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Gabon : « L’ENA accompagnera la réforme de l’administration gabonaise »

Portée à la tête de la prestigieuse Ecole en début de la période de Transition, la nouvelle directrice générale de l’Ecole Nationale d’Administration travaille à un établissement qui accompagne l’essor de l’administration publique vers sa félicité. Adèle Sabine Ilama-Nguimbi revient, pour ce faire, sur les enjeux de sa feuille de route, et des innovations qu’elle implique, dont la diversification des offres de formations et la modernisation des pratiques. La  directrice générale, Maître-Assistant CAMES, par ailleurs experte en assurance qualité interne dans l’enseignement supérieur Afrique-QA (2022) a le profil de l’emploi, après avoir offert son expertise à un grand nombre d’établissements supérieurs privés et publics tels que l’Université Omar-Bongo (UOB), l’Institut Universitaire des Sciences de l’Organisation (IUSO), BGFI Business School (BBS), l’Institut des Sciences et Technologies Appliquées (ISTA) de la CEMAC, l’Ecole Normale Supérieure des Arts et Métiers de Bordeaux, ESGIS Gabon, l’Institut des Techniques Appliquées (ITA), l’Ecole de Management du Gabon, Sup de Com, ou encore à l’Institut National des Sciences de Gestion (INSG), où elle était encore récemment enseignante-chercheure permanente, et membre du Conseil Scientifique et Pédagogique.

1-Madame le directeur général, après la passation des charges à la tête de l’Ecole Nationale d’Administration, quel état des lieux faites-vous de cette institution ?

L’ENA est une institution qui a une histoire remarquable. L’état des lieux porte sur quatre domaines : la gouvernance administrative, la gouvernance pédagogique, le bilan des capacités et des compétences des ressources humaines et des infrastructures. Il faut dire que, ces dernières années, l’ENA a connu une phase de baisse de ses activités. D’où la nécessité d’une réactivation, d’une renaissance, d’une restauration de son statut d’Ecole de formation des hauts cadres de l’Etat, et de centre de réflexion au service de la performance de l’administration publique au Gabon.

2- Quelles sont les priorités de l’ENA pour répondre aux enjeux de l’heure ?

La réforme en cours à l’ENA porte sur sa modernisation, laquelle repose sur l’actualisation et le renforcement de la gouvernance administrative, pédagogique, financière, sur la digitalisation et la responsabilité sociétale de l’ENA.

L’administration publique gabonaise est le bras séculier de l’Etat. Elle doit donc adopter des principes, des règles et des pratiques du nouveau management public, ou NPM. C’est-à-dire une administration moderne, digitalisée et une gestion axée sur les résultats, visant la performance. Le NMP implique de faire évoluer la gouvernance administrative, de revoir l’offre et les objectifs de formation de l’ENA. En effet, une administration moderne requiert des leaders et des managers capables de mener les services publics vers une nette amélioration de la qualité des offres, de la performance fondée sur les compétences, les valeurs éthiques et déontologiques et la maîtrise des technologies de l’information et de la communication.

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Pour soutenir ces changements et réduire les résistances, nous nous attelons à ce que le Centre de recherche administratif appliqué soit une force de réflexion et de propositions de modèles novateurs, pour repenser l’administration gabonaise. De plus, l’ENA, qui forme les hauts cadres de l’administration publique, se veut être le leader dans les pratiques de responsabilité sociale des organisations publiques. Elle accompagnera la réforme globale de l’administration gabonaise, en mettant en place une offre de formation continue, en vue du renforcement des capacités des agents publics et privés, selon les besoins exprimés par leurs administrations d’origine respectives, car la transformation ou la restauration des institutions de la République passe aussi par la formation appliquée et professionnalisante des agents qui animent l’appareil de l’Etat.

3-L’ENA, comme la plupart des Grandes Ecoles publiques du Gabon, a été fermée pendant plusieurs années sous l’ancien régime. Quelles sont les principales conséquences de cet état de fait sur l’établissement et ses différents domaines d’activités ?

La fermeture de l’ENA depuis 20I8 a eu des conséquences diverses, notamment sur l’évolution des carrières des agents publics, la non-amélioration des compétences des cadres du public, et même sur les ressources humaines de l’ENA. Cette fermeture a par ailleurs accentué le taux de chômage des jeunes diplômés susceptibles d’être recrutés dans la Fonction publique par voie de concours externe. En outre, elle a entraîné la stagnation de la carrière de certains agents publics, en les privant de stages par voie interne, lesquels aboutissent à plusieurs avantages, comme le reclassement en catégorie supérieure pour les uns, et le changement de spécialité pour d’autres. Certains de ces agents, aujourd’hui frappés par la limite d’âge, ne peuvent plus prendre part au concours.

Les enjeux du service public évoluent en termes de demandes, de compétences et d’offres. À titre d’exemple, le développement des TIC exige la mise en œuvre de la E-administration, pour faciliter l’accès au service public. À cet égard, la fermeture de l’ENA pendant de nombreuses années a mis un frein à la formation de hauts fonctionnaires capables d’apporter le leadership, le management, les compétences et les savoir-être indispensables pour opérer les transitions incontournables, et parvenir à une offre de service public moderne et de qualité.De plus, l’absence de concours a eu un impact considérable sur les ressources humaines, dont le renforcement des capacités est aujourd’hui une nécessité, en vue de leur redéploiement. Enfin, la productivité d’un pays est rendue possible grâce à la pertinence des stratégies conçues au service de la vision des dirigeants, d’une part, et à la gouvernance administrative qui organise et régule l’administration publique, d’autre part. Une école d’administration fermée pendant des années a un effet négatif sur la performance, sur le respect du code éthique et déontologique de la Fonction publique.

