc réhabiliter le chemin de fer. C’est ce que nous sommes en train d’examiner.

« La RSE doit devenir quelque chose de transparent. »

Nous allons conclure avec une question relative à la responsabilité sociétale, au droit du travail et aux retombées locales. Dans les zones minières, notamment autour de Franceville, Moanda, Mounana ou Bakoumba, il y a régulièrement des revendications liées à la sous-traitance, à l’emploi local, aux conditions de travail et à la redistribution des retombées économiques. Comment garantir que la montée en puissance du secteur minier ne se fasse pas au détriment des travailleurs gabonais ? Et quels garde-fous souhaitez-vous poser face aux abus possibles chez certains opérateurs ou sous-traitants ?

Il faut simplement revoir deux textes : le Code minier et le Code du travail.

Je pense que notre Code du travail mérite d’être revu. Avec notre nouvelle Constitution et la vision du chef de l’État, toutes les lois doivent être adaptées à cette vision et à ce nouveau cadre institutionnel.

Je ne suis pas sûr que l’on puisse dire que le Code du travail est parfait. Il faut l’adapter au contexte afin d’éviter les dérives et empêcher que certains utilisent ses failles pour maltraiter les travailleurs.

S’agissant du Code minier, c’est lui qui définit la manière dont les retombées sont réparties dans les zones d’implantation des projets.

Il existe notamment les Fonds de développement des communautés locales. Ces fonds sont censés permettre le

développement des zones d’implantation des sociétés minières. Il faut simplement revoir la manière dont ces fonds sont utilisés et mettre des garde-fous pour qu’ils servent effectivement au développement des communautés concernées.

Il y a aussi la RSE, la responsabilité sociétale des entreprises. À l’origine, c’est une démarche volontaire, mais elle a été transformée sous une autre forme dans le Code minier.

« Les élus dénoncent l’opacité dans la gestion de la RSE. »

Nous avons pris conscience que les choses ne se passent pas toujours bien. C’est pourquoi nous avons décidé que, pour la RSE dans le secteur minier, des réformes sont nécessaires.

Il y a une semaine, j’ai reçu tous les élus de la zone de Bakoumba, Mounana et Moanda. Ils sont venus se plaindre de la gestion de la RSE. Je leur ai dit simplement que nous allons nous retrouver pour décider, de façon collégiale, ce qu’il faut faire afin que la RSE devienne quelque chose de transparent.

Ils ont dénoncé l’opacité. Ce ne sont pas mes mots, ce sont les mots des élus de Bakoumba, Moanda et Mounana, qui ont demandé audience et que j’ai reçus.

À partir de cet instant, il est nécessaire et indispensable que, lorsque nous reverrons le Code minier, nous

examinions les questions relatives à la RSE, mais aussi celles liées aux Fonds de développement des communautés locales.

Nous sommes conscients de ces problèmes. Mais ce sont des référentiels légaux qui doivent être adaptés. Nous avons prévu une évolution de la loi minière afin de régler ces difficultés.

« Nous sommes résolus à faire du Gabon un pays de référence en Afrique centrale. »

Nous sommes parvenus à la fin de notre entretien. Dans le contexte des 100 jours du gouvernement et de l’an un du président de la République, quel serait votre mot de fin ?

Mon mot de fin, c’est de demander aux populations de nous faire confiance.

Le chef de l’État, chef du gouvernement, le président , a une vision claire. Aujourd’hui, à moins d’être de mauvaise foi, on ne peut pas nier que les résultats commencent à apparaître.

Lorsqu’un homme manifeste une telle volonté de remettre le pays debout, il faut lui faire confiance. Il faut faire confiance au gouvernement de la République.

Tout ce que nous faisons aujourd’hui, c’est pour la dignité des Gabonais et pour le développement de notre pays.

Il suffit de regarder autour de nous pour constater que nous avons désormais un chef de l’État qui pense à son pays.

Nous demandons aux Gabonais de faire confiance au chef de l’État et de faire confiance au gouvernement. Nous allons y arriver. Mais Rome ne s’est pas faite en un jour.

Nous pensons que nous sommes sur la bonne voie. Nous écoutons ce que disent nos compatriotes, mais nous sommes résolus à ramener la dignité des Gabonais et à faire du Gabon un pays de référence en Afrique centrale.

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