Affaire Apoutchou National : 3 ans de prison et 100 millions d’amende pour exhibition de billets

Le Pôle pénal économique et financier a rendu sa décision ce mardi 2 juin 2026. Stéphane Agbré, alias Apoutchou National, a été condamné à 3 ans de prison ferme pour “blanchiment de capitaux”. Le jugement tombe alors que la Côte d’Ivoire figure sur la liste grise du GAFI depuis 2023.
L’origine du dossier remonte à deux ans. Une vidéo postée sur les réseaux sociaux montrait l’influenceur face caméra, entouré de liasses de billets. Plusieurs dizaines de millions de francs CFA étaient visibles. Apoutchou National, connu pour ses lives caritatifs, y mobilise régulièrement ses “missionnaires” afin de collecter des fonds pour des malades ou des familles en détresse. Le 2 juin 2026, la justice s’est mobilisée contre lui.
Pour se défendre, il a expliqué que l’argent provenait d’un prêt consenti par un bookmaker en vue de l’achat d’un véhicule. Argument rejeté par le tribunal. Les magistrats se sont appuyés sur une instruction de la BCEAO : tout règlement de dette en espèces est plafonné à 5 millions FCFA. Au-delà, le paiement doit obligatoirement se faire par chèque. L’exhibition filmée a donc été requalifiée en opération de blanchiment.
Cinq personnes au total ont été jugées ce mardi 2 juin 2026. Lionel PCS, identifié comme le principal accusé, a reçu la peine la plus sévère : 5 ans de prison ferme pour “prise illicite de pari” et “transfert d’argent illicite”. Les autres peines s’échelonnent de 1 à 3 ans.
La défense, par la voix de Me Ndry Claver Kouadio, conteste la base légale du verdict. Selon lui, la note de la BCEAO prévoit des sanctions issues de la loi sur le blanchiment, mais aucun des 207 articles de cette loi ne vise spécifiquement le dépassement du seuil fixé par le gouverneur. “Nous restons interrogateurs sur la légalité d’une telle décision”, a-t-il affirmé.
Sur le volet financier, le tribunal a prononcé une amende solidaire de 100 millions FCFA à l’encontre des cinq prévenus. La Lonaci et l’État de Côte d’Ivoire, constitué partie civile, en sont les bénéficiaires. Me Abdoulaye Ben Meïté, représentant l’État, a annoncé une intensification des campagnes de sensibilisation sur les règles de maniement des espèces, alors que le pays cherche à sortir de la surveillance renforcée du Groupe d’action financière depuis 2023.
À l’issue de l’audience du 2 juin, aucun mandat de dépôt n’a été délivré. Les cinq condamnés restent donc libres dans l’attente de leur appel, qu’ils ont déjà annoncé vouloir interjeter.
Marcelle NTONGONO