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4-Le concours d’entrée à l’ENA se tiendra donc cette année, après cinq ans d’interruption. À quand l’effectivité du concours ? Sera-t -il ouvert aux candidats externes ?

En effet, expression de la volonté du gouvernement de la Transition d’apporter un souffle nouveau au sein de l’administration gabonaise, le concours d’entrée à l’Ecole Nationale d’Administration aura lieu cette année, après cinq années d’interruption. Toutes les dispositions sont en train d’être prises pour permettre l’organisation de ce concours si attendu par les compatriotes. Oui, il sera ouvert aux externes. Au niveau de l’ENA, la préparation du concours et l’accueil des stagiaires se matérialisent par différents chantiers initiés, dont certains sont achevés, et d’autres en cours. Des groupes de travail sur la gouvernance administrative et la gouvernance pédagogique réfléchissent à la nouvelle vision de l’ENA, qui implique des innovations pédagogiques, l’actualisation des textes réglementaires et des pratiques administratives. Enfin, la révision des filières et des curricula, le renforcement des capacités des différents corps de métiers de l’administration et leur déploiement sont en cours d’élaboration.

5-D’un point de vue infrastructurel et financier, l’ENA est-elle capable de répondre à ses nouvelles missions, notamment celles consistant à mettre en place des filières spécialisées et dans celles liées aux activités du tertiaire ?

L’ENA dispose de ressources humaines compétentes et d’un capital immatériel important, à travers les hauts cadres de l’administration gabonaise, et sa direction générale, tous engagés dans la restauration de l’établissement et sa modernisation. La volonté et la détermination des plus hautes autorités politiques garantissent la mobilisation de tous les équipements multiformes indispensables à la performance de la plus prestigieuse école post-supérieure du Gabon. Les départements sectoriels, qui ont souhaité l’ouverture de nouvelles filières, se sont engagés à accompagner l’ENA dans la formation de l’élite administrative dont elles ont besoin.

6-L’administration publique est généralement victime de mal-gouvernance, doublée d’une certaine léthargie, et l’administration des Grandes Ecoles n’y échappe pas toujours. Quel style de management souhaitez-vous impulser à la direction générale de l’ENA ?

Tout d’abord, l’administration est une science, et l’Ecole Nationale d’Administration est une école post-universitaire. Ces deux postulats orientent le choix d’une forme de management qui repose sur une gestion axée sur les résultats, une organisation scientifique du travail qui n’exclut pas la responsabilité sociale de l’ENA vis-à-vis de ses ressources humaines et des différentes parties prenantes, une politique d’innovation multiforme et un style de direction participatif. En effet, selon la vision du  président de la République, chef de l’Etat, Brice Clotaire Oligui Nguema, il importe de mobiliser tous les talents et toutes les compétences, pour que le Gabon en général, et l’ENA en particulier, connaisse son essor vers la félicité.

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7-Le 25 décembre dernier, vous étiez en mission au Cameroun. Un séjour au cours duquel vous avez été reçue par le ministre camerounais de la Fonction publique. En quoi a consisté cette mission ?

Nous avons en effet effectué une visite au Cameroun, quelque temps après le voyage du chef de l’Etat Brice Clotaire Oligui Nguema. La mission à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) du Cameroun a eu pour objet de relancer le partenariat ENA-ENAM, à travers l’examen d’un projet de mémorandum entre les deux grandes écoles et des échanges. Nous avons également rencontré les dirigeants de l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC), le but étant de réfléchir aux formes de partenariat gagnant-gagnant et de renforcer la coopération entre nos deux pays.

S’agissant de notre réception par le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative du Cameroun, il faut dire que l’ENAM, au même titre que l’ENA, est sous la tutelle de la Fonction publique, bien que jouissant d’une autonomie de gestion administrative et financière. Le ministre nous a assuré de la volonté de coopération entre le Cameroun et le Gabon, afin de parvenir à offrir de plus en plus un service public de qualité aux usagers.

8-Dans cette optique, quels sont les projets à court, moyen et long termes, pour l’ENA ?

Les projets à court terme se recoupent autour de la mise en œuvre de l’assurance qualité, la digitalisation, la révision des programmes et la conception d’offres de programmes, le renforcement des capacités des agents de l’administration publique, de la capitale et de l’intérieur du pays, une offre de formation continue permettant aux commis de l’Etat de bénéficier des avantages y relatifs, dans le respect des textes en vigueur et des partenariats nationaux et internationaux. À moyen terme, nous comptons dynamiser la recherche administrative appliquée.

À long terme, nous comptons déployer l’E-learning, pour le renforcement des capacités, la mobilité des stagiaires, un programme doctoral de recherche administrative appliquée, le leadership de l’E-administration au Gabon et de l’assurance qualité dans la formation et l’administration publique. Il s’agit donc pour nous de mettre en œuvre tous les mécanismes qui permettent à l’ENA de répondre avec efficacité aux attentes des plus hautes autorités du pays.

Rédaction CQFA

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